Bayrou "visait l'Élysée, désormais il vise Matignon"

Jean-Christophe Lagarde, président de l’UDI et soutien de François Fillon, analyse la perspective d’une alliance Macron-Bayrou. Entretien.

Lire l'interview sur LePoint.fr

Le Point : François Bayrou propose une « alliance » à Emmanuel Macron, est-ce un handicap pour le candidat François Fillon ?

Jean-Christophe Lagarde : Je ne le crois pas. Tous les électeurs de Bayrou étaient déjà chez Macron. François Bayrou en tire les conséquences : il va où sont ses électeurs. Il avait envisagé dans un premier temps une alliance avec Fillon, or ça ne déplaçait aucun sondage. C’est bien la preuve que ses électeurs étaient déjà chez Macron.

Pourquoi renonce-t-il à être candidat, selon vous ?

Il a compris qu’il n’avait aucune possibilité d’y aller. Il a trouvé avec cette alliance une porte de sortie. J’y vois une apparence de cohérence. Il a voté François Hollande en 2012, il rejoint aujourd’hui le concepteur de son programme économique. J’y vois aussi une nouveauté : il visait l’Élysée, désormais, avec Macron, il vise Matignon.

Pourquoi maintenant ?

Le timing est curieux. En effet, Bayrou rejoint Macron alors que celui-ci n’a pas dévoilé son programme. C’est le contraire de la démarche d’un centriste qui adhère d’abord à un projet plutôt qu’à un homme. C’est étrange de rejoindre une démarche bonapartiste quand toute sa vie on dit s’être battu pour des idées… Car je note qu’il soutient un candidat qui, à ses yeux, représentait il y a encore quelque temps « les puissances de l’argent » contre lesquelles Bayrou affirmait s’être battu toute sa vie. C’est donc un « hologramme » – je reprends son expression – qu’il entend hisser à l’Élysée. J’avais dit à l’époque que les jugements de Bayrou à l’égard de Macron étaient excessifs. Je suis heureux qu’il m’ait entendu.

Peut-il réellement espérer Matignon ?

En général, on nomme à Matignon l’homme politique qui possède à l’Assemblée nationale le plus de députés. Même en cas de victoire de Macron, ce ne sera pas le cas. Les députés du MoDem ne seront pas les plus nombreux. J’ai bien peur alors que dans, ce cas de figure, Bayrou vive à Matignon le supplice de Raymond Barre…


Nous n'avons jamais eu autant besoin d'une armée qui nous protège et aucun candidat à l'élection présidentielle n'en parle

L’une des premières responsabilités du futur chef de l’État sera de bien prendre la mesure de cet enjeu.

Lire la tribune sur le Huffington Post

Dans deux mois, les Français vont élire un nouveau Président de la République qui deviendra le chef des Armées. Pourtant, paradoxalement, alors que les Français n’ont jamais eu autant besoin d’une armée qui les protège et qui soit à la hauteur des ambitions de notre pays, les questions de Défense ne font pas partie des priorités du débat électoral. S’il existe un quasi-consensus politique sur la nécessité de consacrer 2% du PIB à l’effort de défense (en incluant les pensions), personne ne s’accorde aujourd’hui sur quand et comment atteindre cet objectif. La grande majorité des programmes prône de conserver la trajectoire budgétaire programmée jusqu’en 2019 et de n’envisager d’y parvenir qu’après le futur quinquennat, vers 2025… Ce point de vue, justifié par la nécessité de contenir les dépenses publiques, ne tient pas face à la réalité des menaces actuelles et futures, au niveau d’engagement opérationnel de nos armées et à l’état réel de notre outil de défense.

L’actualisation de la Loi de programmation militaire en 2015 et la reconnaissance en 2016, à la suite des attentats de besoins humains et financiers supplémentaires ont permis de stopper la longue hémorragie des budgets et des effectifs de la défense, débutée en 1982. Néanmoins, même s’ils saluent ces décisions politiques courageuses dans un contexte économique défavorable, les spécialistes, le chef d’état-major des armées en premier lieu, jugent que les ressources budgétaires programmées restent insuffisantes pour frapper les bases du terrorisme, pour protéger efficacement notre territoire national et pour rester crédible face à l’émergence de puissances militaires mondiales ou régionales. La réalité est que le niveau d’engagement de nos armées est bien au-delà de ce qui a été prévu par le Livre blanc de 2013 ; l’intensité et la durée des opérations pèsent sur nos forces et laissent craindre, en l’absence d’un effort budgétaire immédiat et adapté aux besoins, un décrochage de l’outil de défense, préjudiciable à notre pays et à l’Europe dans son ensemble. Avec des parcs d’équipements insuffisants, vieillissants et de plus en plus difficiles à régénérer, avec un soutien des forces victime de réformes et de coupes budgétaires successives, les armées pourraient ainsi perdre rapidement des capacités essentielles à la réalisation de leurs missions. Il existe également un réel risque d’érosion du moral des femmes et des hommes qui servent au sein des forces. Plus encore que les équipements, le succès des opérations repose sur leurs compétences et le sentiment d’être soutenus par la communauté nationale.

Ce constat est méconnu de la majeure partie de nos concitoyens tant il existe aujourd’hui une distorsion entre l’image qu’a la Nation de son outil de défense et la réalité quotidienne de ceux qui s’engagent à son service. Elle peut s’expliquer par le déclin de l’esprit de défense, favorisé par la suspension de la conscription décidée en 1996 et amplifié par la disparition progressive de ceux qui avaient connu la guerre sur le territoire national. Les palliatifs mis en place pour entretenir le lien Armées-Nation (JAPD puis JDC, enseignement défense au collège notamment) n’ont pas permis d’endiguer cet affaiblissement. Aujourd’hui, rares sont les parlementaires, hauts fonctionnaires, décideurs, enseignants, et surtout électeurs à disposer d’une connaissance suffisante de l’outil de défense pour en maîtriser les enjeux et en comprendre les besoins financiers. Il est donc essentiel que la place, le rôle et les missions des forces armées au sein de la Nation soient mieux expliqués et mieux compris. La réserve, qu’elle soit opérationnelle engagée au sein de la Garde nationale ou citoyenne, et le service militaire volontaire s’inscrivent parfaitement dans cette optique. D’autres initiatives, comme le parrainage d’unités militaires par des villes, participent également à cette dynamique en favorisant un échange direct entre citoyens et forces armées.

Le développement de l’esprit de défense ne peut reposer exclusivement sur la communauté militaire : il doit faire l’objet d’une pédagogie globale tant par l’éveil à l’éducation civique et citoyenne à l’école, que par la prise de conscience du rôle déterminant pour la croissance et l’emploi des retombées industrielles et technologiques de la défense.

L’effort de défense et l’esprit de défense sont donc intimement liés. L’acceptation et la compréhension par la Nation du premier ne peut se faire sans le renforcement du second. Dans un monde plus que jamais incertain et face aux menaces qui pèsent sur l’Europe et notre pays, une des premières responsabilités du futur chef de l’État sera de bien prendre la mesure de cet enjeu pour que notre Défense reste performante, crédible et résiliente.

L’association des Villes Marraines des Forces Armées, présidée par Louis Giscard d’Estaing organise le lundi 27 février, de 14h30 à 18h30, Salle Lamartine à l’Assemblée Nationale, un colloque intitulé « Esprit de Défense. Effort de Défense ».


Evènement - Le monde selon Donald Trump : politique étrangère et évolution du système international

Jean-Marie BOCKEL

Sénateur du Haut-Rhin,

Ancien Ministre,

Vice-Président de l’UDI et Porte parole en charge des affaires étrangères,

vous convie à un échange sur le thème :

« Le monde selon Donald Trump : politique étrangère et évolution du système international »

avec pour intervenante :

Mme Maya KANDEL, historienne, chercheuse associée à l’Université Paris 3- Sorbonne Nouvelle

Jeudi 23 février 2017

11h – 12h30

(Accueil à partir de 10h45)

Palais du Luxembourg – Salle Champetier de Ribes

Inscriptions obligatoires dans la limite des places disponibles à envoyer à jm.bockel@senat.fr.

Votre inscription ne sera effective qu’à la réception d’un mail de confirmation.

Entrée : 15ter rue de Vaugirard, Paris 6ème. Une pièce d’identité vous sera demandée à l’entrée.


Sécurisation des manifestations : anticiper, c’est le rôle du Gouvernement

Communiqué de Valérie Létard
Paris, le 14 février 2017

Valérie Létard, sénatrice du Nord, a interrogé le ministre de l’Interieur à l’occasion des Questions d’actualité au Gouvernement au sujet des violences urbaines des derniers jours.

Il y a dix jours un jeune homme a été victime de violence policière. « Disons-le d’emblée, la Justice devra faire toute la lumière sur ce qui s’est passé à Aulnay sous Bois, et le faire rapidement » a déclaré la sénatrice

« Les scènes de violences urbaines des derniers jours inquiètent nos concitoyens à juste titre car elles viennent s’ajouter à la menace terroriste qui, de son côté, ne faiblit pas » s’est alarmée la sénatrice.

La manifestation de dimanche à Bobigny était annoncée et pour Valérie Létard « légitime ». Mais les débordements qui ont suivi « étaient, eux, inacceptables » a-t-elle souligné.

Dans un contexte où le risque d’infiltration de casseurs violents, souvent très jeunes, est avéré, « nous nous interrogeons sur le dispositif que vous avez mis en place » a déclaré la sénatrice au ministre.

« Pourquoi autoriser ce rassemblement, si les risques de débordement étaient si importants ? Quels moyens étaient mis en œuvre pour en assurer le déroulement pacifique ? Comment se fait-il que ni le Palais de justice de Bobigny, ni les abords de la manifestation n’aient pu être sécurisés ? » s’est-elle interrogée ?

« Quelle anticipation alors que nous connaissions le jour, l’heure et le lieu de ce rassemblement ? On annonce de nouvelles manifestations jeudi : pouvez-vous garantir que ces débordements ne se répèteront pas ?  » a-t-elle demandé au ministre.

Valérie Létard a appelé à l’anticipation : « mettons tout en œuvre pour anticiper et rassurer les Français. Assurer la protection de nos concitoyens est un facteur indispensable de la cohésion sociale et républicaine. Anticiper, c’est le rôle du Gouvernement » a-t-elle conclu.


Souveraineté numérique : passer du discours aux actes

Tribune de Catherine Morin-Desailly dans Le Monde

La campagne présidentielle est l’occasion d’affirmer la nécessité d’une stratégie nationale et européenne face aux géants technologiques américains et asiatiques.

Lire la tribune sur le site du Monde

Certains candidats à l’élection présidentielle ont récemment évoqué le risque pour la France et l’Europe de devenir des « colonies numériques » de deux autres continents. Si l’on peut se réjouir que la campagne soit enfin l’occasion d’évoquer la question de notre souveraineté numérique, rares ont été jusqu’ici ceux qui en ont exposé clairement les enjeux et plus rares encore ceux qui ont avancé des solutions pour faire pièce aux géants technologiques américains et asiatiques…

Face à des technologies numériques encore jeunes et dont le potentiel de transformation est loin d’être épuisé, les perspectives de progrès sont aussi grandes que les craintes que soulèvent les certains effets liés à la mise en réseau. Qu’il s’agisse de l’emploi ou des fondements de nos économies, de nos cultures et de nos systèmes politiques, on constate une morne résignation politique qui voudrait que la France soit contrainte d’observer de manière passive ces transformations.

Le récent départ vers Google du Directeur général de l’ARCEP (le régulateur français des communications électroniques) est le dernier et le plus inquiétant symbole de l’incapacité de nos dirigeants à faire face aux défis politiques, industriels et juridiques des GAFA… Dans le même temps, l’intense lobbying déployé par ces mêmes GAFA à Bruxelles permet de mieux comprendre pourquoi la NSA a focalisé ses écoutes sur les fonctionnaires européens chargés de la concurrence.

Les révélations d’Edward Snowden et plus récemment l’ingérence d’une puissance étrangère dans le processus électoral américain nous interdisent toutes formes de naïveté vis-à-vis de nos interlocuteurs internationaux. Nous devons être lucides sur les mesures qu’il convient de prendre pour protéger les données des citoyens et la confidentialité des données de nos entreprises.

La défense de notre souveraineté numérique doit d’abord s’accompagner d’une stratégie de développement industriel de ces technologies. Il s’agit de passer d’une logique défensive à une logique de reconquête. Si les entreprises extra-européennes ont profité, souvent légalement, de la disparité des régimes fiscaux européens, l’harmonisation post Brexit de ces régimes doit devenir une priorité pour nos gouvernements.

Cependant, la lutte contre l’optimisation fiscale des GAFA ne saurait constituer l’alpha et l’oméga des politiques publiques. Nous devons aussi aider les entreprises de ces secteurs à se développer en Europe et en particulier aider les PME à devenir des entreprises de taille intermédiaire et par la suite des acteurs internationaux. Si ce n’est bien entendu pas à l’État de créer ces technologies, il doit accompagner les acteurs de ces technologies en orientant ses propres marchés vers les PME innovantes et vers les secteurs sensibles et stratégiques que sont la santé connectée, l’énergie, la maîtrise de l’environnement ou encore les transports. Dans le même temps il convient d’aider les entreprises françaises et européennes à développer les nouveaux outils cryptographiques (en particulier les crypto-monnaies) qui constitueront le fer de lance des nouvelles vagues d’ubérisation des sociétés européennes dans le secteur de la banque et de l’assurance.

Or, au moment où nous devrions concentrer tous nos efforts sur le développement et l’ancrage européen de notre écosystème technologique, nous assistons à une véritable hémorragie des talents et des start-ups rachetés par des groupes américains ou asiatiques. Par ailleurs, les accords régulièrement passés par le gouvernement avec les géants de ces technologies sont autant de signaux négatifs envoyés à l’écosystème des technologies. Ces accords souvent contre productifs correspondent parfois à de véritables abandons de souveraineté. On pourra citer le partenariat entre l’État et l’américain Cisco pour la formation des ingénieurs réseaux des administrations, les accords des ministères de l’Éducation et de la Défense avec Microsoft ou plus récemment le financement par Google de la Grande École du Numérique…

Alors que certains en France et en Europe s’interrogent encore sur le bien-fondé d’une politique industrielle dans ces domaines, il convient de rappeler que toutes les nations qui ont développé des écosystèmes technologiques puissants l’ont fait grâce à des politiques volontaristes. Ainsi, les Américains ont orienté leur commande publique vers les PME grâce au « Small Business Act » depuis 1953. Cela a permis aux PME américaines et en particulier aux PME innovantes d’obtenir d’emblée des contrats fédéraux ou locaux. Ces mécanismes d’achats et d’aides publiques intelligentes sont à l’origine des plus grandes réussites américaines même si on ne le rappelle que rarement pour évoquer des réussites comme celle d’Elon Musk avec Tesla. Ces géants technologiques se sont aussi développés grâce à des exemptions fiscales et des mesures d’aides gouvernementales. Ainsi, comme le résume l’économiste américaine Mariana Mazzucato : « Il n’y a pas une seule des technologies clés de l’iPhone qui n’ait été à un moment ou un autre subventionnée par l’État américain… ».

Plus que d’établir des grands plans industriels souvent inefficaces et qui se résument trop souvent à du « saupoudrage » vers les grands groupes, l’État doit innover afin d’aider la France et l’Europe à développer de nouveaux géants technologiques. Comme le démontrent nos voisins allemands, certaines de ces mesures peuvent même être développées à coût zéro. C’est le cas lorsque les autorités allemandes associent habilement cybersécurité et développement industriel en imposant aux sociétés américaines de créer des data centers sur le territoire européen plutôt que d’accepter le transfert des données et de l’expertise sur le traitement de ces données aux États-Unis.

Ces mesures se révèlent d’autant plus importantes qu’elles s’inscrivent au moment où l’administration Trump exclue les données personnelles des « non-citoyens américains » de toute forme de protection juridique. Or là encore c’est l’inverse qui a prévalu lorsque la Commission européenne a accepté que l’autorité de contrôle de l’accord transatlantique sur le transfert des données des citoyens et des entreprises européennes (« Privacy Shield ») soit basée aux États-Unis. Or, le traitement en masse des données (Big Data) et les algorithmes de l’intelligence artificielle sont devenus des enjeux stratégiques pour notre économie et notre défense.

L’ensemble des instruments que possède l’État tant sur le plan industriel que sur les plans juridiques, fiscaux et diplomatiques doivent être activés et coordonnés au profit d’une politique industrielle française et européenne des technologies. Il convient d’inscrire l’ensemble de ces stratégies industrielles au plus haut des agendas politiques européens, notre souveraineté numérique mais aussi le devenir de nos sociétés en dépendent. Jamais il n’a été plus urgent de reprendre en main notre destin numérique !

par Catherine MORIN-DESAILLY

Sénatrice

Présidente de la Commission de la Culture, de l’Education et de la Communication ,

Auteure du Rapport d’Information « L’Europe au secours de l’Internet : démocratiser la gouvernance de l’Internet en s’appuyant sur une ambition politique et industrielle européenne » (2014)