Philippe Gomès invité de La 1ère sur le référendum en Nouvelle-Calédonie.


Sommet européen : un nouvel échec des chefs d’État mais un espoir démocratique

Communiqué de Jean-Christophe Lagarde, Président de l’UDI, et James Chéron, Secrétaire national aux affaires européennes

Une nouvelle fois les dirigeants européens n’ont pas réussi à avancer sur les deux sujets majeurs de l’actualité européenne : le Brexit et la protection des frontières extérieures.

Sur le Brexit, l’UDI réaffirme une position intransigeante face aux blocages générés par le gouvernement britannique. En particulier, le « filet de sécurité » entre Grande-Bretagne et Irlande-du-Nord est indispensable pour ne pas rétablir des postes frontières entre République d’Irlande et Irlande-du-Nord, option inenvisageable si l’on veut éviter une nouvelle guerre irlandaise. En choisissant de quitter l’Union européenne, le Royaume-Uni ne peut imposer ses conditions et conserver d’avantages – par exemple douaniers – sans contreparties. L’UDI confirme son entière confiance en Michel Barnier, négociateur européen du Brexit.

Concernant la protection des frontières, les erreurs du passé doivent éclairer le chemin. En supprimant les frontières intérieures à l’espace Schengen, les dirigeants européens de l’époque ont commis l’erreur de ne pas protéger les frontières extérieures. En matière de migrations, l’échec réside donc en « l’absence d’Europe ». L’UDI propose de renforcer massivement l’action de Frontex pour qu’un véritable corps de garde-frontières européens sécurise la frontière extérieure de l’espace Schengen, d’établir des « centres d’accueil » en Europe et quand cela est possible dans les pays de départ pour traiter humainement les migrants en des lieux précis et décents, d’unifier les règles d’asile et d’instruire les demandes en 3 mois afin d’accepter ou reconduire à la frontière les migrants dans des délais raisonnables.

Ce sommet a le mérite de poser clairement les sujets européens sur la table de la campagne électorale qui s’ouvre. Pour la première fois depuis longtemps, la campagne européenne va se jouer sur des enjeux européens, n’en déplaise aux populistes français, dépassés par les événements, qui voudraient en faire un référendum pour ou contre le Président de la République qui, quoi qu’il arrive, sera toujours Président au lendemain de cette élection.


Les majorités monolithiques commettent des erreurs. Être capable d'écouter n'est pas rester impuissant.

INTERVIEW – Jean-Christophe Lagarde, coprésident du groupe UDI, Agir, Indépendants à l’Assemblée nationale, a ouvert les portes de l’UDI à Frédérique Dumas après l’annonce, dimanche, de son départ du groupe LaREM.

Lire l'interview sur Le Figaro

LE FIGARO. – Comment comprenez-vous le retour de Frédérique Dumas à l’UDI?

Jean-Christophe LAGARDE. – Elle a déjà été membre de l’UDI. C’est une femme dont l’engagement est toujours entier. Elle m’a expliqué combien il était difficile pour elle de défendre son point de vue au sein de La République en marche et qu’elle envisageait de changer de groupe politique. Je l’ai accueillie tout naturellement.

Peut-on y voir autre chose qu’un «retour au bercail»?

Cela traduit le malaise d’un certain nombre d’élus locaux et de parlementaires. On voit revenir des gens UDI et des gens que nous n’avions jamais vus avant. Des gens qui voudraient que le quinquennat soit un succès mais qui ont le sentiment de ne pas être entendus, écoutés et considérés. Ils se tournent vers nous avec le sentiment justifié de pouvoir défendre ce qu’ils croient car chez nous, les décisions sont prises collectivement.

Un certain nombre de gens, qui se sont engagés avec Emmanuel Macron, veulent mettre en adéquation leurs convictions et leurs pratiques politiques. Que Frédérique Dumas veuille apporter aussi ses idées dans le groupe de réflexion de Xavier Bertrand me semble positif. Cela n’augure pas de rapprochements même si j’ai toujours dit que Xavier Bertrand était quelqu’un avec qui nous pouvons travailler, ce que nous faisons tous les jours dans les Hauts-de-France.

Mme Dumas a précisé qu’elle ne quittait pas Macron mais LaREM…

Elle a le même état d’esprit que nous. Si le quinquennat est un échec, ce seront d’abord les Français, notamment les plus fragiles, qui en paieront les pots cassés. Cela nous met aussi en grand danger parce qu’une alternative populiste et démagogue nous pend au nez.

Chez vos partenaires d’Agir, Frédéric Lefebvre plaide pour une alliance immédiate avec la majorité pour les européennes. Votre avis?

Agir vient d’avoir un congrès fondateur. Il y a un débat à l’intérieur sur la stratégie. C’est bien légitime car les partis où l’on ne débat pas sont des partis morts. Maintenant, ils feront leur choix selon le calendrier qui leur conviendra. S’ils souhaitent nous accompagner dans une campagne européenne, je n’y verrai pas d’objection.

Quel est le bon calendrier pour l’UDI?

Janvier 2019, à cinq mois de l’échéance. Au moment où les Français commenceront à s’intéresser aux élections.

Au MoDem, on entend de plus en plus de critiques à l’égard du pouvoir. Comment analysez-vous
cette évolution?

La première année de mandat a été celle des occasions manquées. Nous représentons ceux qui ont voté Macron au 2e tour et pas au 1er mais nous n’avons pas été entendus, contrairement aux promesses faites. La réaction du MoDem montre qu’une partie de ceux qui ont voté Macron au 1er tour n’ont pas été écoutés non plus. Les majorités monolithiques commettent des erreurs que l’on pourrait éviter. Être capable d’écouter n’est pas rester impuissant.


Frédérique Dumas : "Je ne quitte pas Emmanuel Macron, je quitte La République En marche."

La lettre de Frédérique Dumas, après son départ de LREM pour rejoindre l’UDI. 

Lire le texte sur le site officiel de Frédérique Dumas

Chère concitoyenne, cher concitoyen,

J’ai pris les lourdes décisions de quitter le groupe parlementaire de la majorité La République En marche (LaREM), de rejoindre l’Union des Démocrates et Indépendants (UDI) présidée par Jean-Christophe Lagarde et ainsi le Groupe UDI/Agir à l’Assemblée nationale, de travailler avec Xavier Bertrand, actuel Président du conseil régional des Hauts-de-France et de rejoindre son club de réflexion « La Manufacture ».

Je ne quitte pas Emmanuel Macron, je quitte La République En marche

 Mon élection comme députée de la treizième circonscription des Hauts-de-Seine m’oblige et je me dois donc de vous donner, à chacune et à chacun, une explication approfondie de ce choix.

Il s’agit, bien sûr, de l’expression de déceptions profondes et les raisons de ce choix de quitter la majorité, que je fais avec tristesse, sont toutes mûrement réfléchies. Il n’y en a pas de légères. Ce sont des décisions prises avec calme et détermination.

J’ai fait part depuis des mois, et cela à tous les niveaux, de mes inquiétudes, puis de mes incompréhensions. Je n’ai pas été entendue. J’ai exprimé par ailleurs certains de mes désaccords publiquement. On me l’a reproché. Les échanges que j’ai voulu directs et francs avec les uns et les autres ces dernières semaines, ont achevé de me convaincre.

Je ne remets en cause ni l’esprit, ni le sens du  programme sur lequel vous m’avez élue. Il est hors de question pour moi d’occulter le travail remarquable qui a pu être mené par la plupart des Ministres et de mes collègues député.e.s. Les avancées sont nombreuses.

Mon souhait absolu est que le Président de la République et qu’à travers lui la France, réussisse.

Mais à un an du début du quinquennat, alors qu’il est encore temps, il m’a paru vital de tirer la sonnette d’alarme, de dire des choses fortes sans faux semblants.

Non seulement il semblait de plus en plus difficile aux uns et aux autres de comprendre le sens de notre action, mais cette volonté affichée et assumée de confondre vitesse et précipitation, de refuser les mains tendues sous la pression médiatique et par peur de se voir reprocher l’inaction, nous a conduit à mal mesurer l’atterrissage ultérieur de certaines de nos décisions.

Il était donc devenu  inimaginable pour moi de ne pas contribuer à l’émergence de contrepouvoirs constructifs permettant de jouer ce rôle de garde-fous.

Il y a quelques mois encore je n’imaginais pas que la construction de garde-fous extérieurs serait nécessaire car nous serions incapables d’imaginer et de concevoir nos propres contrepouvoirs à l’intérieur même de la majorité, incapables tout simplement de mettre en place l’ADN du « macronisme » avec ses deux fondamentaux :

  • « Donner du sens » afin de se projeter et de partager, et mettre en place une « méthode », celle qui laisse la place nécessaire aux échanges d’idées et au débat, sans tomber dans l’impuissance. Celle qui permet ainsi une « vraie » concertation autour de diagnostics partagés, si ce n’est par tous, au moins par le plus grand nombre, qui se nourrit des expériences, du vécu, celle qui laisse place à la véritable expérimentation, pas celle uniquement destinée à habiller des décisions prises d’avance.
  • Enfin la coopération, qui est l’essence même du monde interconnecté et interdépendant dans lequel nous entrons, celle qui permet de démultiplier les solutions et de faire levier.

La seule méthode à même d’atteindre, dans le réel, les objectifs fixés lorsque nous nous sommes présentés devant vous : la réductions de toutes les fractures (culturelle, territoriale, sociale, économique, etc.), l’émancipation et la cohésion.

Alors je fais ce choix, peut-être atypique d’illustrer ma démarche par deux exemples précis concernant des sujets sur lesquels j’étais moi-même investie du fait de mes expériences : L’avenir de l’audiovisuel public et l’éducation artistique et culturelle.

En tant qu’ancienne productrice de cinéma, j’ai la conviction que ce qui est profondément vrai pour une personne est par essence universel.

Le succès de l’un des films emblématiques que j’ai co-produit « The Artist » en témoigne.

Le Président avait indiqué lors de ses vœux à la presse qu’il voulait que « les parlementaires qui sont très attachés à cette idée de service public puissent participer au grand travail de réflexion sur l’audiovisuel public ». C’est ainsi que s’est constitué dès janvier  un groupe de travail de la majorité que j’avais la charge de coordonner.

Le travail de fond que nous avons mené a donné lieu, à l’issue d’une grande concertation avec les acteurs du secteur, à un rapport cosigné par six autres députés. Or, ce travail qui constituait autant d’outils et d’aide à la décision, reposant sur des données objectives et bien réelles, qui redonnait par ailleurs du sens et de l’ambition à notre volonté de transformation a tout simplement été balayé du revers de la main par le Premier Ministre. Il n’y a eu aucun débat, aucune discussion, aucun échange.

La raison en est toute simple, les décisions prises depuis longtemps par l’exécutif, ne faisaient qu’habiller des économies budgétaires et des redéploiements de l’ordre de 400 millions d’euros d’ici 2022 à qui l’on donnait une apparence de modernité en choisissant d’annoncer la bascule d’une chaîne hertzienne gratuite pour enfants, sans publicité, sur le tout numérique au mépris de toutes les analyses des usages, au mépris même des exemples étrangers et rompant ainsi avec l’égalité territoriale.

Etait par ailleurs annoncée brutalement en plein été et sans réelle concertation, la bascule de la chaîne des Outre-mer sur le tout numérique sans qu’aucune garantie concrète voire réaliste ne soit apportée sur la « visibilité » de programmes ultra marins, promise sur les autres chaînes généralistes.

Pointant les erreurs du passé, grâce notamment aux éléments fournis par la Cour des comptes, notre rapport démontrait l’incohérence totale des économies budgétaires telles qu’envisagées.

De par son mode de financement, le service public appartient à chacune et chacun d’entre vous. Si ces décisions étaient maintenues, c’est pourtant bien une forme d’implosion du service public de l’audiovisuel que nous avons programmée et une fragilisation de tout l’écosystème en conséquence.

Il me semblait essentiel d’assumer dévoiler au grand jour les conséquences plus que certaines des décisions prises dans l’opacité la plus totale, que ce soit vis à vis de la représentation nationale ou de chacune et chacun d’entre vous, sachant que les effets sur votre télévision ne pourront se faire véritablement sentir que dans un an.

L’audiovisuel public est au cœur de notre projet de société, au cœur de la souveraineté nationale face à la mondialisation. Il est au cœur du modèle européen que nous appelons de nos vœux, celui de la liberté d’expression et du pluralisme, au cœur du financement de la création dans sa diversité, donc au cœur de la préservation de la liberté de choix, en résumé au cœur de la démocratie.

Nous nous devons de le rendre plus fort et plus attractif pour l’ensemble des citoyens.

Le deuxième exemple que je souhaite étayer porte sur l’éducation au sensible. L’éducation artistique et culturelle est un sujet majeur dont le Président de la République a fait une priorité, toujours dans le triple objectif de réduction des fractures, d’émancipation et de cohésion. Or, rien n’avance de manière significative non plus dans ce domaine malgré les efforts déployés par le Ministre de l’Education. Jean-Michel Blanquer avait en effet souhaité me confier une mission sur l’éveil musical dès le plus jeune âge dès l’automne 2017, avec la conviction que pour que la réduction des fractures soit effective, il était nécessaire de s’appuyer sur les conclusions des recherches scientifiques récentes relatives à la relation entre cerveau et musique.

La lettre de mission gouvernementale qui devait officialiser ce travail est restée plusieurs mois sur le bureau du Premier Ministre jusqu’à ce que l’on m’informe que je n’obtiendrais pas sa signature car cela signifierait « récompenser une frondeuse ». Ma décision de finalement  m’abstenir sur la proposition de loi relative à la lutte contre la manipulation de l’information (« Fake news ») car je la considérais floue juridiquement et donc contre productive m’a, par la suite, définitivement rangée dans cette catégorie de « frondeuse » aux yeux de l’exécutif.

N’ayant définitivement pas une âme de « frondeuse », ne souhaitant pas me laisser condamnée à l’impuissance, ne pouvant accepter une mission, même si elle me tient profondément à cœur,  en échange de mon silence, comme il m’était implicitement demandé, je n’avais qu’un seul choix : partir.

Enfin, de manière plus générale, la possibilité de mettre le projecteur sur le vide abyssal en matière de politique culturelle qui n’est tout simplement plus acceptable, est l’un des moteurs de mes décisions.

De nombreux chantiers ont été ouverts, aucun n’a abouti, beaucoup sont au bord de l’implosion. Corporatismes et conservatismes sont pointés du doigt alors qu’il s’agit tout simplement d’amateurisme ou de cynisme de la part des personnes en charge du pilotage. Notre programme était suffisamment ouvert pour relever ce défi, il y avait tout l’espace pour inventer. Malheureusement c’est cette ouverture, ce « flou » assumé qui a provoqué ce vide abyssal en matière de culture.

C’est pour ces multiples raisons que je souhaite continuer à agir politiquement, sortir de l’impuissance, retrouver une marge d’action réelle et me rendre utile : émettre des propositions dans le domaine culturel et, en priorité, proposer une méthode. Je rejoins donc l’UDI présidé par Jean Christophe Lagarde où je prendrai en charge la réflexion sur les médias et la culture et qui me permettra de retrouver espace de travail, de concertation et de liberté.

Le message que je souhaite envoyer est très clair, c’est la marque de fabrique du Groupe UDI/AGIR : pas d’opposition systématique qui ne ferait que nourrir les radicalités, Il s’agit de loyauté envers les objectifs que nous nous sommes fixés lorsque je me suis présentée devant vous.

C’est aussi pour cela que je choisis de rejoindre La Manufacture, le laboratoires d’idées, de décryptage et d’expérimentation de Xavier Bertrand qui a choisi de redevenir un homme libre, sans attache partisane.

Aussi parce qu’il considère que l’anti-macronisme n’est pas une solution pour la France.

Enfin, mon choix s’appuie sur un constat majeur : depuis le début du quinquennat, LaREM a vidé de son sens sa promesse de construire avec d’autres sensibilités, alors qu’une majorité devenue omnipotente ne peut par nature, et de ce fait, représenter à elle seule le pluralisme. Il me paraît en effet indispensable d’ « élargir » afin de trouver des alliés qui ont confiance en la majorité à la fois pour relever les grands défis du futur, dont le défi européen, mais aussi pour résister en cas d’intempéries.

Il est hors de question pour moi que je vive à nouveau la construction d’une forme de parti unique, porteur cette fois-ci non pas d’une idéologie de droite ou d’une idéologie de gauche, mais d’une idéologie de la transformation où la technocratie et le cynisme prennent le pouvoir et qui ne peut que nourrir, lentement mais sûrement  les exaspérations.

Enfin, le facteur déclencheur de mon départ est notre promesse non-tenue en ce qui concerne l’exemplarité qui est, selon moi, le fondement de la confiance. Sans confiance, il n’y a pas d’ambition possible. Sans confiance, on ne peut ni construire, ni avancer, ni entraîner.

Alors bien sûr, chacun défend sa propre conception de l’exemplarité, très « élastique » en France. Mais tout est porteur de sens. Il ne s’agit pas seulement de légal ou d’illégal. Il s’agit de nos comportements. A mes yeux, si l’exemplarité n’est pas absolue, nous devons tout faire pour tendre vers des comportements qui reposent tout simplement sur des décisions de bon sens, dont chacun peut intimement comprendre les ressorts. Y compris parce que nous ne sommes pas infaillibles, exiger que cette exemplarité sous-tende toute action me paraît essentiel en politique. Nous nous devons de donner l’exemple, de montrer le chemin, quel qu’en soit le prix.

Etant arrivée à la conclusion que je ne pouvais ni empêcher ni dénoncer l’irrémédiable de l’intérieur, je n’avais pas d’autre solution que de me faire entendre de l’extérieur. Il était tout simplement inimaginable pour moi de laisser ainsi, sans réagir, la possibilité d’ouvrir un boulevard aux discours radicaux et simplificateurs qui se nourrissent de la crise de confiance entre gouvernants et gouvernés, de la précarité bien réelle, et des situations anxiogènes dans lesquels aucun avenir ne se dessine.

Certains me reprocheront peut-être la longueur de ce courrier, mais il était important pour moi que chacune et chacun d’entre vous puisse comprendre de manière intime et détaillée ce choix qui est le mien.

J’ai choisi d’être fidèle à mes convictions, d’être loyale aux objectifs ambitieux pour lesquels je me suis engagée auprès de vous.

J’en profite pour évoquer un passage du livre d’Emmanuel Macron dans son ouvrage « Révolution », reprenant un extrait de la lettre de guerre d’un compagnon de la Libération avant sa mort à la tête de sa division : «Nous ne pouvons utiliser notre intelligence à trouver des raisons d’accepter ». C’est ce que j’ai décidé de faire : ne pas accepter de trahir mon idéal.

Je continuerai, dans ce mandat qui est le mien, auprès de chacune et chacun d’entre vous, à porter cet idéal sans relâche et à rester à votre écoute.

Frédérique DUMAS

Députée de la 13ème circonscription des Hauts-de-Seine

Vice-présidente de la commission des Affaires culturelles et de l’Education


Frédérique Dumas, députée (ex-LREM) des Hauts-de-Seine, rejoint l'UDI

INTERVIEW – Frédérique Dumas, députée des Hauts-de-Seine, explique pourquoi elle quitte En Marche pour rejoindre l’UDI. 

Lire l'interview dans Le Parisien

"Nous proposons la mise en place d'une Ministère Européen des migrations et d'un corps de garde-frontières européen."

INTERVIEW – Au lendemain de l’Université d’été de l’UDI, Jean-Christophe Lagarde dessine les perspectives des mois à venir et formule une liste de propositions. 

Lire l'interview sur Le Point

Le Point : Les populistes ont le vent en poupe en Europe. À neuf mois des européennes, quelle réponse un parti centriste comme l’UDI, affilié aux libéraux européens de l’ALDE, peut-il apporter pour se faire entendre des électeurs ?

Jean-Christophe Lagarde : La montée des populistes n’est pas propre à l’Europe, c’est un phénomène mondial qui se nourrit du rejet par les personnes les plus fragiles d’une mondialisation sans règles.

Mais, en France, le phénomène du populisme est particulier puisqu’il consiste à incriminer l’Europe de problèmes qui sont proprement franco-français. Je vais en donner la liste : le chômage de masse dont nous souffrons depuis si longtemps ne frappe pas toute l’Europe ; le coût du logement si élevé concerne les grandes villes françaises, et non l’Europe ; l’insécurité au quotidien n’est pas partagée par tous les pays d’Europe ; le problème du pouvoir d’achat est aussi un problème hexagonal qui ne concerne pas tous nos voisins européens. Autrement dit, les autres pays ont mieux géré leurs affaires tandis que nos gouvernants successifs, les socialistes comme la droite, n’ont pas réussi à résoudre les problèmes qui nous enlisent depuis quarante ans !

À propos des migrants, leurs discours de fermeture, celui d’Orbán, de Salvini, de Kurz, rencontrent néanmoins un écho incontestable dans l’opinion…

Même sur l’immigration, la grande escroquerie des populistes consiste à clamer que « c’est la faute à l’Europe » alors que le phénomène migratoire ne date pas d’aujourd’hui. Qui a régularisé 600 000 clandestins dans les années 1980 ? François Mitterrand. Et à l’époque, les frontières nationales étaient encore bien en place, mais ils étaient entrés… En 1989, je soutenais la liste Simone Veil qui proposait déjà la création d’un corps de gardes- frontières européen pour protéger ensemble nos frontières. Or, précisément, les pseudo-patriotes n’en ont pas voulu, et depuis on a laissé la Grèce et l’Italie se débrouiller seules face à la vague migratoire de 2015. « Ils n’ont qu’à se débrouiller ! » entendait-on. Par égoïsme national, nous avons réussi à déstabiliser le gouvernement italien. Et en plus, sans la moindre efficacité, car, bien évidemment, les migrants ne sont pas restés en Italie. Ils passent la frontière et vous les retrouvez dans tous les pays d’Europe.

Le gouvernement italien se prévaut aujourd’hui d’avoir stoppé l’immigration et Matteo Salvini se pavane en s’attribuant un mérite qu’il n’a pas. Tout cela repose sur un mensonge. Si les entrées par la mer ont été réduites drastiquement en Méditerranée, c’est grâce au gouvernement précédent qui a fait le travail avec l’aide de l’Europe. Mais l’essentiel reste à faire.

Justement, que proposez-vous ?

Plutôt que subir l’immigration comme nous le faisons depuis trente ans, il faut la gérer, la programmer. L’UDI que je préside propose que nous nous inspirions du Canada qui planifie ses besoins de main-d’œuvre étrangère chaque année avec des quotas votés par les parlements nationaux. Tous les pays d’Europe n’en ont pas forcément besoin à l’instant présent. On ne fait pas venir des gens dont on n’a pas besoin et que l’on reçoit dans de mauvaises conditions.

Pour des raisons démographiques, la France ou l’Espagne n’ont pas besoin de cette main-d’œuvre, mais d’autres pays à la démographie déclinante, comme l’Allemagne, et à terme de nombreux pays de l’Est ont des besoins de main-d’œuvre que le marché intérieur ne suffit pas à combler.

Donc, nous proposons la création d’un ministère européen des migrations qui organiserait dans les pays d’origine une filière d’émigration légale en fonction des besoins librement évalués par chaque État membre. Naturellement, si une personne extracommunautaire est admise à travailler dans un pays européen, cela ne lui donne pas le droit de s’installer dans un autre État membre.

Dès lors que nous créons une filière légale et régulée, alors, toute personne qui viendra clandestinement doit savoir qu’elle sera rejetée. Bref, l’immigration, il faut la gérer, pas la subir.

Bien sûr, ici, je ne parle pas des réfugiés politiques qui sont persécutés en raison de leur combat pour la liberté. S’agissant d’eux, c’est notre devoir de les accueillir, et notre histoire a montré que les réfugiés politiques ont contribué au rayonnement intellectuel et artistique de l’Europe. Les populistes mélangent allégrement migrants économiques et réfugiés politiques pour attiser les peurs et les haines.

Toutefois, il y aura toujours des gens qui essaieront de franchir les frontières illégalement…

C’est le deuxième aspect de nos propositions pour l’Europe. La lutte contre l’immigration clandestine sera d’autant plus efficace que nous nous doterons d’un corps de gardes-frontières européen efficace. Pendant très longtemps, les États européens n’en voulaient pas et c’est presque honteusement qu’ils se sont finalement décidés à créer Frontex avec un budget ridicule de 150 millions d’euros. Même pas de quoi protéger les frontières d’un pays comme la France… Ce n’est que sous la pression des événements que le budget de Frontex a été relevé à 750 millions d’euros. Mais ce n’est pas encore suffisant et on n’a pas mis les moyens nécessaires à une réelle protection des frontières européennes. Résultat : on s’en est remis à l’Italie et à la Grèce qui ont très vite été débordées au moment des crises libyenne et irako-syrienne. La vraie souveraineté, c’est la force et la puissance de l’Europe qui peuvent nous la garantir.

Il est d’autant plus urgent d’agir que l’émigration est un phénomène mondial qui ne touche pas que l’Europe. Les bouleversements climatiques vont obliger des populations à se déplacer. Les moyens de transport sont bien plus importants aujourd’hui qu’il y a cinquante ans. Les moyens d’information permettent à n’importe qui, au fond de sa « brousse », de savoir que l’herbe est plus verte ailleurs… C’est vrai partout : entre le Mexique et les États-Unis, au Venezuela, où les gens fuient une situation catastrophique, et c’est aussi vrai en Asie. Or, nous, les Européens, nous sommes les seuls voisins de l’Afrique dont la population va exploser pour atteindre 2,5 milliards d’individus.

S’ils crèvent de faim chez eux, ils viendront en Europe. Nous avons donc tout intérêt à soutenir le plan Borloo d’électrification de l’Afrique faute de quoi aucun développement ne sera possible. Si nous n’aidons pas les Africains, ce sont cette fois des dizaines ou des centaines de millions de gens qui prendront la route de l’Europe. C’est notre intérêt, même égoïste, d’aider l’Afrique ! Nous avons le choix avec les Africains : ou bien nous aurons des migrants ou bien nous aurons des clients.

Florian Philippot, qui était ici interviewé, propose de sortir de l’Union européenne, car, selon lui, c’est la seule manière de mettre en place un « moratoire » sur le regroupement familial qui est la principale source d’immigration légale. Partagez-vous cette proposition ?

Ce que dit Philippot sur ce point, je l’entends. Du reste, j’ai moi-même proposé un moratoire sur le regroupement familial au pic de la crise irako-syrienne. Je suis pour une révision des critères du regroupement familial de manière à restreindre celui-ci aux enfants et aux parents. Cela ne peut pas concerner les grands-parents ou les autres. Et je souhaite également que des tests génétiques attestent du lien filial. À Drancy, en tant que maire, j’ai pu constater des abus, comme cet homme qui prétendait faire venir quatorze enfants alors qu’il n’était pas retourné au pays depuis des lustres. Ce n’est pas la règle générale, mais cela existe.

Le même Philippot plaide que, si la France n’était pas contrainte par l’Union européenne, elle aurait pu interdire le glyphosate immédiatement, et pas dans trois ans comme le propose Macron ou cinq ans comme le propose l’Union européenne… Que lui répondez-vous ?

Voilà encore un bon exemple d’argument populiste. Il n’y a pas encore de substitut au glyphosate. Sans glyphosate, les agriculteurs ne peuvent pas maintenir leurs rendements. Leurs revenus plongeraient et l’on ne pourrait que déplorer toujours plus de suicides, déjà nombreux dans cette profession en difficulté. Que M. Philippot aille donc expliquer aux agriculteurs qu’on va interdire le glyphosate sans substitut…

Mais, moi, j’y vois un autre manque d’Europe. Bien sûr qu’il faut interdire le glyphosate, mais il faut surtout mettre tous les chercheurs européens en réseau pour trouver au plus vite un substitut au glyphosate. C’est donc d’une Europe de la recherche encore plus imbriquée que nous avons besoin pour répondre à ce genre de défis scientifiques, car il est bien connu que plus de cerveaux mis en réseau découvrent plus vite les solutions d’avenir. La solution, une fois de plus, n’est pas dans le repli national.

Le Frexit est une aberration et l’exemple du Brexit devrait faire réfléchir ses partisans.

Florian Philippot souligne que les salaires au Royaume-Uni remontent du fait d’une main-d’œuvre européenne en repli…

Les salaires remontent, comme l’inflation et le chômage. L’activité baisse au Royaume-Uni et de nombreuses entreprises s’apprêtent à quitter ce pays. C’est vraiment cela que M. Philippot veut pour notre pays ? Des délocalisations d’entreprise ? Enfin, un peu de cohérence… Les Britanniques se retrouvent dans une position de faiblesse comme jamais au point que Theresa May a été insultée par Donald Trump lors de sa visite en Grande-Bretagne et n’a pas osé lui répliquer tellement elle dépend désormais du caprice des Américains, car elle est seule.

Pendant ce temps, l’Union européenne a pu répliquer aux attaques commerciales de Trump sur l’acier et l’aluminium, et le contraindre à revenir à la table des négociations.

Le vrai patriotisme, c’est quand la France peut conserver sa souveraineté grâce au levier d’une Europe forte capable de tenir la dragée haute aux Américains, aux Chinois ou aux menaces de Poutine. Quand Theresa May va discuter face au géant chinois, je peux vous assurer qu’ils rigolent…

Philippot croit au « génie français »… Il pense que la France est plus forte seule…

Moi aussi je crois au génie français quand il se sert du levier européen pour garantir sa souveraineté.

Vous partagez avec le président Macron bien des vues sur l’approfondissement de l’Europe. Avez-vous l’intention de mener cette campagne ensemble sur des listes communes ? Avez-vous noué des contacts avec La République en marche ?

Je reconnais au président Macron le fait de faire des propositions pour l’Europe. C’est même le seul dirigeant européen qui en fasse. Mais nous ne partageons pas tous ses points de vue. Et surtout, je refuse de faire des élections européennes un enjeu de politique nationale. Quand Mélenchon dit que les européennes seront un référendum anti-Macron, je préviens les électeurs : si vous suivez ce mot d’ordre, vous serez les cocus de l’histoire. L’enjeu est d’élire 79 députés français au Parlement de Strasbourg qui défendront, une fois élus, les intérêts de notre pays dans la construction de notre avenir européen. Ceux qui dans l’enceinte du Parlement crieront « à bas, Macron ! » seront totalement inutiles, car personne ne les écoutera. Ce n’est pas le sujet.

Bien sûr, l’Europe ne doit pas s’occuper de tout, mais il est des secteurs indispensables où il faut la renforcer : elle doit se doter d’une stratégie industrielle, d’une stratégie commerciale, d’une politique énergétique qui la rende moins dépendante du gaz russe, d’une politique migratoire, d’une politique de défense… Et j’ajoute qu’il est urgent qu’elle se dote d’un vrai parquet qui s’occupe de traquer les terroristes et la grande criminalité. L’ersatz de « parquet européen » que l’UE met en place est très insuffisant puisqu’il n’est destiné qu’à traquer la fraude aux fonds européens et à la TVA. C’est bien, mais l’essentiel est de traquer les terroristes et le grand banditisme qui se servent de nos frontières pour se cacher.

Mais ferez-vous liste commune avec l’actuelle majorité macroniste ?

Nous avons défini notre programme européen, nous définirons notre stratégie électorale en début d’année prochaine. Mais à l’heure actuelle, à titre personnel, je ne vois pas pourquoi nous ferions liste commune, car nous n’avons pas les mêmes propositions, ne serait-ce que sur la gestion de l’immigration, comme je l’ai développé dans cet entretien.

Peut-on continuer à construire l’Europe avec le bloc des pays de Visegrad, la Hongrie, la Pologne, la Slovaquie et la République tchèque ?

Il faut leur dire clairement et l’Europe a commencé à le faire : ils ne pourront pas longtemps toucher les dividendes de l’Europe et, en même temps, refuser les règles communes. C’est le même sujet que le Brexit : on ne peut pas être dehors et jouir des privilèges du club. Il faut choisir. Et s’ils ne veulent pas des règles européennes, alors qu’ils partent !

Nous approchons de la fin de la négociation du Brexit. L’hypothèse du « no-deal » est-elle, selon vous, la pire ?

Le pire des scénarios n’est pas l’absence d’accord. Le pire serait que les Britanniques obtiennent un accord qui leur permette d’avoir un pied dedans un pied dehors. Ils ont décidé de sortir, alors qu’ils sortent franchement. Macron n’a pas le droit d’accepter un accord où le Royaume-Uni aurait le beurre et l’argent du beurre.

Ce serait pour moi une cause de rupture absolue et une faute impardonnable de sa part. Il faudra une rupture nette. Sinon, chaque État membre entamerait aussitôt un chantage à la sortie de l’UE pour obtenir le même statut.

Néanmoins, il faut sauver deux choses dans l’accord final avec le Royaume-Uni. D’abord, Erasmus. Les jeunes Britanniques qui ont voté contre le Brexit ne doivent pas être pénalisés tout comme les jeunes Européens qui souhaitent continuer d’étudier au Royaume-Uni. Et deuxièmement, nous devons conserver l’étroite coopération militaire avec le Royaume-Uni, car, en Europe, avec la France, c’est la seule véritable armée.