Il faut que le modèle écologique français ne soit pas une chimère déconnectée des préoccupations de nos concitoyens.

Communiqué de Sophie Auconie
Paris, le 27 novembre 2018

Aujourd’hui, les annonces du Président de la République constituent une parole qui l’engage.

D’abord sur la mise en place de la grande concertation dans les territoires. Celle-ci est toujours une nécessité pour sortir d’une crise, je me réjouis que la majorité le comprenne enfin.
La place du mouvement des gilets jaunes, autour de la table des négociations, était aujourd’hui une évidence.

La systémisation des contrats de transition énergétique accompagneront les territoires vers un modèle écologique vertueux mais reste la question des objectifs nationaux annoncés. Si le parc éolien terrestre doit être multiplié par 3 d’ici à 2030, les contrats de transition seront-ils librement négociés ou soumis à ces quotas ? Dans ce cas, une vraie considération des territoires est nécessaire, je prends l’exemple des projets éoliens sur mon territoire, à proximité de sites historiques et sans accord de la population.

Quant au sujet du moment, les annonces relatives à la hausse des prix du carburant par l’adaptabilité des taxes à la conjecture mondiale des prix du pétrole est une bonne nouvelle. Elle devra être suivie d’effets. Les questions restent nombreuses sur cette taxe flottante :

  • Quel prix sera retenu comme acceptable ?
  • Quels indicateurs permettront de déclencher une baisse ?
  • Comment fonctionnera l’évaluation trimestrielle ?
  • Existera-t-il une procédure d’urgence en cas de crise soudaine ?

Autant d’interrogations qui, je l’espère, n’ont pas déjà trouvé des solutions préparées par le Gouvernement, l’administration et la technocratie. Elles devront accéder à une issue dans les concertations territoriales pour que la création d’un modèle d’écologie française populaire défini par le Président de la République soit une réalité, et non pas une chimère déconnectée des préoccupations quotidiennes et à venir des français.


Avant de parler d’élargissement, regardons la difficile et incohérente mise en place du chèque énergie !

L’analyse de Marylène MILLET, secrétaire nationale aux solidarités et dépendances

Depuis le 1er janvier 2018, le chèque énergie remplace les tarifs sociaux de gaz et d’électricité. Emmanuel Macron a annoncé ce mardi vouloir regarder comment améliorer ce dispositif réservé aux ménages modestes. Il pourrait par exemple être élargi.

Que constatez-vous depuis la mise en place du chèque énergie le 1er janvier dernier ?

Marylène Millet: Après quelques mois de mise en route, on peut constater une faible utilisation du chèque mais surtout un très mauvais taux de retour des attestations auprès des fournisseurs d’énergies ce qui supprime aux publics précaires leurs droits connexes comme la protection hivernale renforcée.

Pour cette raison l’élargissement du dispositif doit être repensé dans sa globalité et clairement simplifié.

Que pensez-vous de l’idée émise par le Président de la République de son élargissement?

MM : Si le dispositif est déjà à la peine, son élargissement risque de ne pas avoir l’effet escompté. Il faut absolument régler les dysfonctionnements déjà existants.

Cette situation nous préoccupe vivement à l’approche de l’hiver. Rappelons que l’objectif initial du chèque énergie tel qu’il est conçu actuellement est de protéger et d’aider au quotidien les personnes en précarité énergétique, par la prévention, l’accompagnement et l’aide au paiement.

Avec la hausse des prix on peut craindre que de nombreux ménages supplémentaires puissent se trouver en difficultés pour se chauffer.

Un seul chiffre : si environ 3,7 millions de ménages pourraient bénéficier actuellement du chèque, environ 560.000 bénéficiaires ne s’en servent pas.

De plus, même si c’est une aide qui est la bienvenue pour le consommateur, c’est aussi une solution à court terme qui reste une compensation insuffisante à la hausse de fiscalité.

J’ajoute que quand on parle de nécessaires avancées pour l’environnement, le chèque énergie n’a pas du tout modifié certaines pratiques.

Bref, avant de parler d’élargissement regardons de plus près les dysfonctionnements actuels !


Nouvelle-Calédonie | « Il faudra accepter un partage de souveraineté définitif avec la France. »

Dans une tribune au « Monde », Philippe Gomès, député UDI de la Nouvelle-Calédonie, estime que la victoire attendue du « non » permettra aux électeurs de refonder la légitimité du lien avec Paris et d’abandonner « le grand rêve d’un pays pleinement souverain ».

Lire la tribune sur LeMonde.fr

Le 4 novembre prochain, cent soixante-cinq ans après que la France a pris unilatéralement possession de la Nouvelle-Calédonie, le peuple calédonien, désormais souverain sur son destin, devra décider de l’avenir de son pays : devenir un Etat indépendant ou demeurer au sein de la République.

Sur cet archipel de la Mélanésie où est installé depuis des millénaires un peuple premier – les Kanak –, des peuples d’ailleurs venus d’Europe, d’Asie, d’Afrique du Nord, d’Océanie, de l’océan Indien et des Caraïbes ont, depuis plusieurs générations, fait souche, contribuant à la construction d’un territoire français à nul autre pareil, au milieu du Pacifique… Se croisant, se heurtant, combattant ensemble lors des conflits mondiaux, se métissant aussi, ces hommes et ces femmes ont, au fil du temps, entremêlé leurs cultures par le sang, le labeur et la spiritualité.

Après une histoire coloniale douloureuse, et notamment la période dite des « Evénements » (1984- 1988), c’est par le dialogue, conclu par la poignée de main entre Jacques Lafleur [anti- indépendantiste] et Jean-Marie Tjibaou [indépendantiste], que fut engagé au travers des accords de Matignon et de Nouméa un processus négocié et constitutionnalisé de décolonisation et d’émancipation de la Nouvelle-Calédonie au sein de la République.

Le chemin parcouru depuis lors est considérable. L’identité kanak a été pleinement reconnue dans ses différentes dimensions culturelles, coutumières, institutionnelles et éducatives, et la légitimité des autres communautés a été affirmée. Une « souveraineté partagée » entre la France et la Nouvelle-Calédonie a été consacrée, permettant à notre pays de se gouverner lui-même à l’exception des compétences régaliennes. Enfin, le rééquilibrage engagé au profit des populations de l’intérieur et des îles permet désormais à tous les Calédoniens de bénéficier de conditions de vie équivalentes.

Cette France qui relie toutes les communautés entre elles

C’est encore par le dialogue que Calédonie ensemble et les indépendantistes ont consacré, dans le cadre de la Charte des valeurs calédoniennes et du « bilan politique partagé de l’accord de Nouméa » [documents signés cet été, respectivement en juillet et en août], le patrimoine commun des Calédoniens, affirmant ainsi ensemble que ce qui les rassemble est plus fort que ce qui les divise.

Un geste symbolique et fort, à la veille du référendum, qui s’inscrit dans la continuité de l’action de nos aînés, comme l’indique le préambule de la Charte : « Inscrivant notre démarche dans le prolongement de la poignée de main entre Jacques Lafleur et Jean-Marie Tjibaou, […] nous avons décidé d’établir, de porter et de partager la présente Charte des valeurs calédoniennes pour mettre en évidence ce qui rassemble les Calédoniens dans leur diversité. »

Pour autant, trente ans après, la question de la souveraineté française sur la terre de Nouvelle- Calédonie continue à se poser avec une certaine acuité : pour les uns elle les protège, pour les autres ils la subissent.

Le 4 novembre, l’heure sera venue d’assumer pour la première fois, dans un scrutin démocratique partagé, cette divergence politique majeure. Le résultat ne fait pas de doute : une large majorité des Calédoniens votera contre l’indépendance. En votant « non » à l’indépendance, ils refonderont ainsi la légitimité du lien de souveraineté qui les unit à la France : ce lien, imposé par l’acte de prise de possession le 24 septembre 1853, aura été démocratiquement choisi le 4 novembre 2018.

Les Calédoniens marqueront aussi leur attachement à cette France qui relie toutes les communautés entre elles par sa langue, ses valeurs, et une histoire commune, et qui les protège, en assurant la sécurité du pays, à l’intérieur comme à l’extérieur de ses frontières.
Ils affirmeront par ce vote leur volonté que la Nouvelle-Calédonie continue à s’épanouir dans ce vaste espace de liberté que lui offre la République.

Abandonner le « grand rêve d’un pays pleinement souverain »

Pour autant, si l’arithmétique électorale est un fait politique, elle ne peut, dans notre pays, constituer, à elle seule, une solution politique. Parce que la grande majorité des indépendantistes sont des Calédoniens d’origine kanak et l’immense majorité des non-indépendantistes des Calédoniens d’origine non-kanak, il nous faudra, au lendemain du référendum, continuer à tresser la natte du vivre-ensemble dans la paix, que nous avons commencée il y a trente ans.

Nous devrons d’abord, par la voix du dialogue, dégager un premier consensus pour éviter l’organisation, comme le prévoit l’accord de Nouméa, d’un deuxième et d’un troisième référendum en 2020 et 2022, qui seraient immanquablement générateurs de tensions politiques et de graves difficultés économiques et sociales.

Nous devrons aussi, sur ces nouvelles fondations issues du suffrage universel, et parce que l’accord de Nouméa est transitoire, définir une nouvelle organisation politique – non limitée dans le temps – pour poursuivre notre émancipation au sein de la République, dans le respect des convictions de chacun. Il nous faudra continuer à apprendre à conjuguer « souveraineté » et « République », car c’est la République qui nous donne les moyens de notre souveraineté en son sein.

Enfin, à plus long terme, probablement à l’échelle d’une génération, de la même manière que les indépendantistes ont su abandonner le « grand rêve d’un pays [kanak] à [eux] tout seuls » en acceptant un partage de souveraineté sur le destin du pays avec tous ses citoyens, ils devront abandonner le « grand rêve d’un pays pleinement souverain » en acceptant un partage de souveraineté définitif avec la France. Abandonner ce rêve, ce n’est ni se renier ni renoncer, car la revendication aura permis la naissance d’un pays nouveau. Abandonner ce rêve, c’est accepter les mutations de la société kanak qui, son identité restituée, aura su trouver ses équilibres avec les autres composantes du peuple calédonien, dans un archipel libre de se gouverner tout en restant protégé par le grand récif de la République.