INTERVIEW – Jean-Christophe Lagarde, président de l’UDI et tête de liste aux élections européennes 2019, était dans les Hauts-de-France le 13 décembre.

L’occasion de s’exprimer sur les conséquences du Brexit pour les marins-pêcheurs français au cours d’une réunion publique à Calais.

Alertant sur le « grave danger » qu’encourent les pêcheurs français, le leader du parti de la droite européenne et du centre propose des solutions pour trouver un accord leur garantissant un accès aux eaux britanniques après le Brexit.

Le Royaume-Uni quittera l’Union européenne le 30 mars, quelles conséquences devons-nous craindre pour les marins-pêcheurs français ?

J-C Lagarde : Aujourd’hui, entre 60 et 70 % de ce qui est pêché par les pêcheurs de Boulogne-sur-Mer est pêché dans les eaux britanniques. En France, c’est plus de 30 % des captures de nos pêcheurs qui sont faites dans le territoire du Royaume-Uni !

A partir du 30 mars prochain, ils n’auront plus le droit de pêcher là-bas, et leurs activités, leurs conditions de vie, seront en grave danger. Il faut donc rapidement trouver un accord avec le Royaume-Uni pour sauver les emplois de nos pêcheurs et préserver ce secteur économique et vital.

Oui mais le Gouvernement a déjà présenté un grand plan d’urgence …

Mais il a complètement oublié le secteur de la pêche ! Le gouvernement semble s’être à peu près bien préparé aux contrôles aux frontières et souhaite en effet investir 50 millions d’euros dans des parkings et des installations de contrôles.

“Le plan du Gouvernement a fait l’impasse sur le secteur de la pêche !”

Par contre, il faut que le Gouvernement aide la mutation d’un certain nombre d’activités économiques. La transition amènera des difficultés, les échanges seront peut-être moins nombreux dans un premier temps. Il faut donc impérativement soutenir les acteurs économiques !

Faut-il indemniser les pêcheurs ?

L’Union européenne a déjà prévu d’indemniser les pêcheurs. Mais la question ce n’est pas vraiment de les indemniser, c’est de les laisser travailler. Et pour cela, il faut avoir un accord rapide avec le Royaume-Uni permettant aux pêcheurs français d’avoir accès aux eaux britanniques après le Brexit.

Le Royaume-Uni est très protecteur de ses eaux territoriales, ils n’accepteront jamais votre proposition, surtout que les pêcheurs ont voté largement pour le Brexit …

Le Gouvernement a les moyens d’engager un bras de fer en s’appuyant sur nos partenaires européens. Je défends une mesure simple : si nos pêcheurs n’ont pas accès à leurs eaux, alors leurs avions n’auront pas accès à nos airs.

Est-ce réaliste ?

Bien sur, c’est exactement la position du premier ministre irlandais et la France devrait faire bloc avec lui pour défendre nos pêcheurs !

Pour trouver un accord, nous avons un moyen de pression si l’Europe est unie et fait cause commune. Lorsqu’ils quitteront l’Union européenne, les britanniques quitteront également le Ciel unique européen. C’est ce qui permet aux avions anglais de se poser et d’utiliser nos aéroports partout dans l’Union européenne. C’est donc le Ciel unique européen qui permet aux compagnies aériennes britanniques d’assurer des vols de Londres vers Barcelone, ou vers Paris !

Je propose donc que les avions britanniques puissent continuer à voler dans notre espace aérien à condition seulement que nos pêcheurs puissent continuer à pêcher dans les eaux britanniques. Il n’y a pas de raison que l’on accepte que leurs avions volent dans nos airs si nos bateaux ne peuvent plus aller dans leur mer !

Si l’Europe défend de manière unie cette position, alors nous pouvons obtenir des Britanniques qu’ils garantissent l’accès des pêcheurs français à leurs eaux territoriales.