Lettre ouverte au Président de l'Assemblée nationale

Lettre ouverte de Jean-Christophe Lagarde
Paris, le 21 juillet 2018

Monsieur le Président de l’Assemblée nationale,

Depuis 72 heures, l’affaire Benalla représente l’un des plus graves scandales de la Vème République. Depuis 72 heures, l’Assemblée nationale est paralysée au moment où le pouvoir exécutif est en difficulté.

Par le combat dans l’hémicycle, les oppositions dont nous sommes, ont obtenu que soit créée une commission d’enquête parlementaire. C’était notre devoir pour exercer le pouvoir de contrôle que la Constitution nous confère. Par le même combat, nous avons obtenu samedi que la majorité finisse par accepter que les auditions et les débats de la commission soient publics et non pas secrets. C’est notre devoir pour garantir aux Français que toute la lumière, la transparence et la vérité leur sera faite sur les responsabilités et les conséquences qu’il faut en tirer.

Depuis samedi matin, notre Groupe UDI-Agir et Indépendants considère que l’Assemblée nationale aurait dû reprendre ses travaux pour réviser la Constitution et pour réellement renforcer les pouvoirs du Parlement. Car il est indéniable que cette crise puise sa source dans le déséquilibre des pouvoirs entre l’exécutif et le législatif.

Nous avons, de par notre Constitution, le Président le plus puissant de toutes les démocraties occidentales. Nous avons aussi, hélas, le Parlement le plus faible de tous les régimes comparables. Résultat, contrairement aux attentes des Français, nous sommes le pays qui s’est le moins réformé dans le monde occidental au cours de ces 40 dernières années.

Comme le disait Montesquieu, « C’est une expérience éternelle que tout homme (ou régime) qui a du pouvoir est porté à en abuser » (confère M. Benalla). « Il faut donc que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir ».

Tel n’est pas le cas dans la Vème République ! Le Parlement est censé équilibrer les pouvoirs et représenter la Nation mais…. Le Parlement est si faible qu’il ne peut convoquer un Ministre ! Le Parlement est si faible qu’il ne peut ouvrir autant de Commissions d’Enquêtes qu’il le souhaite ! Le Parlement est si faible qu’il ne peut proposer des lois comme il le  voudrait !

Bref, alors que dans cette crise les parlementaires devraient collectivement être pour les Français la garantie de l’équilibre des pouvoirs, l’Assemblée Nationale se réduit depuis plusieurs heures à n’être que commentatrice des évènements qui se déroulent à l’extérieur, comme le ferait le premier éditorialiste venu.

Cette situation est ridicule, affaiblissante et avilissante pour notre Assemblée Nationale qui n’est pas le lieu des commentaires, des polémiques et des débats stériles qu’on peut déplorer sur des plateaux de télés.

Monsieur le Président, il est de votre responsabilité que cela cesse ! Nous vous avons averti que cette situation n’était plus possible. Plutôt que nous donner la parole,vous avez préféré éviter tout débat samedi soir en suspendant la séance sans donner la parole à qui que ce soit !

Aussi, après avoir réuni téléphoniquement les députés de notre groupe, qui eux sont au contact de nos concitoyens et non pas enfermés dans un « bocal devenu stérile », nous avons décidé que :

  • résolus à faire toute la vérité sur l’affaire Benalla devant tous les Français, nous participerons sans complaisance aux travaux de la commission d’enquête dès lundi matin ;
  • déterminés à réformer la Constitution pour rééquilibrer les pouvoirs afin de garantir la liberté des Français, nous travaillerons sans relâche, dés que l’Assemblée nationale reprendra des travaux sérieux, pour améliorer notre Constitution ;
  • nous refusons désormais de participer à ce triste spectacle d’une Assemblée nationale, dont vous avez la responsabilité et qui tourne en rond, car nous sommes convaincus qu’elle est ridicule quand elle devient inefficace.

Cela signifie que nous demeurons prêts à travailler à disposition de nos concitoyens, disponibles à la manifestation de la vérité, responsables devant les Français qui nous regardent avec tristesse ou colère.

Mais désormais, si, comme le disait le Président Richard Ferrand, certains peuvent penser « avoir piscine », nous refusons de devenir un théâtre !


La ruralité s’est appauvrie, de la même façon et parallèlement à la banlieue.

INTERVIEW – Jean-Christophe Lagarde, était l’invité du Grand entretien de Frédéric Métézeau. Il a défendu ses positions sur la cohésion des territoires et plaidé pour un septennat unique.

Voir les extraits de l'émission sur France Inter

La réforme nécessaire de notre pays se fera par l’horizontalité des concertations et non par la verticalité des faits de majorité.

Communiqué de Sophie Auconie
Porte-parole de l’UDI, Députée d’Indre-et-Loire

Paris, le 10 juillet 2018

Hier avait lieu, à Versailles, sur convocation du Président de la République, la réunion de l’Assemblée nationale et du Sénat en Congrès pour son allocution devenue annuelle

Un discours très complet sur l’année écoulée, mais aussi sur le programme de la session à venir marquant un virage social dans la politique du Gouvernement mais toujours dans ce que le Président a martelé comme « libérer pour mieux protéger ».

D’abord je me réjouis de l’amendement du Gouvernement au projet de loi constitutionnel annoncé par le Président relativement à sa présence lors des débats du Congrès. Nous avions déposé un amendement similaire avec le groupe UDI, Agir et Indépendants mais rejeté par la majorité en Commission des lois.
Néanmoins, gardons à l’esprit que le Président n’est responsable que devant les français et qu’il n’a pas vocation à se substituer au Premier Ministresans remettre en cause la nature même de notre régime.

Toutes les perspectives ont été balayées et il faut l’admettre, le Président de la République, Emmanuel Macron fait ce qu’il dit.

Perspectives européennes dans un premier temps, la taxation des GAFA, la construction d’un budget de la zone Euro et l’ambition d’un Europe forte de ses compétences sont des projets moteurs pour l’année à venir.  Mais la construction européenne manque de grandes ambitions : l’armée européenne, le Ministère européen des affaires économiques, le Ministère européen de l’asile et de l’immigration. Une véritable émancipation européenne doit être notre objectif dans le monde multipolaire qui nous entoure afin de défendre nos intérêts nationaux et ainsi peser sur le destin du monde. Monsieur le Président, l’Europe doit aller plus loin !

Perspectives nationales ensuite, les nombreuses annonces liées aux politiques sociales vont dans le sens d’une exigence des français. Je serai très attentive à la réforme annoncée de l’assurance chômage ainsi qu’à celle des retraites pour un régime unique, tout comme au plan pour les EHPAD. Mais ces réformes ne doivent pas faire oublier la trajectoire de baisse des dépenses publiques loin d’être un marqueur de la politique du Gouvernement cette année. Monsieur le Président restons responsables !

Dès la rentrée, je serai très vigilante à ce que le Parlement soit source d’enrichissement pour ces réformes car, oui, les français veulent un changement rapide, mais ce changement doit être positif pour leur quotidien et ancré dans les réalités de territoires.

Nous souhaitons évidemment toujours la réussite du Gouvernement car nous souhaitons la réussite de la France.

Mais la réforme nécessaire de notre pays se fera par l’horizontalité des concertations et non par la verticalité des faits de majorité, là est le piège de toute majorité absolue comme l’a souligné notre représentant et Président de groupe UDI, Agir et Indépendants, Jean-Christophe Lagarde. Nous serons là pour y veiller.


La France des banlieues et de la ruralité veut qu’on lui garantisse l’égalité des chances.

Discours de Jean-Christophe Lagarde

Versailles, le 9 juillet 2018

| Seul le prononcé fait foi

Monsieur le président du Congrès, Monsieur le président du Sénat, Monsieur le Premier ministre, Mesdames et messieurs les Ministres, Chers collègues parlementaires,

C’est donc la seconde fois depuis son élection que le Président de la République convoque le Parlement en Congrès. Si cet évènement qu’il veut rendre traditionnel suscite à nouveau la polémique depuis plusieurs jours, c’est sans doute du au fait qu’il n’y a que dix ans que la Constitution en offre la possibilité et que l’exercice peine encore à trouver sa place dans la geste Républicaine. C’est si vrai que finalement, l’écho médiatique qui en parvient aux français fait bien plus de place à ceux qui décident de le boycotter qu’à ceux qui choisissent de s’y exprimer. Et je sais de quoi je parle. Mais puisque le Chef de l’Etat veut en faire un rendez-vous récurent, tâchons qu’il soit un moment solennel qui nous oblige à la responsabilité et à prendre de la hauteur.

Avant tout, je tiens à exprimer notre regret de ne pouvoir répondre directement au Président de la République en sa présence. Nous défendrons d’ailleurs un amendement au projet de loi constitutionnelle pour lui permettre de rester dans cet hémicycle après s’être adressé à la représentation nationale, et de nous répondre s’il le souhaite. Sinon, le lieu, Versailles, la pompe et le protocole font trop penser à une monarchie républicaine, dont certes nos concitoyens raffolent, mais qui nous éloigne d’une démocratie moderne et vivante.

En attendant, c’est à vous Monsieur le Premier ministre, mesdames et messieurs les ministres, et à l’ensemble de la majorité parlementaire que nous nous adresserons en dressant le bilan de cette première année et que nous vous ferons part de nos préoccupations pour celles à venir.

Car même si nous n’appartenons pas à votre majorité, nous souhaitons sincèrement votre réussite puisqu’elle suppose celle de la France. C’est pourquoi la ligne directrice du groupe UDI-Agir et Indépendants est d’être capable de vous soutenir lorsque vous êtes sur la bonne voie et de s’opposer lorsque vous déraillez. A nos yeux, après le tremblement de terre politique de 2017, c’est ainsi que nous pouvons être utiles à notre pays et respecter la volonté des français de voir les responsables politiques changer d’attitude, en finir avec des affrontements stériles et des oppositions feintes. En somme, nous pensons que les français attendent de nous de jouer la politique en vrai, de juger votre action au cas par cas, comme ils le font eux-mêmes chaque jour.

Nous savons bien que cela n’entre pas dans les cases convenues du business médiatique pour lequel chacun est censé jouer un rôle convenu d’avance de soutien aveugle ou d’opposant à tout. Mais peu nous importe, pour nous le débat démocratique doit avoir pour but d’élever le degré de conscience civique des citoyens pas de répondre aux objurgations des réseaux sociaux, ni aux injonctions d’une information si permanente qu’elle confond l’accessoire élevé au rang d’évènement et l’essentiel ravalé au niveau de l’anecdote.

Les clivages d’hier ne sont plus ceux d’aujourd’hui tant les effets de la mondialisation les ont bouleversés.

Désormais notre débat politique nous partage en deux. D’un côté, il y a ceux qui voient avec effroi le monde nouveau, le vrai, où la globalisation rend tous les pays chaque jour plus dépendants les uns des autres, ce qui réduit inexorablement nos marges de manœuvre nationales. Ceux là veulent faire croire que notre pays serait plus fort en se refermant sur lui-même, en se recroquevillant sur son passé, en s’isolant du mouvement général de la planète avec l’illusion de s’en protéger. De l’autre côté, et c’est un point qui nous est commun, il y a ceux qui comme nous comprennent que face à cette évolution du monde, il nous faut choisir de transformer profondément notre organisation économique et sociale mais aussi politique, afin de conserver suffisamment de forces pour demeurer libres de nos choix et de nos modes de vie.

C’est à travers ce prisme que nous pourrions souscrire aux nombreuses déclarations du Président de la République qui prônent la transformation et l’émancipation.

Sur le plan international, tout d’abord, nous saluons toute l’énergie déployée par l’exécutif pour rendre à la France sa place et son rôle dans ce monde devenu multipolaire où s’affrontent quelques grandes puissances continentales au détriment de tous les autres petits États. C’est là que réside le défi majeur qu’est l’Europe, le seul échelon qui, à condition qu’il se fédère, est en mesure de défendre efficacement les intérêts nationaux des pays qui la composent pour peser face aux grands pays du monde et même face à ces énormes multinationales nées des nouvelles technologies et dont la puissance dépasse celle de nombreux Etats. Une Europe plus fédérée est notre seule chance de peser dans les relations internationales pour y protéger nos modes de vie, notre vision de l’organisation sociale.

Aussi, si nous soutenons l’engagement pro-européen du Président de la République nous vous invitons à aller plus loin en proposant de fédérer au niveau européen des compétences pour lesquelles les politiques nationales montrent leur inefficacité, tels que la protection de nos frontières, l’immigration, nos stratégies industrielles et de recherche, la lutte contre le terrorisme et les grands trafics, notre défense qui doit devenir moins dépendante des USA, la transformation énergétique qui pourrait accroître notre indépendance collective ou encore au développement de l’Afrique dont nous sommes les seuls voisins. Les prochaines élections européennes seront à cet égard une occasion unique pour nos concitoyens de dire s’ils veulent faire de l’Europe un véritable bouclier face aux dangers et aux enjeux du monde.

En politique intérieure, les sujets sont nombreux et complexes, et le temps de parole imparti aux représentants des groupes parlementaires ne nous permet malheureusement pas de tous les aborder.

En résumant je dirais que s’achève une première période enchaînant des réformes nécessaires, utiles et trop longtemps reportées, telles que la refonte du code du travail, la baisse de l’impôt sur les sociétés et la baisse des charges sociales, le prélèvement unique et forfaitaire sur les revenus du capital, l’amputation d’un ISF contre productif, la transformation de la SNCF, la reconfiguration de l’enseignement primaire, la tentative déterminée de réduction de notre déficit irresponsable. Dans cette première période, nous avons pourtant déploré l’inéquité engendrée par la hausse de la CSG, car il n’y a pas de raison que seuls les retraités financent la compétitivité de notre pays.

Ces réformes ont une logique qui est de libérer les capacités de production de notre pays, de leur redonner de la compétitivité pour créer de l’emploi. Nous partageons cette logique, résumée dans l’expression des « premiers de cordée » chère au Chef de l’Etat. Mais nous vous répétons ici que pour que les français puissent adopter cette logique, il vous appartient de garantir à chacun que les premiers de cordées soient utiles à l’ensemble de la cordée. C’est la condition de leur légitimité, et de la légitimité de votre politique.

Je n’adhère pas aux caricatures qui peuvent être faites à ce sujet, mais il faut se rendre à l’évidence. A ce stade les effets de votre politique se font en faveur de certains dans l’ignorance des autres. Les plus favorisés le sont davantage encore, ce qui pourrait être acceptable à la condition que tous nos concitoyens soient également gagnants. Loin de là, les plus démunis le restent et les classes moyennes sont délaissées. Au 1er tour de la présidentielle, vous avez été élus par la France mondialisée, celle qui se sort bien des changements du monde et sait en tirer profit, celle qui au fond n’a pas besoin de la politique et qui n’attend d’elle que de ne pas être entravée. Mais je vous alerte. Cette France est minoritaire. Et c’est parce que votre politique donne l’impression de ne servir que cette France là qu’en un an les français sont passés de l’espoir au doute. Quels que soient ses talents et sa détermination,aucun chef de l’État n’est en capacité de créer une véritable communauté de destin dès lors que ceux qui vivent dans les banlieues et les territoires ruraux ne peuvent prétendre au même avenir que ceux qui ont les moyens de vivre au cœur des métropoles.

Il existe dans nos banlieues et en ruralité une autre France, plus nombreuse mais surtout qui a vraiment besoin de politiques publiques pour espérer avoir droit à l’égalité des chances. C’est cette France là qui est venu vous confier les clefs du pays au second tour de l’élection présidentielle, car elle voulait encore croire en la République et sa promesse de récompense du mérite plutôt que des situations acquises. C’est cette France là à qui, devant la pyramide du Louvre, le tout nouveau chef de l’Etat a promis de tenir compte. C’est cette France là qui ne voit rien venir et qui s’impatiente en voyant monter les difficultés de la désertification médicale, d’un système hospitalier à bout de souffle, de l’insécurité qui continue de croître, des services publics qui s’éloignent, des transports déficients… C’est cette France là qui si rien ne change pour elle, pourrait faire défaut au second de tour d’une prochaine élection présidentielle. Cette France là, fragile et fatiguée n’attends pas de plan pauvreté, elle veut qu’on lui garantisse l’égalité des chances.

Les fractures sont multiples, se croisent, s’accumulent et s’accentuent. Évidemment, ce n’est pas vous qui avez causé ces fractures, mais toutes peuvent être atténuées, si ce n’est résorbées, par la volonté des pouvoirs publics.

Et nous regrettons les mauvais signaux envoyés aux banlieues par le refus de construire de nouvelles politiques publiques permettant de rétablir l’égalité républicaine dans ces quartiers concentrant toutes les pauvretés et où les moyens alloués par l’Etat restent inférieurs à ceux attribués aux quartiers plus favorisés. C’est aussi un mauvais signal au monde rural que le retard pris pour mettre en place l’Agence Nationale pour la Cohésion des Territoires que nous vous proposions dés l’automne dernier, alors que le monde rural désespère d’être entendu du pouvoir.

A ces territoires nous vous appelons à redonner des perspectives par des politiques publiques ambitieuses qui garantissent leur place dans la République. C’est ce que nous attendons avant tout de la seconde période qui s’ouvre dans votre mandat. Sinon ce discours sur l’émancipation restera une théorie creuse pour une majorité de français.

Nous attendons aussi que vous ouvriez peut être moins de chantiers mais qu’ils soient conduits à leur terme et donnent réellement lieu à des changements structurels et équilibrés. Le projet de loi EGALIM ne garantit pas le rééquilibrage entre agriculteurs et grandes surfaces, la réforme des APL ne s’est jusqu’alors traduite que par l’appauvrissement des bailleurs sociaux, et le projet sur la formation professionnelle mériterait de mieux équilibrer les responsabilités entre le patronat et les régions Et parfois, les décisions tardent, ainsi on les attend sur le Grand Paris depuis Novembre dernier, la suppression de la Taxe d’Habitation devrait entraîner une réforme de la Taxe Foncière, la protection contre la dépendance ne semble pas en perspective.

Pourtant, pour tenter d’aller vite, vous vous êtes affranchis des partenaires qui nous semblent indispensables pour véritablement transformer notre pays. Sous couvert de consultations prétendument citoyennes, dépourvues in fine de toute influence, vous avez mené une politique trop souvent solitaire. Là guette le pire risque de toute majorité, surtout quand elle est absolue, celui de n’écouter qu’elle, de s’enfermer dans sa logique au lieu d’entendre les différences pour mieux entraîner le pays vers sa transformation, celui finalement de prendre toute réflexion, interrogation, alerte ou proposition pour une critique, au lieu d’en faire son miel et de corriger la trajectoire pour mieux réussir.Dans trop de cas, vous décidez depuis Paris, depuis les ministères, sans considération des corps intermédiaires, du tissu associatif, des élus locaux, ni des parlementaires que pourtant, le président de la République vient de nous dire vouloir associer à son action.

Tous, pourtant, vous sont indispensables pour faire réussir la France. Écoutez-les, entendez-nous car, au fond, nous servons tous le même idéal et nous avons chacun notre part à apporter à cette ambition collective. Celle qui doit permettre à l’ensemble de nos concitoyens de s’épanouir et de s’émanciper, quels que soient leur position initiale dans le système social et leur lieu de vie. Celle qui doit permettre à la France de peser dans l’Europe, et à l’Europe de peser dans le monde, forts de notre histoire et de nos valeurs.

Monsieur le Premier ministre, mesdames et messieurs les membres du Gouvernement, ce serait là votre plus grande réussite, la seule qui compte.


Ce quinquennat est peut-être celui de la dernière chance, à la fois pour notre pays et pour l’UE.

Discours d’Hervé Marseille
Versailles, le 9 juillet 2018

| Seul le prononcé fait foi

Monsieur le Président du Congrès, Monsieur le Premier ministre, Mesdames et messieurs les ministres, Chers collègues députés et sénateurs,

Le quinquennat qui s’est ouvert l’année dernière ressemble aux planisphères du XVIIIème siècle. Sur ces cartes du monde, que chacun a en tête, on voit les contours des continents. Mais à l’intérieur, tout est quasiment terra incognita.

Le pourtour des continents, c’est le programme du candidat Emmanuel Macron. Un an seulement après son élection, ce programme a largement commencé à être mis en œuvre. C’est la première chose que nous pouvons portons au crédit du Président : il tient ses promesses.

La deuxième chose que nous mettons à son crédit est la nature même des promesses tenues. Depuis un an, des réformes importantes et longtemps reportées ont été engagées. Nous les avons soutenues. Tel est le cas des ordonnances qui ont assoupli le code du travail pour donner aux entreprises les marges de manœuvre dont elles ont aujourd’hui besoin.

De même, nous avons voté la réforme de l’accès à l’université car sur ce sujet le Gouvernement ne s’est pas borné à prendre des mesures techniques. Il a eu l’audace de poser les jalons d’un changement plus profond.

Enfin, le nouveau pacte ferroviaire constitue aussi une réforme substantielle. Il fallait transposer les directives européennes d’ouverture du rail à la concurrence. Mais avec le Sénat nous sommes allés plus loin : nous avons concilié l’efficience économique avec l’aménagement du territoire et l’adaptation des acquis sociaux.

Un an après l’élection d’Emmanuel Macron à la présidence de la République, il y a donc un bilan. Pouvions-nous en dire autant à la fin du quinquennat précédent ?

Par-delà même le bilan législatif du chef de l’Etat, il y a un troisième élément que nous mettons à son crédit. Avec lui, nous avons gagné en incarnation internationale. La France retrouve une place. Elle suscite de nouveau l’écoute et le respect de nos partenaires étrangers ainsi que l’intérêt et la confiance des investisseurs. Et l’embellie de la conjoncture économique nous permet enfin de rentrer dans les critères budgétaires européens. Le quinquennat a donc plutôt bien commencé.

Si bien et si vite d’ailleurs qu’il semble déjà s’essouffler. Et maintenant ? sommes- nous tentés de demander. Après un an d’exercice du pouvoir, l’exécutif semble avoir brûlé une bonne partie de ses vaisseaux. C’est là que nous entrons dans la terra incognita. En réunissant aujourd’hui le Congrès, le Président veut nous rassurer sur le sens de son action.

Néanmoins, les signes de l’essoufflement prématuré du quinquennat sont trop nombreux pour être passés par pertes et profits.

Nous partageons la volonté du Gouvernement d’améliorer les conditions des plus démunis en luttant d’abord contre le chômage. Oui, on ne réduira la précarité et les inégalités qu’en relançant l’économie, en augmentant le taux d’emploi et en améliorant l’efficacité du système éducatif. Mais cette stratégie a des limites.

La restriction du périmètre de l’ISF, l’instauration de la « flat tax », la suppression de « l’exit tax », la baisse de l’impôt sur les sociétés, l’augmentation de la CSG sur les retraites, la baisse des aides au logement sont autant de mesures qui nourrissent l’inquiétude sociale.

Mais la critique n’est pas que sociale, elle est aussi territoriale.

Après la baisse des dotations, la suppression de la taxe d’habitation et de 120 000 contrats aidés, la fermeture de classes de primaire dans les campagnes, la limitation de la circulation à 80km/h, sans parler des craintes qui subsistent sur le maintien des petites lignes ferroviaires… c’est peu de dire que les territoires ruraux se sentent les victimes de ce début de quinquennat.

Au terme de la révision constitutionnelle, même leur représentation sera minorée. Ici, près de 280 sièges auront disparu.

Même d’un point de vue législatif, la dérive est perceptible. Après les textes intéressants que j’ai mentionnés, nous arrivent les propositions de loi creuses de type « Fake news » ou téléphone portable à l’école ou encore les annonces décevantes et retardées sur l’audiovisuel.

Faut-il s’étonner de cet essoufflement ? Non parce que la machine est en surchauffe car le Gouvernement s’est attaqué à trop de sujets simultanément.

Mais aussi parce que tout semble remonter au sommet de l’Etat. Or, quand tout remonte, il y a thrombose. C’est d’ailleurs la seule ligne de force qui se dégage de l’ensemble de l’action gouvernementale, celle du renforcement de la verticalité. Quand on remet en cause le paritarisme, quand on restreint les moyens des collectivités locales et quand on minore la représentation parlementaire, que fait-on, si ce n’est recentraliser le pouvoir? Le fait que demain, après la réforme constitutionnelle, il y aura plus de membres du corps préfectoral que de parlementaires, donc plus de représentants de l’Etat que d’élus, devrait tout de même nous interpeller… Et si l’action gouvernementale marque le pas, c’est sans doute aussi parce que les français ne discernent plus les objectifs à atteindre. Il faut aussi une vision, une ambition. Pour l’instant, elles nous semblent faire défaut.

Pas partout, il est vrai.

Ainsi, en matière d’éducation, sujet fondamental s’il en est, surtout lorsque l’on parle de s’attaquer aux racines de la pauvreté, le projet gouvernemental se dessine : donner à chacun les mêmes chances au départ, c’est-à-dire en maternelle et en primaire, pour pouvoir orienter et sélectionner dans le supérieur.

Mais ailleurs, où est le cap ? Vendre la France à Versailles et Davos ne fait pas une politique économique, privatiser ADP ne fait pas une politique industrielle, supprimer la taxe d’habitation ne fait pas une politique fiscale, et bénéficier de la croissance ne fait pas une politique de redressement des comptes publics. Sur ce dernier point, quelle est la ligne budgétaire de l’exécutif ?

Visiblement pas celle de la maîtrise des dépenses puisqu’elles augmentent. On ne parle plus de la dette. Elle n’a pourtant pas disparu. Elle est toujours là. Elle limite toujours nos marges de manœuvre et obère la crédibilité de l’action publique.

Il n’y a pas qu’en matière économique et budgétaire que nous sommes dans le flou. Sur des sujets aussi importants que la sécurité, la laïcité, le communautarisme, la décentralisation, la réforme de l’Etat, la copie de l’exécutif demeure malheureusement encore vierge. Ce qui fragilise encore une peu plus l’autorité de l’Etat à l’heure où le moral de la police est en berne et où la menace terroriste est plus que jamais latente.

Le projet de réforme constitutionnelle est emblématique de ce pragmatisme sans hauteur de vue. Réduire le nombre de parlementaires n’est pas une fin en soi. L’important c’est qu’ils aient demain plus de moyens de contrôle. Raccourcir de quelques jours un des segments de la fabrique de la loi est une bonne chose si, derrière, le rythme de publication des décrets d’application suit.

La bonne nouvelle, c’est que la vision qui fait défaut à l’action gouvernementale peut venir du Parlement. L’Assemblée nationale et le Sénat n’ont pas vocation à être des chambres d’enregistrement.

Elles sont là pour inspirer, accompagner et contrôler l’action de l’exécutif.

C’est la carte que nous jouerons lors de la prochaine discussion des textes constitutionnels. Dès lors que nos propositions sont conciliables avec son ambition, nous faisons le pari que le Gouvernement est ouvert à la discussion.

Nos lignes directrices sont simples :

  • respect des droits du Parlement et des équilibres institutionnels, si nécessaires dans une Europe où les populismes progressent ;
  • respect de la représentation des territoires si malmenés ;
  • respect de la primauté de la volonté du politique sur le Gouvernement des Juges : on ne peut envisager que demain toute action publique soit soumise au bon vouloir de Juges chargés de hiérarchiser entre les multiples incantations imprécises de notre texte fondateur.

Sans le Parlement, nous ne réformerons pas la France pas plus que nous ne relancerons l’Europe. J’en terminerai là-dessus.

Plus que jamais, compte-tenu de la situation allemande, le sort de l’Union dépend de celui de la France. Ce quinquennat est peut-être celui de la dernière chance, à la fois pour notre pays et pour l’UE. Tout laisse à penser que, si nous échouons aujourd’hui, la France pourrait demain connaître le sort de l’Italie. Et l’Europe voler en éclat. Depuis le traité de Rome, jamais la construction européenne n’a été autant menacée. La pérennité même de l’Europe post-brexit est remise en cause par la montée des peurs identitaires. Réussir signifie donc aussi faire sortir l’Europe de l’impasse.

La crise européenne, qui se confond maintenant avec celle des migrants, est aigüe.

Mais, comme par le passé, nous ne la surmonterons qu’en faisant des propositions audacieuses.

Le Président Emmanuel Macron a fait campagne sur le thème de « l’Europe qui protège ». La formule nous convient.

Une Europe qui protège, c’est une Europe qui coordonne ses politiques migratoires. A ce titre, même si l’accord du 29 juin est encore un compromis fragile et flou, il est encourageant. Il prouve que l’Europe a encore de la ressource. Mais il en faudra plus pour qu’elle devienne « l’Europe qui protège ».

Une Europe qui protège, c’est aussi une Europe dotée d’un modèle assumé, d’un budget accru, d’une fiscalité harmonisée et d’une armée qui lui soient propres. Cette Europe que Simone Veil appelait de ses vœux. Un bel hommage lui a été rendu au Panthéon. Mais pour vraiment honorer sa mémoire, ensemble, relançons la construction européenne.

Nous sentons que les Français sont aujourd’hui indécis. Ils sont ouverts à l’action mais demandent à comprendre son sens.

Face à cette terra incognita, ils ont besoin de volonté et en même temps d’un objectif. Sans cap, Ulysse risque de faire un long voyage. Donnons-lui une boussole.