Nouvelle-Calédonie | « Il faudra accepter un partage de souveraineté définitif avec la France. »

Dans une tribune au « Monde », Philippe Gomès, député UDI de la Nouvelle-Calédonie, estime que la victoire attendue du « non » permettra aux électeurs de refonder la légitimité du lien avec Paris et d’abandonner « le grand rêve d’un pays pleinement souverain ».

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Le 4 novembre prochain, cent soixante-cinq ans après que la France a pris unilatéralement possession de la Nouvelle-Calédonie, le peuple calédonien, désormais souverain sur son destin, devra décider de l’avenir de son pays : devenir un Etat indépendant ou demeurer au sein de la République.

Sur cet archipel de la Mélanésie où est installé depuis des millénaires un peuple premier – les Kanak –, des peuples d’ailleurs venus d’Europe, d’Asie, d’Afrique du Nord, d’Océanie, de l’océan Indien et des Caraïbes ont, depuis plusieurs générations, fait souche, contribuant à la construction d’un territoire français à nul autre pareil, au milieu du Pacifique… Se croisant, se heurtant, combattant ensemble lors des conflits mondiaux, se métissant aussi, ces hommes et ces femmes ont, au fil du temps, entremêlé leurs cultures par le sang, le labeur et la spiritualité.

Après une histoire coloniale douloureuse, et notamment la période dite des « Evénements » (1984- 1988), c’est par le dialogue, conclu par la poignée de main entre Jacques Lafleur [anti- indépendantiste] et Jean-Marie Tjibaou [indépendantiste], que fut engagé au travers des accords de Matignon et de Nouméa un processus négocié et constitutionnalisé de décolonisation et d’émancipation de la Nouvelle-Calédonie au sein de la République.

Le chemin parcouru depuis lors est considérable. L’identité kanak a été pleinement reconnue dans ses différentes dimensions culturelles, coutumières, institutionnelles et éducatives, et la légitimité des autres communautés a été affirmée. Une « souveraineté partagée » entre la France et la Nouvelle-Calédonie a été consacrée, permettant à notre pays de se gouverner lui-même à l’exception des compétences régaliennes. Enfin, le rééquilibrage engagé au profit des populations de l’intérieur et des îles permet désormais à tous les Calédoniens de bénéficier de conditions de vie équivalentes.

Cette France qui relie toutes les communautés entre elles

C’est encore par le dialogue que Calédonie ensemble et les indépendantistes ont consacré, dans le cadre de la Charte des valeurs calédoniennes et du « bilan politique partagé de l’accord de Nouméa » [documents signés cet été, respectivement en juillet et en août], le patrimoine commun des Calédoniens, affirmant ainsi ensemble que ce qui les rassemble est plus fort que ce qui les divise.

Un geste symbolique et fort, à la veille du référendum, qui s’inscrit dans la continuité de l’action de nos aînés, comme l’indique le préambule de la Charte : « Inscrivant notre démarche dans le prolongement de la poignée de main entre Jacques Lafleur et Jean-Marie Tjibaou, […] nous avons décidé d’établir, de porter et de partager la présente Charte des valeurs calédoniennes pour mettre en évidence ce qui rassemble les Calédoniens dans leur diversité. »

Pour autant, trente ans après, la question de la souveraineté française sur la terre de Nouvelle- Calédonie continue à se poser avec une certaine acuité : pour les uns elle les protège, pour les autres ils la subissent.

Le 4 novembre, l’heure sera venue d’assumer pour la première fois, dans un scrutin démocratique partagé, cette divergence politique majeure. Le résultat ne fait pas de doute : une large majorité des Calédoniens votera contre l’indépendance. En votant « non » à l’indépendance, ils refonderont ainsi la légitimité du lien de souveraineté qui les unit à la France : ce lien, imposé par l’acte de prise de possession le 24 septembre 1853, aura été démocratiquement choisi le 4 novembre 2018.

Les Calédoniens marqueront aussi leur attachement à cette France qui relie toutes les communautés entre elles par sa langue, ses valeurs, et une histoire commune, et qui les protège, en assurant la sécurité du pays, à l’intérieur comme à l’extérieur de ses frontières.
Ils affirmeront par ce vote leur volonté que la Nouvelle-Calédonie continue à s’épanouir dans ce vaste espace de liberté que lui offre la République.

Abandonner le « grand rêve d’un pays pleinement souverain »

Pour autant, si l’arithmétique électorale est un fait politique, elle ne peut, dans notre pays, constituer, à elle seule, une solution politique. Parce que la grande majorité des indépendantistes sont des Calédoniens d’origine kanak et l’immense majorité des non-indépendantistes des Calédoniens d’origine non-kanak, il nous faudra, au lendemain du référendum, continuer à tresser la natte du vivre-ensemble dans la paix, que nous avons commencée il y a trente ans.

Nous devrons d’abord, par la voix du dialogue, dégager un premier consensus pour éviter l’organisation, comme le prévoit l’accord de Nouméa, d’un deuxième et d’un troisième référendum en 2020 et 2022, qui seraient immanquablement générateurs de tensions politiques et de graves difficultés économiques et sociales.

Nous devrons aussi, sur ces nouvelles fondations issues du suffrage universel, et parce que l’accord de Nouméa est transitoire, définir une nouvelle organisation politique – non limitée dans le temps – pour poursuivre notre émancipation au sein de la République, dans le respect des convictions de chacun. Il nous faudra continuer à apprendre à conjuguer « souveraineté » et « République », car c’est la République qui nous donne les moyens de notre souveraineté en son sein.

Enfin, à plus long terme, probablement à l’échelle d’une génération, de la même manière que les indépendantistes ont su abandonner le « grand rêve d’un pays [kanak] à [eux] tout seuls » en acceptant un partage de souveraineté sur le destin du pays avec tous ses citoyens, ils devront abandonner le « grand rêve d’un pays pleinement souverain » en acceptant un partage de souveraineté définitif avec la France. Abandonner ce rêve, ce n’est ni se renier ni renoncer, car la revendication aura permis la naissance d’un pays nouveau. Abandonner ce rêve, c’est accepter les mutations de la société kanak qui, son identité restituée, aura su trouver ses équilibres avec les autres composantes du peuple calédonien, dans un archipel libre de se gouverner tout en restant protégé par le grand récif de la République.


Interview de Benoît ROLLAND - "Nous avons besoin de transparence concernant la hausse du prix des carburants" 

Interview de Benoît ROLLAND - Sécrétaire National en charge de l'Agriculture   Benoît Rolland : Il y a, bien évidemment, un lien. Toutes les études sérieuses font la démonstration du lien entre énergies fossiles, problèmes de santé et réchauffement climatique. D’ailleurs, dans leur immense majorité, les Français ont conscience de la nécessité de faire évoluer nos modes de consommation face à l'enjeu environnemental qui se dresse face à nous. Est-ce pour autant une mesure fiscalement juste ? B.R. : C’est bien là, la difficulté. La forte hausse actuelle du prix des carburants est vécue comme une injustice pour bon nombre de nos concitoyens. Car les Français ne sont pas égaux devant cette taxation. Il est indéniable que les plus touchés sont les habitants des territoires peu ou mal desservis en transports en communs comme dans les communes rurales ou certaines banlieues. Il est tout aussi vrai qu'une grande part de l'activité économique ne peut se passer de l'utilisation de véhicules légers comme les artisans par exemple. Les arguments de culpabilisation des automobilistes relèvent donc de la condescendance. Il est inadmissible d’entendre, de la part de certains responsables politiques, que les habitants territoires ruraux pourraient supporter cette hausse au prétexte qu’ils paieraient, par ailleurs, moins d’autres taxes. C’est d’ailleurs une contrevérité car en mettant tout sur la table, je doute que le ratio « impôts-taxes / accès aux services publics » soit en faveur de la ruralité ! Cette hausse du prix à la pompe a-t-elle pour seul raison la défense de l’environnement ? B.R. : Cette question participe à ce sentiment d’injustice. En effet, si la hausse actuelle est en grande partie due à l’évolution des cours, cela n’explique pas tout, car nous ne sommes pas au niveau de 2013 où le baril était à 115$, contre 80$ environ aujourd’hui. Si l’évolution des taxes est assumée par le gouvernement, elle n’en reste pas moins étonnante. D’ailleurs, on ne peut que s’étonner du mauvais signal de la hausse de l’essence – certes plus modérée – au moment où l’exécutif cherche à réorienter le diesel vers l’essence. Au-delà de la justice entre contribuables, les Français ne pourront pas considérer cette hausse comme légitime si elle n’est pas intégralement affectée à la cause qu’elle prétend défendre. Est-ce que cet argent servira aux caisses de l’Etat ou à la cause environnementale ? Servira-t-il à reprendre d’une main ce que l’autre rendrait (avec la taxe d’habitation) ? La destination de toute nouvelle taxe doit être garantie. C’est une nécessité morale et républicaine. Nous attendons donc de la transparence de la part du gouvernement.    

Frédérique Dumas : "Je ne quitte pas Emmanuel Macron, je quitte La République En marche."

La lettre de Frédérique Dumas, après son départ de LREM pour rejoindre l’UDI. 

Lire le texte sur le site officiel de Frédérique Dumas

Chère concitoyenne, cher concitoyen,

J’ai pris les lourdes décisions de quitter le groupe parlementaire de la majorité La République En marche (LaREM), de rejoindre l’Union des Démocrates et Indépendants (UDI) présidée par Jean-Christophe Lagarde et ainsi le Groupe UDI/Agir à l’Assemblée nationale, de travailler avec Xavier Bertrand, actuel Président du conseil régional des Hauts-de-France et de rejoindre son club de réflexion « La Manufacture ».

Je ne quitte pas Emmanuel Macron, je quitte La République En marche

 Mon élection comme députée de la treizième circonscription des Hauts-de-Seine m’oblige et je me dois donc de vous donner, à chacune et à chacun, une explication approfondie de ce choix.

Il s’agit, bien sûr, de l’expression de déceptions profondes et les raisons de ce choix de quitter la majorité, que je fais avec tristesse, sont toutes mûrement réfléchies. Il n’y en a pas de légères. Ce sont des décisions prises avec calme et détermination.

J’ai fait part depuis des mois, et cela à tous les niveaux, de mes inquiétudes, puis de mes incompréhensions. Je n’ai pas été entendue. J’ai exprimé par ailleurs certains de mes désaccords publiquement. On me l’a reproché. Les échanges que j’ai voulu directs et francs avec les uns et les autres ces dernières semaines, ont achevé de me convaincre.

Je ne remets en cause ni l’esprit, ni le sens du  programme sur lequel vous m’avez élue. Il est hors de question pour moi d’occulter le travail remarquable qui a pu être mené par la plupart des Ministres et de mes collègues député.e.s. Les avancées sont nombreuses.

Mon souhait absolu est que le Président de la République et qu’à travers lui la France, réussisse.

Mais à un an du début du quinquennat, alors qu’il est encore temps, il m’a paru vital de tirer la sonnette d’alarme, de dire des choses fortes sans faux semblants.

Non seulement il semblait de plus en plus difficile aux uns et aux autres de comprendre le sens de notre action, mais cette volonté affichée et assumée de confondre vitesse et précipitation, de refuser les mains tendues sous la pression médiatique et par peur de se voir reprocher l’inaction, nous a conduit à mal mesurer l’atterrissage ultérieur de certaines de nos décisions.

Il était donc devenu  inimaginable pour moi de ne pas contribuer à l’émergence de contrepouvoirs constructifs permettant de jouer ce rôle de garde-fous.

Il y a quelques mois encore je n’imaginais pas que la construction de garde-fous extérieurs serait nécessaire car nous serions incapables d’imaginer et de concevoir nos propres contrepouvoirs à l’intérieur même de la majorité, incapables tout simplement de mettre en place l’ADN du « macronisme » avec ses deux fondamentaux :

  • « Donner du sens » afin de se projeter et de partager, et mettre en place une « méthode », celle qui laisse la place nécessaire aux échanges d’idées et au débat, sans tomber dans l’impuissance. Celle qui permet ainsi une « vraie » concertation autour de diagnostics partagés, si ce n’est par tous, au moins par le plus grand nombre, qui se nourrit des expériences, du vécu, celle qui laisse place à la véritable expérimentation, pas celle uniquement destinée à habiller des décisions prises d’avance.
  • Enfin la coopération, qui est l’essence même du monde interconnecté et interdépendant dans lequel nous entrons, celle qui permet de démultiplier les solutions et de faire levier.

La seule méthode à même d’atteindre, dans le réel, les objectifs fixés lorsque nous nous sommes présentés devant vous : la réductions de toutes les fractures (culturelle, territoriale, sociale, économique, etc.), l’émancipation et la cohésion.

Alors je fais ce choix, peut-être atypique d’illustrer ma démarche par deux exemples précis concernant des sujets sur lesquels j’étais moi-même investie du fait de mes expériences : L’avenir de l’audiovisuel public et l’éducation artistique et culturelle.

En tant qu’ancienne productrice de cinéma, j’ai la conviction que ce qui est profondément vrai pour une personne est par essence universel.

Le succès de l’un des films emblématiques que j’ai co-produit « The Artist » en témoigne.

Le Président avait indiqué lors de ses vœux à la presse qu’il voulait que « les parlementaires qui sont très attachés à cette idée de service public puissent participer au grand travail de réflexion sur l’audiovisuel public ». C’est ainsi que s’est constitué dès janvier  un groupe de travail de la majorité que j’avais la charge de coordonner.

Le travail de fond que nous avons mené a donné lieu, à l’issue d’une grande concertation avec les acteurs du secteur, à un rapport cosigné par six autres députés. Or, ce travail qui constituait autant d’outils et d’aide à la décision, reposant sur des données objectives et bien réelles, qui redonnait par ailleurs du sens et de l’ambition à notre volonté de transformation a tout simplement été balayé du revers de la main par le Premier Ministre. Il n’y a eu aucun débat, aucune discussion, aucun échange.

La raison en est toute simple, les décisions prises depuis longtemps par l’exécutif, ne faisaient qu’habiller des économies budgétaires et des redéploiements de l’ordre de 400 millions d’euros d’ici 2022 à qui l’on donnait une apparence de modernité en choisissant d’annoncer la bascule d’une chaîne hertzienne gratuite pour enfants, sans publicité, sur le tout numérique au mépris de toutes les analyses des usages, au mépris même des exemples étrangers et rompant ainsi avec l’égalité territoriale.

Etait par ailleurs annoncée brutalement en plein été et sans réelle concertation, la bascule de la chaîne des Outre-mer sur le tout numérique sans qu’aucune garantie concrète voire réaliste ne soit apportée sur la « visibilité » de programmes ultra marins, promise sur les autres chaînes généralistes.

Pointant les erreurs du passé, grâce notamment aux éléments fournis par la Cour des comptes, notre rapport démontrait l’incohérence totale des économies budgétaires telles qu’envisagées.

De par son mode de financement, le service public appartient à chacune et chacun d’entre vous. Si ces décisions étaient maintenues, c’est pourtant bien une forme d’implosion du service public de l’audiovisuel que nous avons programmée et une fragilisation de tout l’écosystème en conséquence.

Il me semblait essentiel d’assumer dévoiler au grand jour les conséquences plus que certaines des décisions prises dans l’opacité la plus totale, que ce soit vis à vis de la représentation nationale ou de chacune et chacun d’entre vous, sachant que les effets sur votre télévision ne pourront se faire véritablement sentir que dans un an.

L’audiovisuel public est au cœur de notre projet de société, au cœur de la souveraineté nationale face à la mondialisation. Il est au cœur du modèle européen que nous appelons de nos vœux, celui de la liberté d’expression et du pluralisme, au cœur du financement de la création dans sa diversité, donc au cœur de la préservation de la liberté de choix, en résumé au cœur de la démocratie.

Nous nous devons de le rendre plus fort et plus attractif pour l’ensemble des citoyens.

Le deuxième exemple que je souhaite étayer porte sur l’éducation au sensible. L’éducation artistique et culturelle est un sujet majeur dont le Président de la République a fait une priorité, toujours dans le triple objectif de réduction des fractures, d’émancipation et de cohésion. Or, rien n’avance de manière significative non plus dans ce domaine malgré les efforts déployés par le Ministre de l’Education. Jean-Michel Blanquer avait en effet souhaité me confier une mission sur l’éveil musical dès le plus jeune âge dès l’automne 2017, avec la conviction que pour que la réduction des fractures soit effective, il était nécessaire de s’appuyer sur les conclusions des recherches scientifiques récentes relatives à la relation entre cerveau et musique.

La lettre de mission gouvernementale qui devait officialiser ce travail est restée plusieurs mois sur le bureau du Premier Ministre jusqu’à ce que l’on m’informe que je n’obtiendrais pas sa signature car cela signifierait « récompenser une frondeuse ». Ma décision de finalement  m’abstenir sur la proposition de loi relative à la lutte contre la manipulation de l’information (« Fake news ») car je la considérais floue juridiquement et donc contre productive m’a, par la suite, définitivement rangée dans cette catégorie de « frondeuse » aux yeux de l’exécutif.

N’ayant définitivement pas une âme de « frondeuse », ne souhaitant pas me laisser condamnée à l’impuissance, ne pouvant accepter une mission, même si elle me tient profondément à cœur,  en échange de mon silence, comme il m’était implicitement demandé, je n’avais qu’un seul choix : partir.

Enfin, de manière plus générale, la possibilité de mettre le projecteur sur le vide abyssal en matière de politique culturelle qui n’est tout simplement plus acceptable, est l’un des moteurs de mes décisions.

De nombreux chantiers ont été ouverts, aucun n’a abouti, beaucoup sont au bord de l’implosion. Corporatismes et conservatismes sont pointés du doigt alors qu’il s’agit tout simplement d’amateurisme ou de cynisme de la part des personnes en charge du pilotage. Notre programme était suffisamment ouvert pour relever ce défi, il y avait tout l’espace pour inventer. Malheureusement c’est cette ouverture, ce « flou » assumé qui a provoqué ce vide abyssal en matière de culture.

C’est pour ces multiples raisons que je souhaite continuer à agir politiquement, sortir de l’impuissance, retrouver une marge d’action réelle et me rendre utile : émettre des propositions dans le domaine culturel et, en priorité, proposer une méthode. Je rejoins donc l’UDI présidé par Jean Christophe Lagarde où je prendrai en charge la réflexion sur les médias et la culture et qui me permettra de retrouver espace de travail, de concertation et de liberté.

Le message que je souhaite envoyer est très clair, c’est la marque de fabrique du Groupe UDI/AGIR : pas d’opposition systématique qui ne ferait que nourrir les radicalités, Il s’agit de loyauté envers les objectifs que nous nous sommes fixés lorsque je me suis présentée devant vous.

C’est aussi pour cela que je choisis de rejoindre La Manufacture, le laboratoires d’idées, de décryptage et d’expérimentation de Xavier Bertrand qui a choisi de redevenir un homme libre, sans attache partisane.

Aussi parce qu’il considère que l’anti-macronisme n’est pas une solution pour la France.

Enfin, mon choix s’appuie sur un constat majeur : depuis le début du quinquennat, LaREM a vidé de son sens sa promesse de construire avec d’autres sensibilités, alors qu’une majorité devenue omnipotente ne peut par nature, et de ce fait, représenter à elle seule le pluralisme. Il me paraît en effet indispensable d’ « élargir » afin de trouver des alliés qui ont confiance en la majorité à la fois pour relever les grands défis du futur, dont le défi européen, mais aussi pour résister en cas d’intempéries.

Il est hors de question pour moi que je vive à nouveau la construction d’une forme de parti unique, porteur cette fois-ci non pas d’une idéologie de droite ou d’une idéologie de gauche, mais d’une idéologie de la transformation où la technocratie et le cynisme prennent le pouvoir et qui ne peut que nourrir, lentement mais sûrement  les exaspérations.

Enfin, le facteur déclencheur de mon départ est notre promesse non-tenue en ce qui concerne l’exemplarité qui est, selon moi, le fondement de la confiance. Sans confiance, il n’y a pas d’ambition possible. Sans confiance, on ne peut ni construire, ni avancer, ni entraîner.

Alors bien sûr, chacun défend sa propre conception de l’exemplarité, très « élastique » en France. Mais tout est porteur de sens. Il ne s’agit pas seulement de légal ou d’illégal. Il s’agit de nos comportements. A mes yeux, si l’exemplarité n’est pas absolue, nous devons tout faire pour tendre vers des comportements qui reposent tout simplement sur des décisions de bon sens, dont chacun peut intimement comprendre les ressorts. Y compris parce que nous ne sommes pas infaillibles, exiger que cette exemplarité sous-tende toute action me paraît essentiel en politique. Nous nous devons de donner l’exemple, de montrer le chemin, quel qu’en soit le prix.

Etant arrivée à la conclusion que je ne pouvais ni empêcher ni dénoncer l’irrémédiable de l’intérieur, je n’avais pas d’autre solution que de me faire entendre de l’extérieur. Il était tout simplement inimaginable pour moi de laisser ainsi, sans réagir, la possibilité d’ouvrir un boulevard aux discours radicaux et simplificateurs qui se nourrissent de la crise de confiance entre gouvernants et gouvernés, de la précarité bien réelle, et des situations anxiogènes dans lesquels aucun avenir ne se dessine.

Certains me reprocheront peut-être la longueur de ce courrier, mais il était important pour moi que chacune et chacun d’entre vous puisse comprendre de manière intime et détaillée ce choix qui est le mien.

J’ai choisi d’être fidèle à mes convictions, d’être loyale aux objectifs ambitieux pour lesquels je me suis engagée auprès de vous.

J’en profite pour évoquer un passage du livre d’Emmanuel Macron dans son ouvrage « Révolution », reprenant un extrait de la lettre de guerre d’un compagnon de la Libération avant sa mort à la tête de sa division : «Nous ne pouvons utiliser notre intelligence à trouver des raisons d’accepter ». C’est ce que j’ai décidé de faire : ne pas accepter de trahir mon idéal.

Je continuerai, dans ce mandat qui est le mien, auprès de chacune et chacun d’entre vous, à porter cet idéal sans relâche et à rester à votre écoute.

Frédérique DUMAS

Députée de la 13ème circonscription des Hauts-de-Seine

Vice-présidente de la commission des Affaires culturelles et de l’Education


Lettre ouverte au Président de l'Assemblée nationale

Lettre ouverte de Jean-Christophe Lagarde
Paris, le 21 juillet 2018

Monsieur le Président de l’Assemblée nationale,

Depuis 72 heures, l’affaire Benalla représente l’un des plus graves scandales de la Vème République. Depuis 72 heures, l’Assemblée nationale est paralysée au moment où le pouvoir exécutif est en difficulté.

Par le combat dans l’hémicycle, les oppositions dont nous sommes, ont obtenu que soit créée une commission d’enquête parlementaire. C’était notre devoir pour exercer le pouvoir de contrôle que la Constitution nous confère. Par le même combat, nous avons obtenu samedi que la majorité finisse par accepter que les auditions et les débats de la commission soient publics et non pas secrets. C’est notre devoir pour garantir aux Français que toute la lumière, la transparence et la vérité leur sera faite sur les responsabilités et les conséquences qu’il faut en tirer.

Depuis samedi matin, notre Groupe UDI-Agir et Indépendants considère que l’Assemblée nationale aurait dû reprendre ses travaux pour réviser la Constitution et pour réellement renforcer les pouvoirs du Parlement. Car il est indéniable que cette crise puise sa source dans le déséquilibre des pouvoirs entre l’exécutif et le législatif.

Nous avons, de par notre Constitution, le Président le plus puissant de toutes les démocraties occidentales. Nous avons aussi, hélas, le Parlement le plus faible de tous les régimes comparables. Résultat, contrairement aux attentes des Français, nous sommes le pays qui s’est le moins réformé dans le monde occidental au cours de ces 40 dernières années.

Comme le disait Montesquieu, « C’est une expérience éternelle que tout homme (ou régime) qui a du pouvoir est porté à en abuser » (confère M. Benalla). « Il faut donc que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir ».

Tel n’est pas le cas dans la Vème République ! Le Parlement est censé équilibrer les pouvoirs et représenter la Nation mais…. Le Parlement est si faible qu’il ne peut convoquer un Ministre ! Le Parlement est si faible qu’il ne peut ouvrir autant de Commissions d’Enquêtes qu’il le souhaite ! Le Parlement est si faible qu’il ne peut proposer des lois comme il le  voudrait !

Bref, alors que dans cette crise les parlementaires devraient collectivement être pour les Français la garantie de l’équilibre des pouvoirs, l’Assemblée Nationale se réduit depuis plusieurs heures à n’être que commentatrice des évènements qui se déroulent à l’extérieur, comme le ferait le premier éditorialiste venu.

Cette situation est ridicule, affaiblissante et avilissante pour notre Assemblée Nationale qui n’est pas le lieu des commentaires, des polémiques et des débats stériles qu’on peut déplorer sur des plateaux de télés.

Monsieur le Président, il est de votre responsabilité que cela cesse ! Nous vous avons averti que cette situation n’était plus possible. Plutôt que nous donner la parole,vous avez préféré éviter tout débat samedi soir en suspendant la séance sans donner la parole à qui que ce soit !

Aussi, après avoir réuni téléphoniquement les députés de notre groupe, qui eux sont au contact de nos concitoyens et non pas enfermés dans un « bocal devenu stérile », nous avons décidé que :

  • résolus à faire toute la vérité sur l’affaire Benalla devant tous les Français, nous participerons sans complaisance aux travaux de la commission d’enquête dès lundi matin ;
  • déterminés à réformer la Constitution pour rééquilibrer les pouvoirs afin de garantir la liberté des Français, nous travaillerons sans relâche, dés que l’Assemblée nationale reprendra des travaux sérieux, pour améliorer notre Constitution ;
  • nous refusons désormais de participer à ce triste spectacle d’une Assemblée nationale, dont vous avez la responsabilité et qui tourne en rond, car nous sommes convaincus qu’elle est ridicule quand elle devient inefficace.

Cela signifie que nous demeurons prêts à travailler à disposition de nos concitoyens, disponibles à la manifestation de la vérité, responsables devant les Français qui nous regardent avec tristesse ou colère.

Mais désormais, si, comme le disait le Président Richard Ferrand, certains peuvent penser « avoir piscine », nous refusons de devenir un théâtre !


La France des banlieues et de la ruralité veut qu’on lui garantisse l’égalité des chances.

Discours de Jean-Christophe Lagarde

Versailles, le 9 juillet 2018

| Seul le prononcé fait foi

Monsieur le président du Congrès, Monsieur le président du Sénat, Monsieur le Premier ministre, Mesdames et messieurs les Ministres, Chers collègues parlementaires,

C’est donc la seconde fois depuis son élection que le Président de la République convoque le Parlement en Congrès. Si cet évènement qu’il veut rendre traditionnel suscite à nouveau la polémique depuis plusieurs jours, c’est sans doute du au fait qu’il n’y a que dix ans que la Constitution en offre la possibilité et que l’exercice peine encore à trouver sa place dans la geste Républicaine. C’est si vrai que finalement, l’écho médiatique qui en parvient aux français fait bien plus de place à ceux qui décident de le boycotter qu’à ceux qui choisissent de s’y exprimer. Et je sais de quoi je parle. Mais puisque le Chef de l’Etat veut en faire un rendez-vous récurent, tâchons qu’il soit un moment solennel qui nous oblige à la responsabilité et à prendre de la hauteur.

Avant tout, je tiens à exprimer notre regret de ne pouvoir répondre directement au Président de la République en sa présence. Nous défendrons d’ailleurs un amendement au projet de loi constitutionnelle pour lui permettre de rester dans cet hémicycle après s’être adressé à la représentation nationale, et de nous répondre s’il le souhaite. Sinon, le lieu, Versailles, la pompe et le protocole font trop penser à une monarchie républicaine, dont certes nos concitoyens raffolent, mais qui nous éloigne d’une démocratie moderne et vivante.

En attendant, c’est à vous Monsieur le Premier ministre, mesdames et messieurs les ministres, et à l’ensemble de la majorité parlementaire que nous nous adresserons en dressant le bilan de cette première année et que nous vous ferons part de nos préoccupations pour celles à venir.

Car même si nous n’appartenons pas à votre majorité, nous souhaitons sincèrement votre réussite puisqu’elle suppose celle de la France. C’est pourquoi la ligne directrice du groupe UDI-Agir et Indépendants est d’être capable de vous soutenir lorsque vous êtes sur la bonne voie et de s’opposer lorsque vous déraillez. A nos yeux, après le tremblement de terre politique de 2017, c’est ainsi que nous pouvons être utiles à notre pays et respecter la volonté des français de voir les responsables politiques changer d’attitude, en finir avec des affrontements stériles et des oppositions feintes. En somme, nous pensons que les français attendent de nous de jouer la politique en vrai, de juger votre action au cas par cas, comme ils le font eux-mêmes chaque jour.

Nous savons bien que cela n’entre pas dans les cases convenues du business médiatique pour lequel chacun est censé jouer un rôle convenu d’avance de soutien aveugle ou d’opposant à tout. Mais peu nous importe, pour nous le débat démocratique doit avoir pour but d’élever le degré de conscience civique des citoyens pas de répondre aux objurgations des réseaux sociaux, ni aux injonctions d’une information si permanente qu’elle confond l’accessoire élevé au rang d’évènement et l’essentiel ravalé au niveau de l’anecdote.

Les clivages d’hier ne sont plus ceux d’aujourd’hui tant les effets de la mondialisation les ont bouleversés.

Désormais notre débat politique nous partage en deux. D’un côté, il y a ceux qui voient avec effroi le monde nouveau, le vrai, où la globalisation rend tous les pays chaque jour plus dépendants les uns des autres, ce qui réduit inexorablement nos marges de manœuvre nationales. Ceux là veulent faire croire que notre pays serait plus fort en se refermant sur lui-même, en se recroquevillant sur son passé, en s’isolant du mouvement général de la planète avec l’illusion de s’en protéger. De l’autre côté, et c’est un point qui nous est commun, il y a ceux qui comme nous comprennent que face à cette évolution du monde, il nous faut choisir de transformer profondément notre organisation économique et sociale mais aussi politique, afin de conserver suffisamment de forces pour demeurer libres de nos choix et de nos modes de vie.

C’est à travers ce prisme que nous pourrions souscrire aux nombreuses déclarations du Président de la République qui prônent la transformation et l’émancipation.

Sur le plan international, tout d’abord, nous saluons toute l’énergie déployée par l’exécutif pour rendre à la France sa place et son rôle dans ce monde devenu multipolaire où s’affrontent quelques grandes puissances continentales au détriment de tous les autres petits États. C’est là que réside le défi majeur qu’est l’Europe, le seul échelon qui, à condition qu’il se fédère, est en mesure de défendre efficacement les intérêts nationaux des pays qui la composent pour peser face aux grands pays du monde et même face à ces énormes multinationales nées des nouvelles technologies et dont la puissance dépasse celle de nombreux Etats. Une Europe plus fédérée est notre seule chance de peser dans les relations internationales pour y protéger nos modes de vie, notre vision de l’organisation sociale.

Aussi, si nous soutenons l’engagement pro-européen du Président de la République nous vous invitons à aller plus loin en proposant de fédérer au niveau européen des compétences pour lesquelles les politiques nationales montrent leur inefficacité, tels que la protection de nos frontières, l’immigration, nos stratégies industrielles et de recherche, la lutte contre le terrorisme et les grands trafics, notre défense qui doit devenir moins dépendante des USA, la transformation énergétique qui pourrait accroître notre indépendance collective ou encore au développement de l’Afrique dont nous sommes les seuls voisins. Les prochaines élections européennes seront à cet égard une occasion unique pour nos concitoyens de dire s’ils veulent faire de l’Europe un véritable bouclier face aux dangers et aux enjeux du monde.

En politique intérieure, les sujets sont nombreux et complexes, et le temps de parole imparti aux représentants des groupes parlementaires ne nous permet malheureusement pas de tous les aborder.

En résumant je dirais que s’achève une première période enchaînant des réformes nécessaires, utiles et trop longtemps reportées, telles que la refonte du code du travail, la baisse de l’impôt sur les sociétés et la baisse des charges sociales, le prélèvement unique et forfaitaire sur les revenus du capital, l’amputation d’un ISF contre productif, la transformation de la SNCF, la reconfiguration de l’enseignement primaire, la tentative déterminée de réduction de notre déficit irresponsable. Dans cette première période, nous avons pourtant déploré l’inéquité engendrée par la hausse de la CSG, car il n’y a pas de raison que seuls les retraités financent la compétitivité de notre pays.

Ces réformes ont une logique qui est de libérer les capacités de production de notre pays, de leur redonner de la compétitivité pour créer de l’emploi. Nous partageons cette logique, résumée dans l’expression des « premiers de cordée » chère au Chef de l’Etat. Mais nous vous répétons ici que pour que les français puissent adopter cette logique, il vous appartient de garantir à chacun que les premiers de cordées soient utiles à l’ensemble de la cordée. C’est la condition de leur légitimité, et de la légitimité de votre politique.

Je n’adhère pas aux caricatures qui peuvent être faites à ce sujet, mais il faut se rendre à l’évidence. A ce stade les effets de votre politique se font en faveur de certains dans l’ignorance des autres. Les plus favorisés le sont davantage encore, ce qui pourrait être acceptable à la condition que tous nos concitoyens soient également gagnants. Loin de là, les plus démunis le restent et les classes moyennes sont délaissées. Au 1er tour de la présidentielle, vous avez été élus par la France mondialisée, celle qui se sort bien des changements du monde et sait en tirer profit, celle qui au fond n’a pas besoin de la politique et qui n’attend d’elle que de ne pas être entravée. Mais je vous alerte. Cette France est minoritaire. Et c’est parce que votre politique donne l’impression de ne servir que cette France là qu’en un an les français sont passés de l’espoir au doute. Quels que soient ses talents et sa détermination,aucun chef de l’État n’est en capacité de créer une véritable communauté de destin dès lors que ceux qui vivent dans les banlieues et les territoires ruraux ne peuvent prétendre au même avenir que ceux qui ont les moyens de vivre au cœur des métropoles.

Il existe dans nos banlieues et en ruralité une autre France, plus nombreuse mais surtout qui a vraiment besoin de politiques publiques pour espérer avoir droit à l’égalité des chances. C’est cette France là qui est venu vous confier les clefs du pays au second tour de l’élection présidentielle, car elle voulait encore croire en la République et sa promesse de récompense du mérite plutôt que des situations acquises. C’est cette France là à qui, devant la pyramide du Louvre, le tout nouveau chef de l’Etat a promis de tenir compte. C’est cette France là qui ne voit rien venir et qui s’impatiente en voyant monter les difficultés de la désertification médicale, d’un système hospitalier à bout de souffle, de l’insécurité qui continue de croître, des services publics qui s’éloignent, des transports déficients… C’est cette France là qui si rien ne change pour elle, pourrait faire défaut au second de tour d’une prochaine élection présidentielle. Cette France là, fragile et fatiguée n’attends pas de plan pauvreté, elle veut qu’on lui garantisse l’égalité des chances.

Les fractures sont multiples, se croisent, s’accumulent et s’accentuent. Évidemment, ce n’est pas vous qui avez causé ces fractures, mais toutes peuvent être atténuées, si ce n’est résorbées, par la volonté des pouvoirs publics.

Et nous regrettons les mauvais signaux envoyés aux banlieues par le refus de construire de nouvelles politiques publiques permettant de rétablir l’égalité républicaine dans ces quartiers concentrant toutes les pauvretés et où les moyens alloués par l’Etat restent inférieurs à ceux attribués aux quartiers plus favorisés. C’est aussi un mauvais signal au monde rural que le retard pris pour mettre en place l’Agence Nationale pour la Cohésion des Territoires que nous vous proposions dés l’automne dernier, alors que le monde rural désespère d’être entendu du pouvoir.

A ces territoires nous vous appelons à redonner des perspectives par des politiques publiques ambitieuses qui garantissent leur place dans la République. C’est ce que nous attendons avant tout de la seconde période qui s’ouvre dans votre mandat. Sinon ce discours sur l’émancipation restera une théorie creuse pour une majorité de français.

Nous attendons aussi que vous ouvriez peut être moins de chantiers mais qu’ils soient conduits à leur terme et donnent réellement lieu à des changements structurels et équilibrés. Le projet de loi EGALIM ne garantit pas le rééquilibrage entre agriculteurs et grandes surfaces, la réforme des APL ne s’est jusqu’alors traduite que par l’appauvrissement des bailleurs sociaux, et le projet sur la formation professionnelle mériterait de mieux équilibrer les responsabilités entre le patronat et les régions Et parfois, les décisions tardent, ainsi on les attend sur le Grand Paris depuis Novembre dernier, la suppression de la Taxe d’Habitation devrait entraîner une réforme de la Taxe Foncière, la protection contre la dépendance ne semble pas en perspective.

Pourtant, pour tenter d’aller vite, vous vous êtes affranchis des partenaires qui nous semblent indispensables pour véritablement transformer notre pays. Sous couvert de consultations prétendument citoyennes, dépourvues in fine de toute influence, vous avez mené une politique trop souvent solitaire. Là guette le pire risque de toute majorité, surtout quand elle est absolue, celui de n’écouter qu’elle, de s’enfermer dans sa logique au lieu d’entendre les différences pour mieux entraîner le pays vers sa transformation, celui finalement de prendre toute réflexion, interrogation, alerte ou proposition pour une critique, au lieu d’en faire son miel et de corriger la trajectoire pour mieux réussir.Dans trop de cas, vous décidez depuis Paris, depuis les ministères, sans considération des corps intermédiaires, du tissu associatif, des élus locaux, ni des parlementaires que pourtant, le président de la République vient de nous dire vouloir associer à son action.

Tous, pourtant, vous sont indispensables pour faire réussir la France. Écoutez-les, entendez-nous car, au fond, nous servons tous le même idéal et nous avons chacun notre part à apporter à cette ambition collective. Celle qui doit permettre à l’ensemble de nos concitoyens de s’épanouir et de s’émanciper, quels que soient leur position initiale dans le système social et leur lieu de vie. Celle qui doit permettre à la France de peser dans l’Europe, et à l’Europe de peser dans le monde, forts de notre histoire et de nos valeurs.

Monsieur le Premier ministre, mesdames et messieurs les membres du Gouvernement, ce serait là votre plus grande réussite, la seule qui compte.


Ce quinquennat est peut-être celui de la dernière chance, à la fois pour notre pays et pour l’UE.

Discours d’Hervé Marseille
Versailles, le 9 juillet 2018

| Seul le prononcé fait foi

Monsieur le Président du Congrès, Monsieur le Premier ministre, Mesdames et messieurs les ministres, Chers collègues députés et sénateurs,

Le quinquennat qui s’est ouvert l’année dernière ressemble aux planisphères du XVIIIème siècle. Sur ces cartes du monde, que chacun a en tête, on voit les contours des continents. Mais à l’intérieur, tout est quasiment terra incognita.

Le pourtour des continents, c’est le programme du candidat Emmanuel Macron. Un an seulement après son élection, ce programme a largement commencé à être mis en œuvre. C’est la première chose que nous pouvons portons au crédit du Président : il tient ses promesses.

La deuxième chose que nous mettons à son crédit est la nature même des promesses tenues. Depuis un an, des réformes importantes et longtemps reportées ont été engagées. Nous les avons soutenues. Tel est le cas des ordonnances qui ont assoupli le code du travail pour donner aux entreprises les marges de manœuvre dont elles ont aujourd’hui besoin.

De même, nous avons voté la réforme de l’accès à l’université car sur ce sujet le Gouvernement ne s’est pas borné à prendre des mesures techniques. Il a eu l’audace de poser les jalons d’un changement plus profond.

Enfin, le nouveau pacte ferroviaire constitue aussi une réforme substantielle. Il fallait transposer les directives européennes d’ouverture du rail à la concurrence. Mais avec le Sénat nous sommes allés plus loin : nous avons concilié l’efficience économique avec l’aménagement du territoire et l’adaptation des acquis sociaux.

Un an après l’élection d’Emmanuel Macron à la présidence de la République, il y a donc un bilan. Pouvions-nous en dire autant à la fin du quinquennat précédent ?

Par-delà même le bilan législatif du chef de l’Etat, il y a un troisième élément que nous mettons à son crédit. Avec lui, nous avons gagné en incarnation internationale. La France retrouve une place. Elle suscite de nouveau l’écoute et le respect de nos partenaires étrangers ainsi que l’intérêt et la confiance des investisseurs. Et l’embellie de la conjoncture économique nous permet enfin de rentrer dans les critères budgétaires européens. Le quinquennat a donc plutôt bien commencé.

Si bien et si vite d’ailleurs qu’il semble déjà s’essouffler. Et maintenant ? sommes- nous tentés de demander. Après un an d’exercice du pouvoir, l’exécutif semble avoir brûlé une bonne partie de ses vaisseaux. C’est là que nous entrons dans la terra incognita. En réunissant aujourd’hui le Congrès, le Président veut nous rassurer sur le sens de son action.

Néanmoins, les signes de l’essoufflement prématuré du quinquennat sont trop nombreux pour être passés par pertes et profits.

Nous partageons la volonté du Gouvernement d’améliorer les conditions des plus démunis en luttant d’abord contre le chômage. Oui, on ne réduira la précarité et les inégalités qu’en relançant l’économie, en augmentant le taux d’emploi et en améliorant l’efficacité du système éducatif. Mais cette stratégie a des limites.

La restriction du périmètre de l’ISF, l’instauration de la « flat tax », la suppression de « l’exit tax », la baisse de l’impôt sur les sociétés, l’augmentation de la CSG sur les retraites, la baisse des aides au logement sont autant de mesures qui nourrissent l’inquiétude sociale.

Mais la critique n’est pas que sociale, elle est aussi territoriale.

Après la baisse des dotations, la suppression de la taxe d’habitation et de 120 000 contrats aidés, la fermeture de classes de primaire dans les campagnes, la limitation de la circulation à 80km/h, sans parler des craintes qui subsistent sur le maintien des petites lignes ferroviaires… c’est peu de dire que les territoires ruraux se sentent les victimes de ce début de quinquennat.

Au terme de la révision constitutionnelle, même leur représentation sera minorée. Ici, près de 280 sièges auront disparu.

Même d’un point de vue législatif, la dérive est perceptible. Après les textes intéressants que j’ai mentionnés, nous arrivent les propositions de loi creuses de type « Fake news » ou téléphone portable à l’école ou encore les annonces décevantes et retardées sur l’audiovisuel.

Faut-il s’étonner de cet essoufflement ? Non parce que la machine est en surchauffe car le Gouvernement s’est attaqué à trop de sujets simultanément.

Mais aussi parce que tout semble remonter au sommet de l’Etat. Or, quand tout remonte, il y a thrombose. C’est d’ailleurs la seule ligne de force qui se dégage de l’ensemble de l’action gouvernementale, celle du renforcement de la verticalité. Quand on remet en cause le paritarisme, quand on restreint les moyens des collectivités locales et quand on minore la représentation parlementaire, que fait-on, si ce n’est recentraliser le pouvoir? Le fait que demain, après la réforme constitutionnelle, il y aura plus de membres du corps préfectoral que de parlementaires, donc plus de représentants de l’Etat que d’élus, devrait tout de même nous interpeller… Et si l’action gouvernementale marque le pas, c’est sans doute aussi parce que les français ne discernent plus les objectifs à atteindre. Il faut aussi une vision, une ambition. Pour l’instant, elles nous semblent faire défaut.

Pas partout, il est vrai.

Ainsi, en matière d’éducation, sujet fondamental s’il en est, surtout lorsque l’on parle de s’attaquer aux racines de la pauvreté, le projet gouvernemental se dessine : donner à chacun les mêmes chances au départ, c’est-à-dire en maternelle et en primaire, pour pouvoir orienter et sélectionner dans le supérieur.

Mais ailleurs, où est le cap ? Vendre la France à Versailles et Davos ne fait pas une politique économique, privatiser ADP ne fait pas une politique industrielle, supprimer la taxe d’habitation ne fait pas une politique fiscale, et bénéficier de la croissance ne fait pas une politique de redressement des comptes publics. Sur ce dernier point, quelle est la ligne budgétaire de l’exécutif ?

Visiblement pas celle de la maîtrise des dépenses puisqu’elles augmentent. On ne parle plus de la dette. Elle n’a pourtant pas disparu. Elle est toujours là. Elle limite toujours nos marges de manœuvre et obère la crédibilité de l’action publique.

Il n’y a pas qu’en matière économique et budgétaire que nous sommes dans le flou. Sur des sujets aussi importants que la sécurité, la laïcité, le communautarisme, la décentralisation, la réforme de l’Etat, la copie de l’exécutif demeure malheureusement encore vierge. Ce qui fragilise encore une peu plus l’autorité de l’Etat à l’heure où le moral de la police est en berne et où la menace terroriste est plus que jamais latente.

Le projet de réforme constitutionnelle est emblématique de ce pragmatisme sans hauteur de vue. Réduire le nombre de parlementaires n’est pas une fin en soi. L’important c’est qu’ils aient demain plus de moyens de contrôle. Raccourcir de quelques jours un des segments de la fabrique de la loi est une bonne chose si, derrière, le rythme de publication des décrets d’application suit.

La bonne nouvelle, c’est que la vision qui fait défaut à l’action gouvernementale peut venir du Parlement. L’Assemblée nationale et le Sénat n’ont pas vocation à être des chambres d’enregistrement.

Elles sont là pour inspirer, accompagner et contrôler l’action de l’exécutif.

C’est la carte que nous jouerons lors de la prochaine discussion des textes constitutionnels. Dès lors que nos propositions sont conciliables avec son ambition, nous faisons le pari que le Gouvernement est ouvert à la discussion.

Nos lignes directrices sont simples :

  • respect des droits du Parlement et des équilibres institutionnels, si nécessaires dans une Europe où les populismes progressent ;
  • respect de la représentation des territoires si malmenés ;
  • respect de la primauté de la volonté du politique sur le Gouvernement des Juges : on ne peut envisager que demain toute action publique soit soumise au bon vouloir de Juges chargés de hiérarchiser entre les multiples incantations imprécises de notre texte fondateur.

Sans le Parlement, nous ne réformerons pas la France pas plus que nous ne relancerons l’Europe. J’en terminerai là-dessus.

Plus que jamais, compte-tenu de la situation allemande, le sort de l’Union dépend de celui de la France. Ce quinquennat est peut-être celui de la dernière chance, à la fois pour notre pays et pour l’UE. Tout laisse à penser que, si nous échouons aujourd’hui, la France pourrait demain connaître le sort de l’Italie. Et l’Europe voler en éclat. Depuis le traité de Rome, jamais la construction européenne n’a été autant menacée. La pérennité même de l’Europe post-brexit est remise en cause par la montée des peurs identitaires. Réussir signifie donc aussi faire sortir l’Europe de l’impasse.

La crise européenne, qui se confond maintenant avec celle des migrants, est aigüe.

Mais, comme par le passé, nous ne la surmonterons qu’en faisant des propositions audacieuses.

Le Président Emmanuel Macron a fait campagne sur le thème de « l’Europe qui protège ». La formule nous convient.

Une Europe qui protège, c’est une Europe qui coordonne ses politiques migratoires. A ce titre, même si l’accord du 29 juin est encore un compromis fragile et flou, il est encourageant. Il prouve que l’Europe a encore de la ressource. Mais il en faudra plus pour qu’elle devienne « l’Europe qui protège ».

Une Europe qui protège, c’est aussi une Europe dotée d’un modèle assumé, d’un budget accru, d’une fiscalité harmonisée et d’une armée qui lui soient propres. Cette Europe que Simone Veil appelait de ses vœux. Un bel hommage lui a été rendu au Panthéon. Mais pour vraiment honorer sa mémoire, ensemble, relançons la construction européenne.

Nous sentons que les Français sont aujourd’hui indécis. Ils sont ouverts à l’action mais demandent à comprendre son sens.

Face à cette terra incognita, ils ont besoin de volonté et en même temps d’un objectif. Sans cap, Ulysse risque de faire un long voyage. Donnons-lui une boussole.