"On sait que dans des périodes de crise, les femmes sont souvent victimes de reculs. Soyons attentifs et vigilants pour que tout cela n'arrive pas."


Hervé Marseille, au centre (du jeu) pour toucher à la Constitution

L’Opinion – Le président du groupe centriste au Sénat sera reçu le 9 mars par Edouard Philippe. Sa position comptera dans le cadre de la révision constitutionnelle car il pèse 50 voix au Palais du Luxembourg

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Chaque mardi, il retrouve le président du Sénat, Gérard Larcher, et le chef de file des sénateurs LR, Bruno Retailleau, pour échanger de manière informelle. Le président du groupe Union centriste au Sénat, Hervé Marseille sera l’un des autres personnages clefs de la révision constitutionnelle promise par Emmanuel Macron. Il sera d’ailleurs reçu vendredi par Edouard Philippe, qu’il a déjà vu le 9 février. Car sa position comptera : il pèse 50 voix, le nombre de sénateurs que compte le groupe dans la haute assemblée.

Celui qui a débuté comme collaborateur d’André Santini maîtrise toutes les ficelles du microcosme centriste, où il s’épanouit depuis 30 ans, et du Palais du Luxembourg, dont il a été vice-président. A 63 ans, l’ex-maire de Meudon aime dire qu’il est de l’ancien monde. Malgré tout, il est de plus en plus séduit par le nouveau. Et défend sur la révision constitutionnelle une ligne beaucoup plus souple que celle de son homologue du groupe LR, Bruno Retailleau. « On souhaite le bon aboutissement de cette réforme, assure le sénateur des Hauts-de-Seine. A partir du moment où l’on ne touche pas au bicamérisme et au Sénat, je ne vois rien d’infranchissable. »

Alors que Gérard Larcher fait de la limitation du cumul des mandats dans le temps une ligne rouge, Hervé Marseille, qui se livre régulièrement à des imitations très réussies (de Nicolas Sarkozy, notamment), élude : « Pour nous, ce n’est pas un dogme en soi ». Quand la droite sénatoriale s’érige en défenseuse des territoires et met en garde contre la facture que pourrait générer une baisse du nombre de parlementaires, ce fin connaisseur de la carte électorale prend aussi ses distances : « Lorsque Jean-Pierre Raffarin avait décidé de faire des listes régionales aux européennes, on ne peut pas vraiment dire que ça a rapproché les députés européens du peuple. La maladie de la démocratie tient à autre chose ».

Main dans la main. En revanche, le président du groupe centriste commence, comme beaucoup d’autres, à s’impatienter : « Ce qui est emmerdant dans cette affaire, c’est qu’on n’a pas d’informations sur ce qu’Emmanuel Macron veut faire. Or, le diable est dans les détails. » Il s’étonne d’ailleurs qu’aucun document écrit n’existe sur le contenu envisagé de la réforme. « Cela permet à Emmanuel Macron de discuter mais de ne s’engager sur rien. Cela lui permettra de nier si on lui reproche de ne pas tenir ses engagements », note ce vieux briscard de la politique.

C’est aussi une manière pour lui de ne pas insulter l’avenir. « Jusqu’à présent, Emmanuel Macron donnait le sentiment de se satisfaire de n’avoir qu’En Marche. Les adversités qui montent l’ont fait changer », constate-t-il. Le sénateur des Hauts-de-Seine fait partie de ceux qui seraient plutôt favorables à un large rassemblement de La République en marche et des centristes en vue des élections européennes. « S’il y a des rassemblements, il faut que cela aille au-delà des européennes, il faut que cela englobe le reste », dit-il.

Dans cette affaire, il marche main dans la main avec le président de l’UDI, Jean-Christophe Lagarde, qui a mis un terme à l’alliance de sa formation avec LR. « C’est vraiment un binôme, relate un ami des deux hommes. Hervé ne fera jamais rien contre Jean-Christophe ». En juin, ils iront ensemble en Nouvelle-Calédonie dans la perspective du référendum qui aura lieu d’ici fin novembre. Dans tous ses entretiens avec l’exécutif, Hervé Marseille évoque le cas de Jean-Christophe Lagarde, marginalisé au sein du dispositif macroniste pour être passé à côté de la séquence électorale de 2017, en ayant soutenu jusqu’au bout François Fillon.

Caroline Vigoureux et Ludovic Vigogne


"Monsieur le Président, je voudrais dire ici solennellement que les députés travaillent !"


Pour la première fois, l’UDI va soutenir des candidats LREM

Article paru dans L’Opinion – 30 janvier 2018

Lors de deux prochaines élections législatives partielles, le parti centriste de Jean-Christophe Lagarde soutiendra les candidats de La République en marche et non plus ceux des Républicains. 

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Sur le chemin de la recomposition, c’est une étape importante. Le 30 janvier, l’UDI a tenu une commission nationale d’investiture. A cette occasion, le parti de Jean-Christophe Lagarde a décidé de soutenir les candidats de La République en marche dans deux circonscriptions, où seront organisées des élections législatives partielles en mars : la 8e de Haute-Garonne et la 2e de Guyane. Ce sera une première.

Depuis sa création, l’UDI a toujours fait alliance avec l’UMP puis Les Républicains (à l’exception des européennes de 2014, où elle avait constitué ses propres listes avec le MoDem). Héritier lointain de l’UDF, le parti centriste perpétuait un schéma classique au sein du paysage politique français : l’alliance de la droite et du centre. Lors de l’élection présidentielle et des législatives de l’an passé, c’était encore le cas, malgré les affaires qui avaient rattrapé François Fillon et l’émergence d’une nouvelle offre politique autour d’Emmanuel Macron, pourtant très compatible avec le corpus idéologique du parti centriste.

Le choix de la formation de Jean-Christophe Lagarde est donc un vrai changement de pied. Lors des législatives de juin dernier, dans la 8e circonscription de Haute-Garonne, un candidat UDI, soutenu par LR, était candidat. «Cela avait abouti à l’élection d’un député socialiste, alors que le candidat de La République en marche était proche de nos idées», explique le patron du parti centriste. Cette fois, l’UDI ne présente personne et soutient le candidat LREM, Michel Montsarrat, déjà en lice il y a sept mois. De leur côté, Les Républicains investissent le leur.
En Guyane, l’UDI apporte son appui au député sortant LREM, Lénaick Adam, dont l’élection a été annulée par le Conseil constitutionnel. En juin, elle avait soutenu le candidat soutenu par LR mais sur le terrain, les troupes centristes n’avaient pas suivi.

Symbolique. «Il n’y aura plus d’alliance avec Les Républicains», avait prévenu Jean-Christophe Lagarde, en décembre, dans Le Parisien, à l’occasion de la prise de pouvoir de Laurent Wauquiez, qu’il accuse de représenter «l’ultra droite». Mais lors des deux premières législatives partielles du quinquennat qui avaient suivi, dans le Val d’Oise et le Territoire-de-Belfort, l’UDI avait soutenu les candidats investis par LR. Cette fois, le député de Seine-Saint-Denis passe aux actes à l’occasion de deux des quatre prochaines législatives programmées (l’UDI n’a pas encore tranché sur les deux autres organisées dans la 4e du Loiret et la 1ère de Mayotte). Depuis plusieurs semaines, il a préparé sa famille à cette décision symbolique, qui sera très commentée. Elle est le premier signe qu’une tectonique des places se met en branle. Jusqu’où ira ce changement d’alliance ?

«Nous ferons désormais en fonction de notre proximité d’idées et non plus en fonction d’accords d’appareils qui rendent les choses obligatoires, assure Jean-Christophe Lagarde. Nous serons libres de nos choix.» L’ex-maire de Drancy veut adopter le même critère en vue des municipales de mars 2020. « Nous privilégierons une approche territoriale. Depuis 1977 et le programme commun, on demande quand on élit un maire de se prononcer pour ou contre le président de la République. Cela n’a pas de sens, dit-il. A Chalon-sur-Saône, on trouve un excité de la cantine [le LR Gilles Platret qui refuse tout menu de substitution, NDLR], incompatible avec l’UDI. En revanche, le maire de Nice [le LR Christian Estrosi, NDLR] ne nous est pas étranger.»

Il n’empêche : c’est vers Emmanuel Macron et la majorité que l’UDI opère un mouvement, alors que plusieurs rendez-vous cruciaux approchent. Dans chaque état-major, les européennes de mai 2019 sont déjà dans toutes les têtes. Christophe Castaner, le délégué général de LREM, veut constituer une liste rassemblant « de Daniel Cohn-Bendit à Alain Juppé ». Sur ce spectre, la très pro-européenne UDI a sa place. La formation centriste peut-elle figurer sur la liste de la majorité présidentielle ?

Négociation globale. Avant ce scrutin interviendra un autre moment clé : la révision constitutionnelle. « Gérard Larcher vend la majorité sénatoriale mais il n’en détient qu’une partie. Il vend quelque chose qu’il n’a pas », confie Jean-Christophe Lagarde, faisant référence aux 50 sénateurs que compte le groupe centriste au Palais de Luxembourg. Le patron de l’UDI souhaiterait une négociation globale avec l’exécutif, mêlant la révision constitutionnelle et les prochaines échéances électorales. A l’Assemblée, l’UDI, membre d’un groupe copiloté avec Agir, a déjà une attitude très conciliante avec le gouvernement.

Depuis décembre, Jean-Christophe Lagarde a noté faire l’objet de plus d’attentions de la part d’Emmanuel Macron, qui se méfie beaucoup de lui. A l’automne, il a eu un long entretien avec Edouard Philippe, avec qui ses relations ne sont pas simples. Son changement d’alliance permettra-t-il au patron de l’UDI de revenir dans le jeu ? En 2017, il a figuré sur la liste des grands perdants de la séquence présidentielle.