Avant de parler d’élargissement, regardons la difficile et incohérente mise en place du chèque énergie !

L’analyse de Marylène MILLET, secrétaire nationale aux solidarités et dépendances

Depuis le 1er janvier 2018, le chèque énergie remplace les tarifs sociaux de gaz et d’électricité. Emmanuel Macron a annoncé ce mardi vouloir regarder comment améliorer ce dispositif réservé aux ménages modestes. Il pourrait par exemple être élargi.

Que constatez-vous depuis la mise en place du chèque énergie le 1er janvier dernier ?

Marylène Millet: Après quelques mois de mise en route, on peut constater une faible utilisation du chèque mais surtout un très mauvais taux de retour des attestations auprès des fournisseurs d’énergies ce qui supprime aux publics précaires leurs droits connexes comme la protection hivernale renforcée.

Pour cette raison l’élargissement du dispositif doit être repensé dans sa globalité et clairement simplifié.

Que pensez-vous de l’idée émise par le Président de la République de son élargissement?

MM : Si le dispositif est déjà à la peine, son élargissement risque de ne pas avoir l’effet escompté. Il faut absolument régler les dysfonctionnements déjà existants.

Cette situation nous préoccupe vivement à l’approche de l’hiver. Rappelons que l’objectif initial du chèque énergie tel qu’il est conçu actuellement est de protéger et d’aider au quotidien les personnes en précarité énergétique, par la prévention, l’accompagnement et l’aide au paiement.

Avec la hausse des prix on peut craindre que de nombreux ménages supplémentaires puissent se trouver en difficultés pour se chauffer.

Un seul chiffre : si environ 3,7 millions de ménages pourraient bénéficier actuellement du chèque, environ 560.000 bénéficiaires ne s’en servent pas.

De plus, même si c’est une aide qui est la bienvenue pour le consommateur, c’est aussi une solution à court terme qui reste une compensation insuffisante à la hausse de fiscalité.

J’ajoute que quand on parle de nécessaires avancées pour l’environnement, le chèque énergie n’a pas du tout modifié certaines pratiques.

Bref, avant de parler d’élargissement regardons de plus près les dysfonctionnements actuels !


Nouvelle-Calédonie | « Il faudra accepter un partage de souveraineté définitif avec la France. »

Dans une tribune au « Monde », Philippe Gomès, député UDI de la Nouvelle-Calédonie, estime que la victoire attendue du « non » permettra aux électeurs de refonder la légitimité du lien avec Paris et d’abandonner « le grand rêve d’un pays pleinement souverain ».

Lire la tribune sur LeMonde.fr

Le 4 novembre prochain, cent soixante-cinq ans après que la France a pris unilatéralement possession de la Nouvelle-Calédonie, le peuple calédonien, désormais souverain sur son destin, devra décider de l’avenir de son pays : devenir un Etat indépendant ou demeurer au sein de la République.

Sur cet archipel de la Mélanésie où est installé depuis des millénaires un peuple premier – les Kanak –, des peuples d’ailleurs venus d’Europe, d’Asie, d’Afrique du Nord, d’Océanie, de l’océan Indien et des Caraïbes ont, depuis plusieurs générations, fait souche, contribuant à la construction d’un territoire français à nul autre pareil, au milieu du Pacifique… Se croisant, se heurtant, combattant ensemble lors des conflits mondiaux, se métissant aussi, ces hommes et ces femmes ont, au fil du temps, entremêlé leurs cultures par le sang, le labeur et la spiritualité.

Après une histoire coloniale douloureuse, et notamment la période dite des « Evénements » (1984- 1988), c’est par le dialogue, conclu par la poignée de main entre Jacques Lafleur [anti- indépendantiste] et Jean-Marie Tjibaou [indépendantiste], que fut engagé au travers des accords de Matignon et de Nouméa un processus négocié et constitutionnalisé de décolonisation et d’émancipation de la Nouvelle-Calédonie au sein de la République.

Le chemin parcouru depuis lors est considérable. L’identité kanak a été pleinement reconnue dans ses différentes dimensions culturelles, coutumières, institutionnelles et éducatives, et la légitimité des autres communautés a été affirmée. Une « souveraineté partagée » entre la France et la Nouvelle-Calédonie a été consacrée, permettant à notre pays de se gouverner lui-même à l’exception des compétences régaliennes. Enfin, le rééquilibrage engagé au profit des populations de l’intérieur et des îles permet désormais à tous les Calédoniens de bénéficier de conditions de vie équivalentes.

Cette France qui relie toutes les communautés entre elles

C’est encore par le dialogue que Calédonie ensemble et les indépendantistes ont consacré, dans le cadre de la Charte des valeurs calédoniennes et du « bilan politique partagé de l’accord de Nouméa » [documents signés cet été, respectivement en juillet et en août], le patrimoine commun des Calédoniens, affirmant ainsi ensemble que ce qui les rassemble est plus fort que ce qui les divise.

Un geste symbolique et fort, à la veille du référendum, qui s’inscrit dans la continuité de l’action de nos aînés, comme l’indique le préambule de la Charte : « Inscrivant notre démarche dans le prolongement de la poignée de main entre Jacques Lafleur et Jean-Marie Tjibaou, […] nous avons décidé d’établir, de porter et de partager la présente Charte des valeurs calédoniennes pour mettre en évidence ce qui rassemble les Calédoniens dans leur diversité. »

Pour autant, trente ans après, la question de la souveraineté française sur la terre de Nouvelle- Calédonie continue à se poser avec une certaine acuité : pour les uns elle les protège, pour les autres ils la subissent.

Le 4 novembre, l’heure sera venue d’assumer pour la première fois, dans un scrutin démocratique partagé, cette divergence politique majeure. Le résultat ne fait pas de doute : une large majorité des Calédoniens votera contre l’indépendance. En votant « non » à l’indépendance, ils refonderont ainsi la légitimité du lien de souveraineté qui les unit à la France : ce lien, imposé par l’acte de prise de possession le 24 septembre 1853, aura été démocratiquement choisi le 4 novembre 2018.

Les Calédoniens marqueront aussi leur attachement à cette France qui relie toutes les communautés entre elles par sa langue, ses valeurs, et une histoire commune, et qui les protège, en assurant la sécurité du pays, à l’intérieur comme à l’extérieur de ses frontières.
Ils affirmeront par ce vote leur volonté que la Nouvelle-Calédonie continue à s’épanouir dans ce vaste espace de liberté que lui offre la République.

Abandonner le « grand rêve d’un pays pleinement souverain »

Pour autant, si l’arithmétique électorale est un fait politique, elle ne peut, dans notre pays, constituer, à elle seule, une solution politique. Parce que la grande majorité des indépendantistes sont des Calédoniens d’origine kanak et l’immense majorité des non-indépendantistes des Calédoniens d’origine non-kanak, il nous faudra, au lendemain du référendum, continuer à tresser la natte du vivre-ensemble dans la paix, que nous avons commencée il y a trente ans.

Nous devrons d’abord, par la voix du dialogue, dégager un premier consensus pour éviter l’organisation, comme le prévoit l’accord de Nouméa, d’un deuxième et d’un troisième référendum en 2020 et 2022, qui seraient immanquablement générateurs de tensions politiques et de graves difficultés économiques et sociales.

Nous devrons aussi, sur ces nouvelles fondations issues du suffrage universel, et parce que l’accord de Nouméa est transitoire, définir une nouvelle organisation politique – non limitée dans le temps – pour poursuivre notre émancipation au sein de la République, dans le respect des convictions de chacun. Il nous faudra continuer à apprendre à conjuguer « souveraineté » et « République », car c’est la République qui nous donne les moyens de notre souveraineté en son sein.

Enfin, à plus long terme, probablement à l’échelle d’une génération, de la même manière que les indépendantistes ont su abandonner le « grand rêve d’un pays [kanak] à [eux] tout seuls » en acceptant un partage de souveraineté sur le destin du pays avec tous ses citoyens, ils devront abandonner le « grand rêve d’un pays pleinement souverain » en acceptant un partage de souveraineté définitif avec la France. Abandonner ce rêve, ce n’est ni se renier ni renoncer, car la revendication aura permis la naissance d’un pays nouveau. Abandonner ce rêve, c’est accepter les mutations de la société kanak qui, son identité restituée, aura su trouver ses équilibres avec les autres composantes du peuple calédonien, dans un archipel libre de se gouverner tout en restant protégé par le grand récif de la République.


Interview de Benoît ROLLAND - "Nous avons besoin de transparence concernant la hausse du prix des carburants" 

Interview de Benoît ROLLAND - Sécrétaire National en charge de l'Agriculture   Benoît Rolland : Il y a, bien évidemment, un lien. Toutes les études sérieuses font la démonstration du lien entre énergies fossiles, problèmes de santé et réchauffement climatique. D’ailleurs, dans leur immense majorité, les Français ont conscience de la nécessité de faire évoluer nos modes de consommation face à l'enjeu environnemental qui se dresse face à nous. Est-ce pour autant une mesure fiscalement juste ? B.R. : C’est bien là, la difficulté. La forte hausse actuelle du prix des carburants est vécue comme une injustice pour bon nombre de nos concitoyens. Car les Français ne sont pas égaux devant cette taxation. Il est indéniable que les plus touchés sont les habitants des territoires peu ou mal desservis en transports en communs comme dans les communes rurales ou certaines banlieues. Il est tout aussi vrai qu'une grande part de l'activité économique ne peut se passer de l'utilisation de véhicules légers comme les artisans par exemple. Les arguments de culpabilisation des automobilistes relèvent donc de la condescendance. Il est inadmissible d’entendre, de la part de certains responsables politiques, que les habitants territoires ruraux pourraient supporter cette hausse au prétexte qu’ils paieraient, par ailleurs, moins d’autres taxes. C’est d’ailleurs une contrevérité car en mettant tout sur la table, je doute que le ratio « impôts-taxes / accès aux services publics » soit en faveur de la ruralité ! Cette hausse du prix à la pompe a-t-elle pour seul raison la défense de l’environnement ? B.R. : Cette question participe à ce sentiment d’injustice. En effet, si la hausse actuelle est en grande partie due à l’évolution des cours, cela n’explique pas tout, car nous ne sommes pas au niveau de 2013 où le baril était à 115$, contre 80$ environ aujourd’hui. Si l’évolution des taxes est assumée par le gouvernement, elle n’en reste pas moins étonnante. D’ailleurs, on ne peut que s’étonner du mauvais signal de la hausse de l’essence – certes plus modérée – au moment où l’exécutif cherche à réorienter le diesel vers l’essence. Au-delà de la justice entre contribuables, les Français ne pourront pas considérer cette hausse comme légitime si elle n’est pas intégralement affectée à la cause qu’elle prétend défendre. Est-ce que cet argent servira aux caisses de l’Etat ou à la cause environnementale ? Servira-t-il à reprendre d’une main ce que l’autre rendrait (avec la taxe d’habitation) ? La destination de toute nouvelle taxe doit être garantie. C’est une nécessité morale et républicaine. Nous attendons donc de la transparence de la part du gouvernement.    

Frédérique Dumas : "Je ne quitte pas Emmanuel Macron, je quitte La République En marche."

La lettre de Frédérique Dumas, après son départ de LREM pour rejoindre l’UDI. 

Lire le texte sur le site officiel de Frédérique Dumas

Chère concitoyenne, cher concitoyen,

J’ai pris les lourdes décisions de quitter le groupe parlementaire de la majorité La République En marche (LaREM), de rejoindre l’Union des Démocrates et Indépendants (UDI) présidée par Jean-Christophe Lagarde et ainsi le Groupe UDI/Agir à l’Assemblée nationale, de travailler avec Xavier Bertrand, actuel Président du conseil régional des Hauts-de-France et de rejoindre son club de réflexion « La Manufacture ».

Je ne quitte pas Emmanuel Macron, je quitte La République En marche

 Mon élection comme députée de la treizième circonscription des Hauts-de-Seine m’oblige et je me dois donc de vous donner, à chacune et à chacun, une explication approfondie de ce choix.

Il s’agit, bien sûr, de l’expression de déceptions profondes et les raisons de ce choix de quitter la majorité, que je fais avec tristesse, sont toutes mûrement réfléchies. Il n’y en a pas de légères. Ce sont des décisions prises avec calme et détermination.

J’ai fait part depuis des mois, et cela à tous les niveaux, de mes inquiétudes, puis de mes incompréhensions. Je n’ai pas été entendue. J’ai exprimé par ailleurs certains de mes désaccords publiquement. On me l’a reproché. Les échanges que j’ai voulu directs et francs avec les uns et les autres ces dernières semaines, ont achevé de me convaincre.

Je ne remets en cause ni l’esprit, ni le sens du  programme sur lequel vous m’avez élue. Il est hors de question pour moi d’occulter le travail remarquable qui a pu être mené par la plupart des Ministres et de mes collègues député.e.s. Les avancées sont nombreuses.

Mon souhait absolu est que le Président de la République et qu’à travers lui la France, réussisse.

Mais à un an du début du quinquennat, alors qu’il est encore temps, il m’a paru vital de tirer la sonnette d’alarme, de dire des choses fortes sans faux semblants.

Non seulement il semblait de plus en plus difficile aux uns et aux autres de comprendre le sens de notre action, mais cette volonté affichée et assumée de confondre vitesse et précipitation, de refuser les mains tendues sous la pression médiatique et par peur de se voir reprocher l’inaction, nous a conduit à mal mesurer l’atterrissage ultérieur de certaines de nos décisions.

Il était donc devenu  inimaginable pour moi de ne pas contribuer à l’émergence de contrepouvoirs constructifs permettant de jouer ce rôle de garde-fous.

Il y a quelques mois encore je n’imaginais pas que la construction de garde-fous extérieurs serait nécessaire car nous serions incapables d’imaginer et de concevoir nos propres contrepouvoirs à l’intérieur même de la majorité, incapables tout simplement de mettre en place l’ADN du « macronisme » avec ses deux fondamentaux :

  • « Donner du sens » afin de se projeter et de partager, et mettre en place une « méthode », celle qui laisse la place nécessaire aux échanges d’idées et au débat, sans tomber dans l’impuissance. Celle qui permet ainsi une « vraie » concertation autour de diagnostics partagés, si ce n’est par tous, au moins par le plus grand nombre, qui se nourrit des expériences, du vécu, celle qui laisse place à la véritable expérimentation, pas celle uniquement destinée à habiller des décisions prises d’avance.
  • Enfin la coopération, qui est l’essence même du monde interconnecté et interdépendant dans lequel nous entrons, celle qui permet de démultiplier les solutions et de faire levier.

La seule méthode à même d’atteindre, dans le réel, les objectifs fixés lorsque nous nous sommes présentés devant vous : la réductions de toutes les fractures (culturelle, territoriale, sociale, économique, etc.), l’émancipation et la cohésion.

Alors je fais ce choix, peut-être atypique d’illustrer ma démarche par deux exemples précis concernant des sujets sur lesquels j’étais moi-même investie du fait de mes expériences : L’avenir de l’audiovisuel public et l’éducation artistique et culturelle.

En tant qu’ancienne productrice de cinéma, j’ai la conviction que ce qui est profondément vrai pour une personne est par essence universel.

Le succès de l’un des films emblématiques que j’ai co-produit « The Artist » en témoigne.

Le Président avait indiqué lors de ses vœux à la presse qu’il voulait que « les parlementaires qui sont très attachés à cette idée de service public puissent participer au grand travail de réflexion sur l’audiovisuel public ». C’est ainsi que s’est constitué dès janvier  un groupe de travail de la majorité que j’avais la charge de coordonner.

Le travail de fond que nous avons mené a donné lieu, à l’issue d’une grande concertation avec les acteurs du secteur, à un rapport cosigné par six autres députés. Or, ce travail qui constituait autant d’outils et d’aide à la décision, reposant sur des données objectives et bien réelles, qui redonnait par ailleurs du sens et de l’ambition à notre volonté de transformation a tout simplement été balayé du revers de la main par le Premier Ministre. Il n’y a eu aucun débat, aucune discussion, aucun échange.

La raison en est toute simple, les décisions prises depuis longtemps par l’exécutif, ne faisaient qu’habiller des économies budgétaires et des redéploiements de l’ordre de 400 millions d’euros d’ici 2022 à qui l’on donnait une apparence de modernité en choisissant d’annoncer la bascule d’une chaîne hertzienne gratuite pour enfants, sans publicité, sur le tout numérique au mépris de toutes les analyses des usages, au mépris même des exemples étrangers et rompant ainsi avec l’égalité territoriale.

Etait par ailleurs annoncée brutalement en plein été et sans réelle concertation, la bascule de la chaîne des Outre-mer sur le tout numérique sans qu’aucune garantie concrète voire réaliste ne soit apportée sur la « visibilité » de programmes ultra marins, promise sur les autres chaînes généralistes.

Pointant les erreurs du passé, grâce notamment aux éléments fournis par la Cour des comptes, notre rapport démontrait l’incohérence totale des économies budgétaires telles qu’envisagées.

De par son mode de financement, le service public appartient à chacune et chacun d’entre vous. Si ces décisions étaient maintenues, c’est pourtant bien une forme d’implosion du service public de l’audiovisuel que nous avons programmée et une fragilisation de tout l’écosystème en conséquence.

Il me semblait essentiel d’assumer dévoiler au grand jour les conséquences plus que certaines des décisions prises dans l’opacité la plus totale, que ce soit vis à vis de la représentation nationale ou de chacune et chacun d’entre vous, sachant que les effets sur votre télévision ne pourront se faire véritablement sentir que dans un an.

L’audiovisuel public est au cœur de notre projet de société, au cœur de la souveraineté nationale face à la mondialisation. Il est au cœur du modèle européen que nous appelons de nos vœux, celui de la liberté d’expression et du pluralisme, au cœur du financement de la création dans sa diversité, donc au cœur de la préservation de la liberté de choix, en résumé au cœur de la démocratie.

Nous nous devons de le rendre plus fort et plus attractif pour l’ensemble des citoyens.

Le deuxième exemple que je souhaite étayer porte sur l’éducation au sensible. L’éducation artistique et culturelle est un sujet majeur dont le Président de la République a fait une priorité, toujours dans le triple objectif de réduction des fractures, d’émancipation et de cohésion. Or, rien n’avance de manière significative non plus dans ce domaine malgré les efforts déployés par le Ministre de l’Education. Jean-Michel Blanquer avait en effet souhaité me confier une mission sur l’éveil musical dès le plus jeune âge dès l’automne 2017, avec la conviction que pour que la réduction des fractures soit effective, il était nécessaire de s’appuyer sur les conclusions des recherches scientifiques récentes relatives à la relation entre cerveau et musique.

La lettre de mission gouvernementale qui devait officialiser ce travail est restée plusieurs mois sur le bureau du Premier Ministre jusqu’à ce que l’on m’informe que je n’obtiendrais pas sa signature car cela signifierait « récompenser une frondeuse ». Ma décision de finalement  m’abstenir sur la proposition de loi relative à la lutte contre la manipulation de l’information (« Fake news ») car je la considérais floue juridiquement et donc contre productive m’a, par la suite, définitivement rangée dans cette catégorie de « frondeuse » aux yeux de l’exécutif.

N’ayant définitivement pas une âme de « frondeuse », ne souhaitant pas me laisser condamnée à l’impuissance, ne pouvant accepter une mission, même si elle me tient profondément à cœur,  en échange de mon silence, comme il m’était implicitement demandé, je n’avais qu’un seul choix : partir.

Enfin, de manière plus générale, la possibilité de mettre le projecteur sur le vide abyssal en matière de politique culturelle qui n’est tout simplement plus acceptable, est l’un des moteurs de mes décisions.

De nombreux chantiers ont été ouverts, aucun n’a abouti, beaucoup sont au bord de l’implosion. Corporatismes et conservatismes sont pointés du doigt alors qu’il s’agit tout simplement d’amateurisme ou de cynisme de la part des personnes en charge du pilotage. Notre programme était suffisamment ouvert pour relever ce défi, il y avait tout l’espace pour inventer. Malheureusement c’est cette ouverture, ce « flou » assumé qui a provoqué ce vide abyssal en matière de culture.

C’est pour ces multiples raisons que je souhaite continuer à agir politiquement, sortir de l’impuissance, retrouver une marge d’action réelle et me rendre utile : émettre des propositions dans le domaine culturel et, en priorité, proposer une méthode. Je rejoins donc l’UDI présidé par Jean Christophe Lagarde où je prendrai en charge la réflexion sur les médias et la culture et qui me permettra de retrouver espace de travail, de concertation et de liberté.

Le message que je souhaite envoyer est très clair, c’est la marque de fabrique du Groupe UDI/AGIR : pas d’opposition systématique qui ne ferait que nourrir les radicalités, Il s’agit de loyauté envers les objectifs que nous nous sommes fixés lorsque je me suis présentée devant vous.

C’est aussi pour cela que je choisis de rejoindre La Manufacture, le laboratoires d’idées, de décryptage et d’expérimentation de Xavier Bertrand qui a choisi de redevenir un homme libre, sans attache partisane.

Aussi parce qu’il considère que l’anti-macronisme n’est pas une solution pour la France.

Enfin, mon choix s’appuie sur un constat majeur : depuis le début du quinquennat, LaREM a vidé de son sens sa promesse de construire avec d’autres sensibilités, alors qu’une majorité devenue omnipotente ne peut par nature, et de ce fait, représenter à elle seule le pluralisme. Il me paraît en effet indispensable d’ « élargir » afin de trouver des alliés qui ont confiance en la majorité à la fois pour relever les grands défis du futur, dont le défi européen, mais aussi pour résister en cas d’intempéries.

Il est hors de question pour moi que je vive à nouveau la construction d’une forme de parti unique, porteur cette fois-ci non pas d’une idéologie de droite ou d’une idéologie de gauche, mais d’une idéologie de la transformation où la technocratie et le cynisme prennent le pouvoir et qui ne peut que nourrir, lentement mais sûrement  les exaspérations.

Enfin, le facteur déclencheur de mon départ est notre promesse non-tenue en ce qui concerne l’exemplarité qui est, selon moi, le fondement de la confiance. Sans confiance, il n’y a pas d’ambition possible. Sans confiance, on ne peut ni construire, ni avancer, ni entraîner.

Alors bien sûr, chacun défend sa propre conception de l’exemplarité, très « élastique » en France. Mais tout est porteur de sens. Il ne s’agit pas seulement de légal ou d’illégal. Il s’agit de nos comportements. A mes yeux, si l’exemplarité n’est pas absolue, nous devons tout faire pour tendre vers des comportements qui reposent tout simplement sur des décisions de bon sens, dont chacun peut intimement comprendre les ressorts. Y compris parce que nous ne sommes pas infaillibles, exiger que cette exemplarité sous-tende toute action me paraît essentiel en politique. Nous nous devons de donner l’exemple, de montrer le chemin, quel qu’en soit le prix.

Etant arrivée à la conclusion que je ne pouvais ni empêcher ni dénoncer l’irrémédiable de l’intérieur, je n’avais pas d’autre solution que de me faire entendre de l’extérieur. Il était tout simplement inimaginable pour moi de laisser ainsi, sans réagir, la possibilité d’ouvrir un boulevard aux discours radicaux et simplificateurs qui se nourrissent de la crise de confiance entre gouvernants et gouvernés, de la précarité bien réelle, et des situations anxiogènes dans lesquels aucun avenir ne se dessine.

Certains me reprocheront peut-être la longueur de ce courrier, mais il était important pour moi que chacune et chacun d’entre vous puisse comprendre de manière intime et détaillée ce choix qui est le mien.

J’ai choisi d’être fidèle à mes convictions, d’être loyale aux objectifs ambitieux pour lesquels je me suis engagée auprès de vous.

J’en profite pour évoquer un passage du livre d’Emmanuel Macron dans son ouvrage « Révolution », reprenant un extrait de la lettre de guerre d’un compagnon de la Libération avant sa mort à la tête de sa division : «Nous ne pouvons utiliser notre intelligence à trouver des raisons d’accepter ». C’est ce que j’ai décidé de faire : ne pas accepter de trahir mon idéal.

Je continuerai, dans ce mandat qui est le mien, auprès de chacune et chacun d’entre vous, à porter cet idéal sans relâche et à rester à votre écoute.

Frédérique DUMAS

Députée de la 13ème circonscription des Hauts-de-Seine

Vice-présidente de la commission des Affaires culturelles et de l’Education


Lettre ouverte au Président de l'Assemblée nationale

Lettre ouverte de Jean-Christophe Lagarde
Paris, le 21 juillet 2018

Monsieur le Président de l’Assemblée nationale,

Depuis 72 heures, l’affaire Benalla représente l’un des plus graves scandales de la Vème République. Depuis 72 heures, l’Assemblée nationale est paralysée au moment où le pouvoir exécutif est en difficulté.

Par le combat dans l’hémicycle, les oppositions dont nous sommes, ont obtenu que soit créée une commission d’enquête parlementaire. C’était notre devoir pour exercer le pouvoir de contrôle que la Constitution nous confère. Par le même combat, nous avons obtenu samedi que la majorité finisse par accepter que les auditions et les débats de la commission soient publics et non pas secrets. C’est notre devoir pour garantir aux Français que toute la lumière, la transparence et la vérité leur sera faite sur les responsabilités et les conséquences qu’il faut en tirer.

Depuis samedi matin, notre Groupe UDI-Agir et Indépendants considère que l’Assemblée nationale aurait dû reprendre ses travaux pour réviser la Constitution et pour réellement renforcer les pouvoirs du Parlement. Car il est indéniable que cette crise puise sa source dans le déséquilibre des pouvoirs entre l’exécutif et le législatif.

Nous avons, de par notre Constitution, le Président le plus puissant de toutes les démocraties occidentales. Nous avons aussi, hélas, le Parlement le plus faible de tous les régimes comparables. Résultat, contrairement aux attentes des Français, nous sommes le pays qui s’est le moins réformé dans le monde occidental au cours de ces 40 dernières années.

Comme le disait Montesquieu, « C’est une expérience éternelle que tout homme (ou régime) qui a du pouvoir est porté à en abuser » (confère M. Benalla). « Il faut donc que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir ».

Tel n’est pas le cas dans la Vème République ! Le Parlement est censé équilibrer les pouvoirs et représenter la Nation mais…. Le Parlement est si faible qu’il ne peut convoquer un Ministre ! Le Parlement est si faible qu’il ne peut ouvrir autant de Commissions d’Enquêtes qu’il le souhaite ! Le Parlement est si faible qu’il ne peut proposer des lois comme il le  voudrait !

Bref, alors que dans cette crise les parlementaires devraient collectivement être pour les Français la garantie de l’équilibre des pouvoirs, l’Assemblée Nationale se réduit depuis plusieurs heures à n’être que commentatrice des évènements qui se déroulent à l’extérieur, comme le ferait le premier éditorialiste venu.

Cette situation est ridicule, affaiblissante et avilissante pour notre Assemblée Nationale qui n’est pas le lieu des commentaires, des polémiques et des débats stériles qu’on peut déplorer sur des plateaux de télés.

Monsieur le Président, il est de votre responsabilité que cela cesse ! Nous vous avons averti que cette situation n’était plus possible. Plutôt que nous donner la parole,vous avez préféré éviter tout débat samedi soir en suspendant la séance sans donner la parole à qui que ce soit !

Aussi, après avoir réuni téléphoniquement les députés de notre groupe, qui eux sont au contact de nos concitoyens et non pas enfermés dans un « bocal devenu stérile », nous avons décidé que :

  • résolus à faire toute la vérité sur l’affaire Benalla devant tous les Français, nous participerons sans complaisance aux travaux de la commission d’enquête dès lundi matin ;
  • déterminés à réformer la Constitution pour rééquilibrer les pouvoirs afin de garantir la liberté des Français, nous travaillerons sans relâche, dés que l’Assemblée nationale reprendra des travaux sérieux, pour améliorer notre Constitution ;
  • nous refusons désormais de participer à ce triste spectacle d’une Assemblée nationale, dont vous avez la responsabilité et qui tourne en rond, car nous sommes convaincus qu’elle est ridicule quand elle devient inefficace.

Cela signifie que nous demeurons prêts à travailler à disposition de nos concitoyens, disponibles à la manifestation de la vérité, responsables devant les Français qui nous regardent avec tristesse ou colère.

Mais désormais, si, comme le disait le Président Richard Ferrand, certains peuvent penser « avoir piscine », nous refusons de devenir un théâtre !