« Une seule liste proeuropéenne pourrait transformer le scrutin en référendum. »

INTERVIEW – L’UDI tiendra le 23 juin un conseil national sur l’Europe. Si le parti centriste décide de se présenter sous ses propres couleurs eux européennes de mai 2019, son président déclare qu’il « conduira la liste ».

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Dans une interview à l’Opinion, Jean-Christophe Lagarde assure que l’UDI veut défendre « un projet fédéraliste européen » lors de l’élection du 26 mai 2019. Le parti centriste partira-t-il sous ses propres couleurs ou participera-t-il à la grande liste proeuropéenne voulue par Emmanuel Macron ? Le député de Seine-Saint-Denis dévoile stratégie et calendrier.

L’UDI a-t-elle, sur l’Europe, une voix différente de celle d’Emmanuel Macron ? Oui. Même si nous avons clairement dit que nous approuvions ses discours de la Sorbonne et d’Athènes, cela n’épuise pas le sujet européen. Aujourd’hui, l’Europe est à la croisée des chemins. Soit elle se construit en vrai, soit elle se condamne à disparaître. C’est pour cela que nous voulons porter le projet fédéraliste européen. On reproche à l’Europe ses dysfonctionnements qui sont réels. On oublie que là où elle échoue, c’est parce qu’on ne lui a pas confié les clés ou qu’on l’a fait seulement à moitié. C’est pourquoi nous voulons défendre une profonde transformation de l’Union européenne.

Quelle serait-elle ? Elle doit continuer à permettre les échanges intérieurs mais il faut abandonner le culte ultralibéral qui pervertit l’Europe depuis la chute du Mur de Berlin. Elle doit cesser de mettre en concurrence nos salariés entre eux et permettre de retrouver notre souveraineté face aux Etats-Unis, la Chine, la Russie ou aux GAFA. Si nous continuons comme cela, nous nous condamnons à devenir leur colonie. L’Europe doit devenir une Europe puissance. Derrière la défense de nos intérêts économiques, il y a celle de notre mode de vie : notre idée de la place de l’homme dans la société, l’importance de la concurrence et de la solidarité, la capacité de conduire l’aménagement du territoire, la défense de l’environnement ou encore le développement de l’Afrique car les 2,5 milliards d’Africains qui se trouveront de l’autre côté de la Méditerranée dans vingt-cinq ans seront soit de formidables clients, soit un danger qui nous submergera… Il faut donc aller plus loin que ce dit Emmanuel Macron aujourd’hui. Celui-ci est dans une situation particulière. Même s’il est le Président le plus européen depuis Valéry Giscard d’Estaing, il a logiquement des limites liées aux contraintes du pouvoir. Sa stratégie européenne, à ce jour, a été mise en échec. Ce qui s’est passé en Italie, en Autriche, la déstabilisation d’Angela Merkel l’ont placé dans un certain isolement. Puisqu’il y a blocage au niveau des chefs d’Etats, c’est à travers les élections européennes que nous devons porter le projet d’une Europe qui soit une puissance protégeant nos modes de vies, nos valeurs.

Le discours semble bien rodé. Cela veut dire que l’UDI s’apprête à présenter une liste sous ses propres couleurs ? L’UDI considère que beaucoup ont pris le problème à l’envers. A un an de l’échéance, on parle de tactique. Qui doit se présenter avec qui ? Nous nous voulons d’abord parler du projet. C’est ce que nous ferons le 23 juin. J’ai dit lors du congrès de l’UDI en février dernier que nous étions prêts à le porter seul. Mais si d’autres sont d’accord avec notre ambition fédéraliste assumée, comme sur la façon de la porter au sein du Parlement européen, nous pourrons discuter avec eux. Il y a évidemment des gens auxquels nous sommes très clairement étrangers : Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen, Laurent Wauquiez. Il y en a d’autres avec qui nous pouvons regarder si nous partageons le projet, LREM fait partie de ceux-là. Le 23 juin, nous accueillerons d’ailleurs des personnalités extérieures à l’UDI pour débattre de nos visions. Cet automne, nos fédérations organiseront des débats dans tous les départements. Ceux qui critiquent l’Europe y seront aussi les bienvenus. La campagne électorale ne commencera qu’en janvier. Nous ferons à ce moment-là le choix de partir seuls ou avec d’autres partageant nos idées.

Emmanuel Macron défend, lui, l’idée d’une grande liste rassemblant tous les Européens. Vous pourriez donc ne pas en être ? Pour faire quoi ? Pour porter quel projet ? Avec qui demain ? Pour nous, c’est très clair : nous sommes membres de l’Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe (ADLE). Les députés européens UDI y siégeront. Aujourd’hui, il semble qu’après les élections européennes, le PPE n’aura pas la majorité. L’ADLE pourrait construire une alliance avec lui pour transformer l’Europe. D’ici là, cela n’empêche pas que d’autres forces politiques, comme La République en marche en France ou d’autres partis de centre gauche ailleurs en Europe, rejoignent ou élargissent l’ADLE. L’élargir oui, le dissoudre non et d’ailleurs dans quoi ? Le 28 juin, je serai à Bruxelles pour participer à la réunion des chefs de parti membres de l’ADLE (sept sont chefs de gouvernement) pour discuter de notre stratégie européenne globale. J’ajoute un point. S’il y avait une grande liste comme celle-là, ma crainte c’est que les extrémistes français cherchent à transformer les européennes en référendum sur la politique nationale d’Emmanuel Macron. On peut comprendre sa volonté de rassembler les pro-Europe mais prenons garde à ce que les européennes ne soient pas dévoyées par la politique nationale.

En cas de liste séparée, pourriez-vous être tête de liste ? L’UDI a les moyens de porter son propre projet et sa propre liste. C’est un parti désormais unifié, apaisé et libéré. Nous n’avons plus de problème financier. Oui, si nous y allons seuls, c’est moi qui conduirai la liste.

L’UDI se situe-t-elle aujourd’hui dans la majorité ? C’est un parti libre qui se trouve dans l’opposition car nous avons été élus contre les candidats d’Emmanuel Macron. En revanche, nous souhaitons la réussite de ce quinquennat car s’il échoue, nous en paierons tous les pots cassés. Il n’est pas question d’être à La République en marche, mais nous pourrions travailler avec eux. Nous refusons de tomber dans la critique systématique. J’exerce le droit d’inventaire chaque jour, sans attendre la fin du quinquennat. Je soutiens la politique éducative d’Emmanuel Macron, sa réforme de la SNCF ou du travail, sa politique européenne… En revanche, je regrette l’énorme erreur qu’il a commise sur les banlieues. En n’envoyant pas un signal d’égalité des chances aux quartiers populaires, il a fait sa première grande faute politique. La question est : Emmanuel Macron sera-t-il le premier Président capable d’élargir sa majorité en acceptant des différences ? C’est le défi qui est devant lui.


Quand l’Assemblée nationale se trompe, ce sont les Français qui en payent les pots cassés.

INTERVIEW – Jean-Christophe Lagarde, président de l’UDI et co-président du groupe UDI, Agir et Indépendants à l’Assemblée nationale a lancé un « rappel à la raison » sur franceinfo mardi 5 juin 2018. Les présidents des groupes à l’Assemblée dénoncent un rythme de travail trop intense.

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Jean-Christophe Lagarde, président de l’UDI et co-président du groupe UDI, Agir et Indépendants à l’Assemblée nationale lance un « rappel à la raison » sur franceinfo mardi 5 juin 2018, alors que les présidents des différents groupes à l’Assemblée dénoncent le rythme trop intense des trois dernières semaines. « Quand on siège une journée entière, c’est douze à treize heures par jour de 9h du matin à 1h du matin et ça fait 15 jours sans discontinuer, sans un jour de repos », a-t-il expliqué. Une situation « pas supportable » et ce « sont les Français qui en payent les pots cassés ».

franceinfo : La conférence des présidents, qui rassemble les présidents de groupe, s’est réunie et a décidé que l’Assemblée nationale ne siégerait pas un troisième week-end consécutif. Est-ce une forme de mutinerie ?

Jean-Christophe Lagarde : C’est une forme de rappel à la raison. Quand on siège une journée entière, c’est douze à treize heures par jour de 9h du matin à 1h du matin et ça fait 15 jours sans discontinuer, sans un jour de repos. Pour les parlementaires, pour leurs collaborateurs, pour les services de l’Assemblée nationale ce n’est plus supportable, acceptable, mais surtout on finit par mal travailler. Quand l’Assemblée nationale se trompe, ce sont les Français qui en payent les pots cassés.

Pensez-vous que ce rythme a porté préjudice à l’examen de certains textes ?

Evidemment que cela porte préjudice, parce qu’il y a plein de députés qui ne peuvent pas être là. En plein week-end, au mois de juin, il y a plein de manifestations, d’activités et les gens attendent qu’on soit à leur côté. Et puis la fatigue se fait ressentir. Les débats qui devraient être plus approfondis le sont moins. On discute en ce moment de sujets aussi pointus que l’urbanisme. Ce qu’on a le droit de construire ou pas, la façon dont on organise le logement social, le logement accessible aux personnes handicapées, donc il y a un moment où il était temps que le président [de l’Assemblée] de Rugy entende ce que tous les présidents de groupe ont dit. Nous ne parvenons plus à suivre un rythme qui n’est pas raisonnable. Entre janvier et mars, il n’y a pratiquement rien eu à l’Assemblée nationale et en trois semaines, on veut que nous votions un projet de loi sur l’alimentation, en ce moment sur le logement social d’urbanisme et l’accès au haut débit et à la téléphonie mobile pour tout le monde, et la semaine prochaine, la formation professionnelle pour résoudre ou progresser face au chômage, c’est déraisonnable en trois semaines.

Le gouvernement a-t-il été trop ambitieux ou cette cadence a-t-elle été voulue sciemment ?

Le gouvernement a été mal organisé. Il y a eu une période où on sous-employait le parlement et là on arrive à une surchauffe, ce qui fait que cela ne peut pas fonctionner. Il y a un moment donné, quand vous n’y arrivez plus, vous n’y arrivez plus. Quand nous aurons terminé la formation professionnelle, nous attaquerons pour 15 jours la réforme de la Constitution. Il faut qu’on puisse légiférer dans de bonnes conditions. Et si le gouvernement avait donné une semaine de plus pour étudier l’ensemble de ces textes, cela aurait permis de travailler dans de bonnes conditions.

Mettez-vous en cause Christophe Castaner, le secrétaire d’Etat en charge des relations avec le Parlement, certains lui reprochent de ne pas être assez présent ?

Ce n’est pas le problème. Les projets de loi ce n’est pas lui qui les travaille. Lui, c’est le gendarme au carrefour de l’encombrement. Il y a eu un problème d’arbitrage, de préparation, de travail, de la part du gouvernement. Je souhaite que pour cet automne on soit capable de travailler dans les meilleures conditions. Une bonne loi pour les Français, ce sont de bonnes solutions. Une loi faite n’importe comment et dans la précipitation, ce sont des sujets qu’on oublie, des sujets sur lesquels on se trompe et on attend trois-quatre ans pour réparer les dégâts.


"Les maires pensaient qu'Edouard Philippe aurait plus de marges de manoeuvre pour défendre les territoires."

Interview de Philippe Laurent, Maire UDI de Sceaux et Secrétaire général de l’AMF
dans Atlantico

Atlantico : Les associations d’élus, toutes tendances confondues, sont en conflit ouvert avec le gouvernement depuis le début du quinquennat. En tant que représentant des maires, quel bilan faites-vous de la politique menée en direction des territoires après cette première année ?

Philippe Laurent : Emmanuel Macron ne connaît pas les territoires. Peut-être est-ce lié au fait qu’il n’ait jamais eu de responsabilités locales… Cela se vérifie à travers son récent entretien dans la Nouvelle Revue Française : Emmanuel Macron se perçoit comme chef de l’Etat, une instrument de pouvoir qui prend des décisions de gestion et édicte de normes, et comme l’incarnation de la Nation, notamment en terme de représentation. Mais la dimension même de président de la République est moins assurée. Culturellement, la République est partout, dans tous les territoires, dans toutes les mairies.

Elle vit dans chacun des Français, leur impose des devoirs et leur donne droit à une part du bonheur collectif. Ce rôle implique de prêter attention à tous les habitants et à tous les territoires du pays. Les présidents de la République précédents l’avaient davantage en tête. Les élus locaux ont le sentiment qu’Emmanuel Macron manque d’empathie dans ce domaine, qu’il est parfois déconnecté de la réalité des territoires et de la vie quotidienne des leurs habitants.

Nous étions pourtant optimistes au début du quinquennat lorsqu’Edouard Philippe a été nommé Premier ministre. C’est quelqu’un qui a une bonne connaissance des territoires ayant été maire lui-même. Il a exprimé des prises de position et des intentions plutôt encourageantes. Mais peu à peu, nous avons constaté avec dépit que l’administration de Bercy décidait que tout ce qui se passait sur les territoires ne devait relever que des finances publiques, et faisait prévaloir une vision comptable de l’action territoriale. Il y a pourtant dans le gouvernement des gens qui connaissent très bien les territoires, leurs besoins, leurs difficultés, mais aussi leurs atouts et leur capacité à contribuer à la réussie du pays. Et il semble qu’ils ont parfois du mal à faire entendre leurs voix. Nous pensions qu’Edouard Philippe aurait dans ce domaine plus de marges de manœuvre.

Emmanuel Macron est critiqué pour ne s’intéresser qu’aux métropoles et négliger les territoires en difficulté. Vous avez vous-même déclaré : « un pays, ce n’est pas une start-up » et « les collectivités locales ne sont pas des filiales de l’Etat ». Peut-on parler d’une re centralisation autoritaire ?

 

Oui, j’ai dit cela, c’est vrai, et je pense que c’est une phrase qu’il faut garder en tête. Emmanuel Macron prend souvent cette image du « premier de cordée ». C’est très bien de s’intéresser aux leaders, à ceux qui innovent. Mais il faut garder à l’esprit que beaucoup de nos concitoyens essayent simplement de survivre. Nous aussi, dans nos communes, nous nous occupons des leaders ! Seulement, quand quelqu’un a des difficultés de logement ou d’emploi, nous l’écoutons, nous essayons de l’aider. L’habitant doit être pris en compte en tant que personne, aucun ne doit pas être laissé de côté bet chacun doit se voir donner des chances de s’en sortir. Quand vous êtes dans une start-up, vous embauchez les gens qui vous intéressent, qui sont « performants », qui peuvent la faire avancer. Un pays ne fonctionne pas comme ça : c’est un ensemble de personnes très différentes, qu’il faut rassembler et rendre solidaires.

Ensuite, je ne dirai pas qu’il s’agit forcement d’une re-centralisation en tant que telle, c’est-à-dire d’une volonté politique affirmée et assumée de tout décider d’en haut. Je pense plutôt que les outils et les méthodes qui ont été mis en place par le système macroniste aboutissent de fait à un étouffement de la capacité d’action des collectivités et des élus, à un encadrement de plus en plus étroit de leur autonomie de décision. Aujourd’hui, toutes les démarches sont basées sur les questions budgétaires à court terme. Ces questions sont naturellement importantes, mais ne doivent pas étouffer la vision d’avenir. C’est notamment vrai pour les grands investissements structurants.

Quelles sont concrètement les conséquences de la suppression de la taxe d’habitation pour les communes et pour la population ?

Il est probable qu’à partir de 2021, il n’y ait plus de taxe d’habitation. Pour personne. Au total, il s’agit d’une recette pour l’ensemble des communes et intercommunalités de 22 milliards. Sur ces 22 milliards, 4 sont déjà payés par l’Etat au titre d’anciennes exonérations. Sur les 18 qui restent, qui sont donc payés par les contribuables eux-mêmes, 3 milliards sont déjà financés par la loi de finances pour 2018. Il reste donc environ 15 milliards d’euros à trouver d’ici 2021. Et il faut garder à l’esprit que c’est un montant annuel ! Il faut donc trouver cette somme tous les ans de manière répétitive. C’est conséquent ! Et c’est une perte sèche de ressources pour le secteur public.

Alors comment faire ? Le gouvernement dit qu’il n’y aura pas de nouvel impôt. Soit. Il s’agit donc d’augmentation d’impôts déjà existant ? Gérald Darmanin l’écarte et précise que la croissance compensera. Je doute que cela suffise. Bien avant que l’impôt ne disparaisse, il faut trouver un nouveau schéma fiscal. Et le temps presse.

Nous l’avions dit, nous étions opposés à la suppression de la taxe d’habitation. Car nous pensons qu’il est essentiel que le plus de citoyens possible contribuent aux dépenses publiques locales. Cela permet de préserver le sentiment d’appartenance à la République et à une communauté locale et renforce le sentiment de responsabilité, à la fois des élus – qui votent l’impôt –, et des citoyens – qui le paient -, et qui est pourtant, à juste titre, l’un des marqueurs du macronisme.

Lors de son discours d’investiture en juillet dernier, Edouard Philippe avait précisé que la suppression de la taxe d’habitation commencerait à être progressivement appliquée à partir de 2019. Il avait en effet dans l’idée de discuter en 2018 des modalités de remplacement. Quelques jours après, Emmanuel Macron a décid au contaire que la suppression commencerait dès 2018 afin de tenir sa promesse de campagne. Nous pensons que c’était une erreur, et qu’il aurait fallu se donner une année pour sécuriser, auprès des collectivités territoriales, la ressource de substitution, dont je rappelle que nous demandons instamment qu’elle soit basée sur l’impôt, sous la responsabilité des élus, et non sur la dotation, aisément manipulable par le pouvoir central, comme on l’a toujours vu par le passé.

Le Plan Borloo propose de nombreuses mesures pour lutter contre « l’apartheid social » dans les zones en grande difficulté. Pour être appliquées, ces mesures ont besoin de moyens et d’une réelle volonté politique. Le gouvernement est-il prêt à s’y employer ?

Le plan Borloo est incontestablement de grande qualité parce qu’il prend en compte toutes les dimensions de la question. Il y a naturellement un problème de moyens budgétaires de l’Etat et des collectivités territoriales. Mais je pense que c’est aussi un problème d’organisation, de management et de volonté politique. Il y a parfois des décisions indispensables et nécessaires à prendre. Prenons l’exemple du Grand Paris Express. Si on ne le fait pas, je ne vois pas comment nous redonnerons une nouvelle attractivité à la métropole de Paris. L’irrigation du territoire est absolument nécessaire. Même si cela coûte plus cher que prévu, c’est un investissement absolument nécessaire si l’on veut avoir une métropole équilibrée dans ses territoires, performante et attractive. Pour le plan Borloo, c’est la même chose. Si l’on ne prend pas rapidement des décisions concrètes et massives, nous risquons de nous retrouver avec un pays éclaté, donnant au monde l’image de son incapacité à s’unir et qui ne pourra plus revendiquer une parole forte et un rôle de leader majeur dans le monde. Il faut être ambitieux dans sa capacité à investir, y compris dans l’éducation et la formation, d’autant plus qu’il y aura à terme d’importants retours y compris budgétaires (nouvelles rentrées fiscales, moindres dépenses d’assistance) si l’on fait ce qu’il faut.

Je pense qu’il y a en permanence, au sommet de l’Etat, une tension entre une contrainte budgétaire à court terme qui est portée par Bercy, et une vraie stratégie d’avenir à long teme. Aujourd’hui, le fléau de la balance penche dangereusement vers la première. Il revient au chef de l’Etat d’inverser la tendance. C’est bien beau de vouloir écrire un nouveau « roman national », mais si les habitants n’ont plus d’espoir là où ils résident, si les territoires subissent une relégation permanente, ce roman ne restera qu’un roman, hors de toute réalité et inutile au progrès social et au bonheur collectif et individuel.