Frédérique Dumas, députée (ex-LREM) des Hauts-de-Seine, rejoint l'UDI

INTERVIEW – Frédérique Dumas, députée des Hauts-de-Seine, explique pourquoi elle quitte En Marche pour rejoindre l’UDI. 

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"Nous proposons la mise en place d'une Ministère Européen des migrations et d'un corps de garde-frontières européen."

INTERVIEW – Au lendemain de l’Université d’été de l’UDI, Jean-Christophe Lagarde dessine les perspectives des mois à venir et formule une liste de propositions. 

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Le Point : Les populistes ont le vent en poupe en Europe. À neuf mois des européennes, quelle réponse un parti centriste comme l’UDI, affilié aux libéraux européens de l’ALDE, peut-il apporter pour se faire entendre des électeurs ?

Jean-Christophe Lagarde : La montée des populistes n’est pas propre à l’Europe, c’est un phénomène mondial qui se nourrit du rejet par les personnes les plus fragiles d’une mondialisation sans règles.

Mais, en France, le phénomène du populisme est particulier puisqu’il consiste à incriminer l’Europe de problèmes qui sont proprement franco-français. Je vais en donner la liste : le chômage de masse dont nous souffrons depuis si longtemps ne frappe pas toute l’Europe ; le coût du logement si élevé concerne les grandes villes françaises, et non l’Europe ; l’insécurité au quotidien n’est pas partagée par tous les pays d’Europe ; le problème du pouvoir d’achat est aussi un problème hexagonal qui ne concerne pas tous nos voisins européens. Autrement dit, les autres pays ont mieux géré leurs affaires tandis que nos gouvernants successifs, les socialistes comme la droite, n’ont pas réussi à résoudre les problèmes qui nous enlisent depuis quarante ans !

À propos des migrants, leurs discours de fermeture, celui d’Orbán, de Salvini, de Kurz, rencontrent néanmoins un écho incontestable dans l’opinion…

Même sur l’immigration, la grande escroquerie des populistes consiste à clamer que « c’est la faute à l’Europe » alors que le phénomène migratoire ne date pas d’aujourd’hui. Qui a régularisé 600 000 clandestins dans les années 1980 ? François Mitterrand. Et à l’époque, les frontières nationales étaient encore bien en place, mais ils étaient entrés… En 1989, je soutenais la liste Simone Veil qui proposait déjà la création d’un corps de gardes- frontières européen pour protéger ensemble nos frontières. Or, précisément, les pseudo-patriotes n’en ont pas voulu, et depuis on a laissé la Grèce et l’Italie se débrouiller seules face à la vague migratoire de 2015. « Ils n’ont qu’à se débrouiller ! » entendait-on. Par égoïsme national, nous avons réussi à déstabiliser le gouvernement italien. Et en plus, sans la moindre efficacité, car, bien évidemment, les migrants ne sont pas restés en Italie. Ils passent la frontière et vous les retrouvez dans tous les pays d’Europe.

Le gouvernement italien se prévaut aujourd’hui d’avoir stoppé l’immigration et Matteo Salvini se pavane en s’attribuant un mérite qu’il n’a pas. Tout cela repose sur un mensonge. Si les entrées par la mer ont été réduites drastiquement en Méditerranée, c’est grâce au gouvernement précédent qui a fait le travail avec l’aide de l’Europe. Mais l’essentiel reste à faire.

Justement, que proposez-vous ?

Plutôt que subir l’immigration comme nous le faisons depuis trente ans, il faut la gérer, la programmer. L’UDI que je préside propose que nous nous inspirions du Canada qui planifie ses besoins de main-d’œuvre étrangère chaque année avec des quotas votés par les parlements nationaux. Tous les pays d’Europe n’en ont pas forcément besoin à l’instant présent. On ne fait pas venir des gens dont on n’a pas besoin et que l’on reçoit dans de mauvaises conditions.

Pour des raisons démographiques, la France ou l’Espagne n’ont pas besoin de cette main-d’œuvre, mais d’autres pays à la démographie déclinante, comme l’Allemagne, et à terme de nombreux pays de l’Est ont des besoins de main-d’œuvre que le marché intérieur ne suffit pas à combler.

Donc, nous proposons la création d’un ministère européen des migrations qui organiserait dans les pays d’origine une filière d’émigration légale en fonction des besoins librement évalués par chaque État membre. Naturellement, si une personne extracommunautaire est admise à travailler dans un pays européen, cela ne lui donne pas le droit de s’installer dans un autre État membre.

Dès lors que nous créons une filière légale et régulée, alors, toute personne qui viendra clandestinement doit savoir qu’elle sera rejetée. Bref, l’immigration, il faut la gérer, pas la subir.

Bien sûr, ici, je ne parle pas des réfugiés politiques qui sont persécutés en raison de leur combat pour la liberté. S’agissant d’eux, c’est notre devoir de les accueillir, et notre histoire a montré que les réfugiés politiques ont contribué au rayonnement intellectuel et artistique de l’Europe. Les populistes mélangent allégrement migrants économiques et réfugiés politiques pour attiser les peurs et les haines.

Toutefois, il y aura toujours des gens qui essaieront de franchir les frontières illégalement…

C’est le deuxième aspect de nos propositions pour l’Europe. La lutte contre l’immigration clandestine sera d’autant plus efficace que nous nous doterons d’un corps de gardes-frontières européen efficace. Pendant très longtemps, les États européens n’en voulaient pas et c’est presque honteusement qu’ils se sont finalement décidés à créer Frontex avec un budget ridicule de 150 millions d’euros. Même pas de quoi protéger les frontières d’un pays comme la France… Ce n’est que sous la pression des événements que le budget de Frontex a été relevé à 750 millions d’euros. Mais ce n’est pas encore suffisant et on n’a pas mis les moyens nécessaires à une réelle protection des frontières européennes. Résultat : on s’en est remis à l’Italie et à la Grèce qui ont très vite été débordées au moment des crises libyenne et irako-syrienne. La vraie souveraineté, c’est la force et la puissance de l’Europe qui peuvent nous la garantir.

Il est d’autant plus urgent d’agir que l’émigration est un phénomène mondial qui ne touche pas que l’Europe. Les bouleversements climatiques vont obliger des populations à se déplacer. Les moyens de transport sont bien plus importants aujourd’hui qu’il y a cinquante ans. Les moyens d’information permettent à n’importe qui, au fond de sa « brousse », de savoir que l’herbe est plus verte ailleurs… C’est vrai partout : entre le Mexique et les États-Unis, au Venezuela, où les gens fuient une situation catastrophique, et c’est aussi vrai en Asie. Or, nous, les Européens, nous sommes les seuls voisins de l’Afrique dont la population va exploser pour atteindre 2,5 milliards d’individus.

S’ils crèvent de faim chez eux, ils viendront en Europe. Nous avons donc tout intérêt à soutenir le plan Borloo d’électrification de l’Afrique faute de quoi aucun développement ne sera possible. Si nous n’aidons pas les Africains, ce sont cette fois des dizaines ou des centaines de millions de gens qui prendront la route de l’Europe. C’est notre intérêt, même égoïste, d’aider l’Afrique ! Nous avons le choix avec les Africains : ou bien nous aurons des migrants ou bien nous aurons des clients.

Florian Philippot, qui était ici interviewé, propose de sortir de l’Union européenne, car, selon lui, c’est la seule manière de mettre en place un « moratoire » sur le regroupement familial qui est la principale source d’immigration légale. Partagez-vous cette proposition ?

Ce que dit Philippot sur ce point, je l’entends. Du reste, j’ai moi-même proposé un moratoire sur le regroupement familial au pic de la crise irako-syrienne. Je suis pour une révision des critères du regroupement familial de manière à restreindre celui-ci aux enfants et aux parents. Cela ne peut pas concerner les grands-parents ou les autres. Et je souhaite également que des tests génétiques attestent du lien filial. À Drancy, en tant que maire, j’ai pu constater des abus, comme cet homme qui prétendait faire venir quatorze enfants alors qu’il n’était pas retourné au pays depuis des lustres. Ce n’est pas la règle générale, mais cela existe.

Le même Philippot plaide que, si la France n’était pas contrainte par l’Union européenne, elle aurait pu interdire le glyphosate immédiatement, et pas dans trois ans comme le propose Macron ou cinq ans comme le propose l’Union européenne… Que lui répondez-vous ?

Voilà encore un bon exemple d’argument populiste. Il n’y a pas encore de substitut au glyphosate. Sans glyphosate, les agriculteurs ne peuvent pas maintenir leurs rendements. Leurs revenus plongeraient et l’on ne pourrait que déplorer toujours plus de suicides, déjà nombreux dans cette profession en difficulté. Que M. Philippot aille donc expliquer aux agriculteurs qu’on va interdire le glyphosate sans substitut…

Mais, moi, j’y vois un autre manque d’Europe. Bien sûr qu’il faut interdire le glyphosate, mais il faut surtout mettre tous les chercheurs européens en réseau pour trouver au plus vite un substitut au glyphosate. C’est donc d’une Europe de la recherche encore plus imbriquée que nous avons besoin pour répondre à ce genre de défis scientifiques, car il est bien connu que plus de cerveaux mis en réseau découvrent plus vite les solutions d’avenir. La solution, une fois de plus, n’est pas dans le repli national.

Le Frexit est une aberration et l’exemple du Brexit devrait faire réfléchir ses partisans.

Florian Philippot souligne que les salaires au Royaume-Uni remontent du fait d’une main-d’œuvre européenne en repli…

Les salaires remontent, comme l’inflation et le chômage. L’activité baisse au Royaume-Uni et de nombreuses entreprises s’apprêtent à quitter ce pays. C’est vraiment cela que M. Philippot veut pour notre pays ? Des délocalisations d’entreprise ? Enfin, un peu de cohérence… Les Britanniques se retrouvent dans une position de faiblesse comme jamais au point que Theresa May a été insultée par Donald Trump lors de sa visite en Grande-Bretagne et n’a pas osé lui répliquer tellement elle dépend désormais du caprice des Américains, car elle est seule.

Pendant ce temps, l’Union européenne a pu répliquer aux attaques commerciales de Trump sur l’acier et l’aluminium, et le contraindre à revenir à la table des négociations.

Le vrai patriotisme, c’est quand la France peut conserver sa souveraineté grâce au levier d’une Europe forte capable de tenir la dragée haute aux Américains, aux Chinois ou aux menaces de Poutine. Quand Theresa May va discuter face au géant chinois, je peux vous assurer qu’ils rigolent…

Philippot croit au « génie français »… Il pense que la France est plus forte seule…

Moi aussi je crois au génie français quand il se sert du levier européen pour garantir sa souveraineté.

Vous partagez avec le président Macron bien des vues sur l’approfondissement de l’Europe. Avez-vous l’intention de mener cette campagne ensemble sur des listes communes ? Avez-vous noué des contacts avec La République en marche ?

Je reconnais au président Macron le fait de faire des propositions pour l’Europe. C’est même le seul dirigeant européen qui en fasse. Mais nous ne partageons pas tous ses points de vue. Et surtout, je refuse de faire des élections européennes un enjeu de politique nationale. Quand Mélenchon dit que les européennes seront un référendum anti-Macron, je préviens les électeurs : si vous suivez ce mot d’ordre, vous serez les cocus de l’histoire. L’enjeu est d’élire 79 députés français au Parlement de Strasbourg qui défendront, une fois élus, les intérêts de notre pays dans la construction de notre avenir européen. Ceux qui dans l’enceinte du Parlement crieront « à bas, Macron ! » seront totalement inutiles, car personne ne les écoutera. Ce n’est pas le sujet.

Bien sûr, l’Europe ne doit pas s’occuper de tout, mais il est des secteurs indispensables où il faut la renforcer : elle doit se doter d’une stratégie industrielle, d’une stratégie commerciale, d’une politique énergétique qui la rende moins dépendante du gaz russe, d’une politique migratoire, d’une politique de défense… Et j’ajoute qu’il est urgent qu’elle se dote d’un vrai parquet qui s’occupe de traquer les terroristes et la grande criminalité. L’ersatz de « parquet européen » que l’UE met en place est très insuffisant puisqu’il n’est destiné qu’à traquer la fraude aux fonds européens et à la TVA. C’est bien, mais l’essentiel est de traquer les terroristes et le grand banditisme qui se servent de nos frontières pour se cacher.

Mais ferez-vous liste commune avec l’actuelle majorité macroniste ?

Nous avons défini notre programme européen, nous définirons notre stratégie électorale en début d’année prochaine. Mais à l’heure actuelle, à titre personnel, je ne vois pas pourquoi nous ferions liste commune, car nous n’avons pas les mêmes propositions, ne serait-ce que sur la gestion de l’immigration, comme je l’ai développé dans cet entretien.

Peut-on continuer à construire l’Europe avec le bloc des pays de Visegrad, la Hongrie, la Pologne, la Slovaquie et la République tchèque ?

Il faut leur dire clairement et l’Europe a commencé à le faire : ils ne pourront pas longtemps toucher les dividendes de l’Europe et, en même temps, refuser les règles communes. C’est le même sujet que le Brexit : on ne peut pas être dehors et jouir des privilèges du club. Il faut choisir. Et s’ils ne veulent pas des règles européennes, alors qu’ils partent !

Nous approchons de la fin de la négociation du Brexit. L’hypothèse du « no-deal » est-elle, selon vous, la pire ?

Le pire des scénarios n’est pas l’absence d’accord. Le pire serait que les Britanniques obtiennent un accord qui leur permette d’avoir un pied dedans un pied dehors. Ils ont décidé de sortir, alors qu’ils sortent franchement. Macron n’a pas le droit d’accepter un accord où le Royaume-Uni aurait le beurre et l’argent du beurre.

Ce serait pour moi une cause de rupture absolue et une faute impardonnable de sa part. Il faudra une rupture nette. Sinon, chaque État membre entamerait aussitôt un chantage à la sortie de l’UE pour obtenir le même statut.

Néanmoins, il faut sauver deux choses dans l’accord final avec le Royaume-Uni. D’abord, Erasmus. Les jeunes Britanniques qui ont voté contre le Brexit ne doivent pas être pénalisés tout comme les jeunes Européens qui souhaitent continuer d’étudier au Royaume-Uni. Et deuxièmement, nous devons conserver l’étroite coopération militaire avec le Royaume-Uni, car, en Europe, avec la France, c’est la seule véritable armée.


"Emmanuel Macron n'a plus de dynamique."

INTERVIEW – Jean-Christophe Lagarde analyse la nouvelle donne politique de la rentrée. 

Lire l'interview sur L'Express

L’EXPRESS. Quelques semaines après l’affaire Benalla, votre regard sur Emmanuel Macron a-t-il changé ?

Jean-Christophe Lagarde. Non, car l’affaire Benalla n’est pas symptomatique de la macronie, mais de la Ve République. Depuis 1958, nous sommes malheureusement la seule « démocratie » [les guillemets sont de Jean-Christophe Lagarde] qui considère que quelqu’un qui travaille auprès du chef de l’Etat peut tout se permettre. Ce qui explique que rien n’a arrêté Alexandre Benalla, c’est que toute la haute administration a considéré qu’il était au-dessus des lois puisqu’il travaillait à l’Elysée. La promesse du « nouveau monde » d’Emmanuel Macron est morte avec l’affaire Benalla.

Emmanuel Macron est-il politiquement affaibli ?

La majorité a passé un été très difficile, dont on retient deux événements : l’affaire Benalla et l’arrêt de la réforme constitutionnelle. Emmanuel Macron bénéficiait de l’élan de l’élection présidentielle. C’est fini, il n’a plus de dynamique. Sa priorité doit être d’en retrouver une ! Dès lors, deux questions se posent à lui : comment rendre à nouveau crédible sa promesse de gouverner autrement ? Le gouvernement reprend-il le chemin des réformes ? Les deux questions sont liées puisqu’Emmanuel Macron n’aura pas les moyens d’engager ses réformes sans retrouver la crédibilité d’un pouvoir différent, plus transparent et démocratique.

Quels actes attendez-vous précisément ?

Emmanuel Macron avait commencé à s’attaquer à l’organisation des pouvoirs. Mais marginalement. Réformer le Conseil supérieur de la magistrature, mettre fin à la présence des anciens présidents de la République au sein du Conseil constitutionnel, supprimer la Cour de justice de la République, c’est bien. Mais tout cela n’est en rien majeur. La réforme constitutionnelle de Macron était très en-deçà de celle de Nicolas Sarkozy, en 2008, qui avait créé des droits pour l’opposition, le Parlement et les citoyens. Il faut aller plus loin dans la démocratisation des institutions en renforçant les pouvoirs de contrôle et d’enquête du Parlement.

Allons-nous rester le seul pays occidental où le Parlement, et tout particulièrement l’opposition, n’ont pas le droit d’enquêter autant qu’ils le veulent sur tous les sujets, y compris lorsqu’une enquête judiciaire est en cours ? Aux Etats-Unis, des gens aussi puissants que le patron de Facebook, Mark Zuckerberg, viennent devant la commission d’enquête du Congrès en tremblant. Moi, je veux bien croire qu’Emmanuel Macron a été abusé par un collaborateur, mais la meilleure démonstration de sa bonne foi, c’est de faire en sorte que ça ne puisse pas se reproduire. Il ne s’agit pas de réorganiser les services de l’Elysée, mais d’assurer la transparence et le contrôle du pouvoir exécutif. Le président Macron prend-il la mesure de cela ? Si oui, sa promesse de gouverner différemment redevient crédible. Si non, cet aveuglement paralysera la dynamique de ses réformes, qui ont besoin d’un cap et d’un agenda.

Quel serait ce cap ?

Le président Macron explique aux Français la nécessité de miser sur les premiers de cordée ; tout le monde peut partager ça. On a en effet besoin que quelqu’un tire la cordée. Mais attention, pour escalader la montagne, on ne peut pas laisser le dernier de cordée en tongs et en short, sinon il va crever de froid. Et, avant même de monter, il le sait et se révolte. Emmanuel Macron doit montrer que sa politique s’adresse à tous les Français, y compris à ceux qui sont en short et en tongs.

Ce qui me frappe avec le recul estival, c’est que la politique d’Emmanuel Macron sert le plus ceux qui sont déjà les gagnants de la mondialisation et ceux, souvent les mêmes, qui vivent dans les centres des grandes métropoles françaises. Ceux qui ont raté leur formation initiale, ceux qui vivent dans les banlieues ou dans le monde rural sont-ils pris en compte dans le projet d’Emmanuel Macron ? A sa place, mon obsession serait de faire en sorte que la locomotive accélère sans qu’aucun wagon ne décroche.

Par exemple, à l’UDI, nous proposons depuis plus d’un an une grande agence nationale de la cohésion des territoires. Comme au temps de la planification, il faut montrer qu’il y a une politique déterminée pour que tout le monde ait accès aux transports, à la téléphonie mobile, à l’Internet à haut débit, à des formations d’excellence, à un réseau médical …

Emmanuel Macron a-t-il conscience des faiblesses de sa politique telle qu’elle est perçue par les Français ?

Je pense qu’il en a conscience, mais qu’il ne s’est pas donné les moyens de les dépasser. Une première année de mandat est difficile. C’est en même temps l’apprentissage du pouvoir, la formation d’une équipe, l’arrivée d’une majorité dont on a vu, à l’occasion de l’affaire Benalla, les fragilités en termes de ressources politiques…

Vous êtes très critique. Finie la bienveillance vis-à-vis du président ?

Rien n’a changé. Nous restons à la fois totalement libres de montrer les manques, mais bienveillants. Si Emmanuel Macron se plante, c’est toute la France qui souffrira et nous subirons des aventures politiques extrêmes, dont les plus fragiles souffriront les premiers. Donc je continue à souhaiter sa réussite, mais je suis libre de dire : « Attention, là, vous oubliez des choses. » Le président Macron a fait un nombre de réformes tout à fait remarquables que les trente dernières années de la vie politique française n’avaient pas permis de réaliser, comme la réforme du Code du travail ou de la SNCF. Mais il faut qu’il démontre que son pouvoir est vraiment différent de celui des autres et qu’il est au service de tout le monde.

Comment cela se traduira-t-il lors des prochaines échéances électorales ? Allez-vous faire liste commune avec LREM aux européennes ?

Il est trop tôt pour se poser la question d’une alliance. Nous trancherons en décembre ou janvier. Rassembler ceux qui refusent la destruction de l’Europe est-il le meilleur service à rendre à la cause européenne ? Si l’on partage un même projet, peut-être. Sinon, ça ne marche pas. Aujourd’hui, je vois plutôt le pouvoir comme trop enclin à accepter des règles d’échanges économiques et commerciaux qui ne sont pas justes. Pour l’UDI, l’Europe doit servir une « démondialisation », c’est-à-dire, non pas la fin des échanges, mais la mise en place de relations équitables à l’intérieur de l’UE comme à l’extérieur.

Nous devons réformer l’Europe de l’intérieur : actuellement, elle organise une compétition déloyale entre ses membres alors qu’elle n’a pas été faite pour cela. Ensuite, il faut fédérer l’Europe face aux grandes puissances mondiales pour reconquérir notre indépendance sur un certain nombre de sujets, comme la souveraineté industrielle ou technologique, mais aussi pour le contrôle des frontières et de l’immigration, la création d’un parquet et d’une police fédérale qui combattent le terrorisme et la grande délinquance internationale… Il faut tourner la page des années Barroso [président de la Commission européenne de 2004 à 2014] qui ont été celles du culte de l’ultra-libéralisme.


La ruralité s’est appauvrie, de la même façon et parallèlement à la banlieue.

INTERVIEW – Jean-Christophe Lagarde, était l’invité du Grand entretien de Frédéric Métézeau. Il a défendu ses positions sur la cohésion des territoires et plaidé pour un septennat unique.

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