Je dis au Président de la République : "Vous devez être celui qui aiguille les français, pas seulement celui qui les engueule"

INTERVIEW – Jean-Christophe Lagarde répond aux questions d’Atlantico

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Atlantico : Qu’est-ce qui fait que votre mouvement prend nettement ses distances avec LR aujourd’hui ? Votre positionnement dans l’échiquier politique n’est-il pas particulièrement inédit ?

Jean-Christophe Lagarde : Pendant des décennies, le centre et la droite ont traditionnellement eu une alliance pour deux raisons fondamentales. La première c’est le mode de scrutin de la Ve République depuis 1958 qui contraint aux alliances. Le centre avec la droite et les communistes avec les socialistes et les radicaux de gauche. Le mode de scrutin poussait à cela. Et la deuxième raison, c’est qu’à partir du programme commun de François Mitterrand entre les socialistes et les communistes, il y eut une proximité d’idée bien plus grande entre le centre et la droite qu’avec ceux qui pactisaient avec les communistes – aujourd’hui en version remasterisée, Mélenchon. Mais aujourd’hui la vision radicalisée de la droite s’éloigne de nous. Et contrairement à ce que tout le monde pense, la politique ce n’est pas « passe-moi le sel, j’te refile le poivre! » On se bat pour des idées, et quand ces idées ne sont plus communes, il ne peut y avoir de combat commun. Je reconnais volontiers qu’il ne s’agit pas du cas de tout les membres de LR. Mais c’est hélas le cas d’une majorité de cadres et de militants LR dont la dérive droitière ne date pas d’hier et risque même de s’accélérer. C’est vers cela que va la droite française, cela n’a plus rien à voir avec la droite de De Gaulle. Elle sombre progressivement dans une entre soi radicalisé qui se rapproche dangereusement de l’extrême droite et qui fait heureusement peur aux Français de la droite modérée et du centre – heureusement parce que c’est un réflexe sain.

Qu’est-ce qui vous éloigne aujourd’hui d’Emmanuel Macron ?

Puis-je vous rappeler que de tous les responsables politiques du centre et de la droite, j’ai été le seul à aller rencontrer et à discuter avec Emmanuel Macron en septembre 2016 quand il a quitté le gouvernement socialiste. J’ai eu à ce moment-là des discussions avec lui qui montraient clairement des convergences mais aussi des divergences. Ces convergences et divergences existent et je n’ai aucune envie de cacher les convergences pas plus que je n’ai envie de taire les divergences.

D’ailleurs, ces divergences concernent principalement la conception d’envisager le pouvoir. Je m’explique : depuis toujours, pour transformer notre pays, il y a besoin de coalitions. A l’époque où je l’ai rencontré, et jusqu’au 7 mai dernier quand il est devenu Président de la République, Emmanuel Macron disait qu’il fallait savoir rassembler des majorités d’idées, sujet par sujet. Depuis que les Français lui ont confié tous les pouvoirs, il n’est plus question de majorité d’idées, on revient à la conception bonapartiste classique du pouvoir, comme dans « l’ancien monde ». Je pense que c’est une erreur parce que le Président de la République ne devrait pas oublier ce qui est son assise sociologique, celle obtenue au premier tour de la présidentielle : un quart des Français. Avec un quart des Français, on ne parvient pas durablement à transformer notre pays. Je souhaite la transformation de notre pays. Avec un Français sur quatre, on n’y arrive pas. Nicolas Sarkozy a essayé : il a échoué. François Hollande a essayé : il a échoué. La promesse du candidat Emmanuel Macron était un rassemblement plus large en fonction aussi des idées qu’il proposait. Je crois même qu’il disait à l’époque : voilà les cinq ou six grands chantiers que je veux réaliser. Ensuite discutons, réalisons, élargissons ! Depuis qu’il est entré en fonction, c’est l’inverse qui se produit. Il n’y a plus de recherche de rassemblement. Et le rassemblement, c’est la seule façon pour un pouvoir en place, même quand les Français semblent signer un chèque en blanc, d’éviter les blocages, de surmonter les corporatismes et donc de moderniser la France.

Votre mouvement est souvent très actif sur les questions européennes. Que pensez-vous de la politique européenne d’Emmanuel Macron ?

Sur la démarche européenne d’Emmanuel Macron, je redis que je suis pratiquement d’accord à 100% avec lui. Je confirme que nous sommes prêts à l’aider, et qu’il ne devrait pas négliger le débat européen parce que sa position, comme la nôtre est malheureusement minoritaire aujourd’hui dans notre pays. L’Europe a été la victime de toutes les lâchetés de la vie politique française qui ont fait la litière – et je dis bien litière et pas lit – de Mélenchon et de Le Pen. C’est-à-dire que plutôt de regarder ce qui doit être transformé chez nous on essaye d’accuser ce qui ne fonctionne pas chez ou avec les autres. C’est la paille et poutre. Et la poutre est chez nous ! L’Europe ne fonctionnera bien que si nous fonctionnons bien et que si nous en prenons le leadership. L’Europe doit servir à une chose selon nous à l’UDI. Elle doit être un outil de protection et instrument de combat pour que la mondialisation nous profite au lieu de nous nuire. Pour que nos intérêts et donc nos modes de vie soient défendus face aux autres grands ensembles mondiaux. Sur ce qu’il dit de l’Union européenne, nous sommes donc d’accord à presque 100%. Mais là encore, le travers qui consiste avant l’élection à parler de rassemblement et à ne pas le faire après est un danger pour le Président – et à la limite c’est sans importance – mais aussi pour le projet européen, ce qui est plus grave. Les porteurs du projet européen renforcent l’Europe quand ils se rassemblent et dépassent leurs différences nationales.

Nous sommes minoritaires dans le pays, mais au fond les Français aimeraient que cette idée soit majoritaire. Il faudrait que nous leur expliquions ensemble, de façon transpartisane comme s’est toujours construite l’Europe pourquoi elle nous est nécessaire indispensable et porteuse de promesses. Et combien l’Europe d’aujourd’hui n’est pas du tout l’Europe que nous voulons. L’Europe d’aujourd’hui a de lourds dysfonctionnements qui font qu’elle s’occupe sans arrêt des questions marginales et jamais des questions essentielles, stratégiques. Ce n’est pas notre Europe. Je ne veux pas d’une Europe qui voit la BNP condamnée à des milliards d’euros d’amende par les USA, au détriment de ses clients, et qu’il n’y ait pas de lois et de pouvoirs européens capables d’infliger la même chose aux entreprises américaines, de leur dicter et imposer nos lois, donc nos intérêts plutôt que de subir les leurs ! On ne peut pas fonctionner comme ça ! Alors il y a ceux qui disent recroquevillons nous pour nous défendre. Mais la France ne fera jamais le poids seule face aux Etats-Unis, à la Chine, à l’Inde, aux géants du monde. En revanche, l’Europe, avec son demi milliard d’habitants est capable de dire : « Très bien ! Jouons à armes égales ! » Pour moi l’Europe, au-delà de notre communauté de culture, de valeurs, de notre vision de l’homme et de la femme dans la société, de la façon dont nous vivons ensemble c’est aussi la défense de nos intérêts, donc de nos modes de vie. Mais pour que cela soit la défense de nos intérêts, il faut qu’on soit capable de fédérer les nations et de dire que nous nous défendons et protégeons contre les géants mondiaux. Il s’agit de mettre en place des conditions sans lesquelles nous n’accepterons pas de discuter. Nous avons besoin d’une fédération de nos intérêts.

Sur quels autres sujets votre ligne rejoint-elle particulièrement celle du Président ?

Le président de la République a nommé au ministère de l’Education un homme exceptionnel, que je connais et que je soutiens dans sa vision de l’éducation : le retour à la notion d’effort, de mérite et la fin des délires pédagogistes. Qu’est-ce que je veux dire par là? Pendant 40 ans, on a tenté d’appliquer une autre méthode pédagogique que celle qui avait fait ses preuves. Sauf que les pédagogistes ont fait la preuve du contraire : c’est un échec. 20% d’enfants qui ne savent pas lire et écrire correctement quand ils arrivent en 6e, 40% d’enfants en difficulté au début du collège. Jean-Michel Blanquer a dit : on arrête les bêtises! Je suis d’accord avec lui. Mais j’aimerai qu’on aille plus loin. C’est-à-dire plus d’autonomie dans les établissements, car ce n’est pas la même chose de diriger un établissement à Janson de Sailly à Paris ou Eugène Delacroix à Drancy. Ce n’est pas le même public et il faut donc leur laisser un peu plus de souplesse et concentrer plus de moyens vers les publics moins favorisés. Ce n’est pas au 110 rue de Grenelle, adresse du Ministère de l’Education nationale, que l’on peut gérer toutes les différences de la France. Or gérer les différences, c’est donner de l’égalité des chances, et justement aujourd’hui, celle-ci n’existe plus.

Sur la loi travail, vous avez déclaré que vous souhaitiez plus de discussions sur un certain nombre de sujets. Quels sont les points que vous souhaitez voir venir autour de la table? La loi actuelle ne vous convient-elle pas en l’état ?

Sur la loi travail, je n’ai qu’une différence de point de vue avec Emmanuel Macron. Je ne suis pas d’accord sur l’idée que quand il y a un plan de licenciement dans une multinationale en France on ne regarde que la situation de la branche française de la multinationale. Des financiers vont chercher à profiter ce cette brèche. Je regrette qu’il n’y ait pas eu de vraies discussions avec les groupes politiques du Parlement. On l’a demandé à de nombreuses reprises, cela a été refusé, c’est regrettable.

Mais au fond l’effort de simplification, de négociation et de contractualisation du monde du travail est très clairement l’effort le plus important qui ait été fait depuis 50 ans, ce que la droite elle-même a renoncé à faire. Au global, cette réforme va dans le bon sens et va relancer la création d’emplois au moment où la croissance européenne et mondiale revient. Je voterai donc pour car cela aidera à faire reculer le chômage.

Je viens de vous dire ce avec quoi j’étais d’accord, je pourrais vous dire ce avec quoi je ne le suis pas. L’UDI est aujourd’hui entièrement libre de ses décisions, de ses votes, de ses expressions. Et comme beaucoup de Français, je prends position cas par cas, sujets par sujets. A la politique réflexe, je souhaite que nous substituions la politique réflexion. Il faut prendre le temps de réfléchir plutôt que d’avoir des réflexes pavloviens. Pour faire simple : je suis contre la CSG qui est une usine à gaz sans aucune possibilité de compenser l’intégralité des Français et qui ne pénalise que le travail des Français. La TVA compétitivité aurait au moins eu l’avantage de faire payer une partie de notre protection sociale par ce qui est produit à l’étranger (la moitié de ce que nous consommons).

Je ne suis pas d’accord avec ce qui est annoncé pour l’instant sur la baisse des APL et je demande solennellement au Premier ministre d’ouvrir avec nous une discussion sur la stratégie logement. On ne peut, il a raison, laisser dériver les choses comme elles le sont. Mais il faut garantir aux organismes de logement social que la baisse des loyers qui va leur être imposée ne les place pas dans la situation telle qu’ils ne se retrouvent plus capable d’entretenir le moindre bâtiment ou de conduire la rénovation urbaine. Je propose par exemple qu’on fasse une différence entre les sociétés anonymes d’HLM, qui pour certaines ont beaucoup de gras, et les organismes publics d’HLM qui eux sont à l’os.

Ne pensez-vous pas que l’un des principaux écueils qui attende le Président est l’accusation d’être le Président des riches ?

Je vous dis les choses très clairement: « Président des riches » c’est un slogan et de la propagande. J’invite les Français à ne pas se payer de formule comme nous avons tant l’habitude de le faire. Il faut regarder chaque mesure, comme nous le faisons à l’UDI. Par exemple, c’est un vrai effort de solidarité nationale que d’augmenter le minimum vieillesse et l’AAH de 100 euros par mois. Maintenant, c’est important de rappeler au Président de la République qu’il faut qu’il s’occupe des plus fragiles, c’est à dire de ceux qui n’ont pas voté pour lui, qui ont peur de la mondialisation et ne savent pas comment s’y adapter et y trouver leur place. Je dis au Président de la République : « Vous devez être celui qui les aiguille, pas seulement celui qui les engueule ».

François Bayrou a déclaré avoir été séduit par votre prise de distance claire vis-à-vis des Républicains et souhaiterait entamer des discussions avec vous. Le centre a souvent été le théâtre de combats d’egos : pensez-vous qu’il soit possible de les surmonter aujourd’hui ?

François Bayrou répond à l’affirmation de notre indépendance et de notre autonomie, au fait qu’une alliance avec LR n’a plus rien d’automatique parce qu’il appelle « une main tendue ». Qu’il accompagne d’une phrase surprenante : « j’ai de la mémoire ». Je lui réponds « moi aussi ». Je prends acte de cette main tendue et pour le moment j’y répondrais par une oreille attentive. Mais une des différences avec François Bayrou aujourd’hui est que l’UDI est libre de ses alliances et que lui, n’ayant pu être candidat aux présidentielles, s’est lié au Président de la République. Lors des élections législatives, il a obtenu des députés grâce à Emmanuel Macron et ses ministres au gouvernement sont la concrétisation de cette solidarité qu’impose le pouvoir. Il n’a donc pas l’autonomie et l’indépendance qui est la nôtre. Il n’est pas dans l’assimilation mais déjà dans l’intégration. Je vais vous dire le fond de ma pensée. Premièrement, nous sommes de la même famille politique. Une famille qui a connu des accidents dans sa génération ; la séparation de Morin, de Bayrou et d’autres…  Mais nous restons de la même famille de pensée. Rien n’interdirait donc que nos élus qui le souhaiteraient réfléchissent ensemble sur les grands enjeux de notre monde dans un cadre informel. Comme nous le faisons d’ailleurs dans certaines organisations européennes ou transatlantiques. Deuxièmement, une nouvelle génération politique se met en place après cette élection présidentielle. Fini le temps des Sarkozy, Hollande, Juppé,  et consorts qui ont occupé la scène politique depuis 20 à 25 ans. Je crois que le rassemblement de notre famille politique sera possible avec cette nouvelle génération.

Emmanuel Macron presse les Constructifs de rejoindre LREM mais certains semblent se tourner vers vous aujourd’hui. Qu’est-ce qui selon vous devrait les pousser à vous rejoindre?

Les Constructifs qu’est-ce que c’est? C’est l’UDI pour presque les deux tiers qui choisi de travailler avec des Républicains qui ne supportaient plus le repli identitaire, ultra-conservateur, excessif voire caricatural du parti LR. Le problème se pose à ceux qui ont cru en l’UMP qui était censée être un rassemblement entre la droite et le centre, tandis que Les Républicains devient un rassemblement entre la droite et la droite extrême.

A partir de l’UDI, je souhaite que nous puissions rassembler le centre et la droite progressiste, ce qui représente beaucoup de monde. Nous nous étions d’ailleurs retrouvés au moment de la primaire de la droite et du centre derrière Alain Juppé. Cet espace politique là, représente ceux qui veulent la réussite de la France, qui ne se reconnaissent pas dans certaines positions d’Emmanuel Macron et qui refusent absolument la dérive droitière que représente Laurent Wauquiez. Cet espace politique est très important. Macron a eu 24% des voix au premier tour de la Présidentielle, 66% au second tour. Nous avons fait partie des 66%, pas des 24. Le soir du 7 Mai il avait promis, aux 42% qui sont venus battre Le Pen, qu’il tiendrait compte de leurs idées. Or depuis le début du quinquennat, il ne le fait pas!

Une certaine complaisance envers l’islamisme radical est à noter aujourd’hui à l’Assemblée, soutenue par les forces d’extrême-gauche et principalement la France Insoumise. Ne pensez-vous pas que le durcissement du discours idéologique de la droite favorise ces positions électorales à l’extrême inverse ? 

Soyons clairs. Les barbares savent qu’ils ne peuvent pas nous battre. Ils veulent juste que nous nous combattions entre nous. Ils veulent créer une guerre civile dans notre pays comme ils ont su le faire dans les leurs. Ils ne peuvent pas nous soumettre, nous envahir, nous contraindre mais ils peuvent nous détruire si nous acceptons de nous combattre entre nous au lieu de les combattre.

L’islamo-gauchisme, c’est-à-dire la complaisance envers les porteurs de cette barbarie, est à mes yeux aussi coupable du risque d’affaiblissement de la France qu’une droite qui veut rejeter tout et tout le monde et qui voudrait assimiler l’islamisme politique et la religion musulmane. De ce point de vue-là, je suis très proche de l’avis de Manuel Valls, qui comme Premier Ministre, avait une vision beaucoup plus lucide de la situation du pays que François Hollande. Il aurait mieux valu que ce soit lui qui ait les rênes à ce moment-là.

Ne laisse-t-on pas à la France Insoumise le monopole de la critique de la mondialisation? N’est-ce pas un risque politique ?

Il y a chez la France Insoumise deux impostures. Faire penser que les sans-cravates sont des sans-culottes. J’ai eu honte pour l’Assemblée Nationale de voir M. Ruffin la chemise en dehors du pantalon, comme si ne pas porter de cravate ne suffisait plus à faire parler de soi. A-t-on besoin de faire le guignol pour exister médiatiquement? Le peuple français en a-t-il besoin? Doit-on réduire le débat public à ça pour satisfaire le business médiatique ? Que fait-on avancer ainsi ?

La deuxième imposture est plus structurelle, moins médiatique: vouloir réguler l’économie mondiale seulement à partir des intérêts de la France. Ce serait formidable si la France était la première des grandes puissances mondiales. Lors de l’appel du 22 juin 1940, De Gaulle dit « La France n’est pas seule ». Aujourd’hui on est peut-être en 2017, mais la France n’est toujours pas seule, elle ne décide pas seule. Plus personne d’ailleurs ne le fait, car tous dépendent aussi des autres pays. La France est un grand pays, la France est capable de grandes choses, mais quand elle ne s’enferme pas sur elle-même comme le préconise Mélenchon.  L’imposture réside dans l’idée de proposer le retour à  la France d’avant, celle des années 70 dans un monde qui n’était pas ouvert. Ça peut sembler rassurant aux plus fragiles, mais ils en seraient les premières victimes.

Moi je suis très préoccupé par tous ceux qui vivent dans des zones péri-urbaines, rurales, qui sont rejetés des grandes métropoles mondiales, qui n’ont plus accès à ce qui permet une performance suffisante pour ne pas être broyés. Il faut en direction de cette France là une politique ambitieuse d’égalité des chances à l’école, d’accès au numérique, aux services publics, aux transports, etc…

Bien sûr, Il faut mettre le paquet pour donner les moyens à la France d’être plus compétitive, pour retrouver une place parmi les numéros un mondiaux, pour qu’elle ne soit pas reléguée. La pire des iniquités sociales c’est quand le pays décroche, s’appauvrit car ce sont les pauvres qui le payent en premier. Jamais les riches. Là je suis d’accord avec Macron. Mais on ne peut pas laisser tomber le reste de la France, celle qui avance moins vite. On ne peut pas faire d’un quart de la population notre moteur, et oublier ceux qui ont plus de difficultés à s’adapter au point qu’ils ne puissent ni raccrocher les wagons, ni se voir garantir leur subsistance. Sans ça, on va se planter.

Sarkozy s’est planté, Hollande s’est planté, car ils pensaient ne devoir écouter qu’eux-mêmes illusionnés qu’ils étaient par leurs victoires. C’est le principal danger qui menace LREM. Une majorité se condamne absolument quand elle croit avoir absolument raison sur tout et n’écoute plus rien. En écoutant, elle peut éviter ce sur quoi elle se trompe, et se renforcer sur ce en quoi elle a raison.

« Il y en a certains, au lieu de foutre le bordel, ils feraient mieux d’aller regarder s’ils peuvent avoir des postes » a déclaré le Président de la République lors de son déplacement en Corrèze. Considérez-vous comme le Président qu’il est temps de mettre de l’ordre ou pensez-vous qu’il s’agit là d’une déclaration indécente ?

Un Président ne devrait pas dire ça. Mais sur le fond, il n’a pas tort quand il dit que des élus, des syndicalistes, qui forcent le barrage de police pour essayer de faire parler d’eux à l’occasion d’une visite du Président, n’ont rien à voir avec l’image de la réalité dont nous avons besoin en terme de dialogue social. Une des raisons pour lesquelles je voterai les ordonnances sur le travail, c’est que ça simplifie, et permet du dialogue, des accords. Notre pays crève de vouloir que tout parte de l’Elysée, alors que dans chaque entreprise, collectivité territoriale, association, on est capable de passer des accords intelligents gagnants-gagnants. Quand on remonte le sujet au niveau national, on le vit comme une confrontation, on retombe dans une caricature de lutte des classes. Pendant la campagne électorale, il avait cette pédagogie, maintenant qu’il est à l’Elysée, on a plus le sentiment de sentences autoritaires. Notre Président doit plus se préoccuper des gens fragiles, qui ne savent pas comment s’adapter, de leur parler et de leur montrer le chemin.

Un des sujets qui vous tient à cœur est l’avenir de l’agglomération parisienne en tant que métropole. Emmanuel Macron a annoncé vouloir remodeler l’Ile de France. Pensez-vous que ses propositions soient adaptées et efficaces ?

Je crains  un problème de méthode. Le Président n’a souhaité aucune concertation et une décision doit nous être annoncée en novembre. Un sujet aussi complexe que la capitale de la France, et sa région, n’a rien à voir avec ce qu’on peut connaître à Marseille, à Lyon, à Toulouse parce qu’on change totalement d’échelle. Je pense que ce manque de concertation est une erreur. Concerter ne veut pas dire se soumettre ou rester immobile. Cela veut dire écouter et là, il n’y pas écoute. Mon avis personnel est le suivant, la métropole est nécessaire et ça c’est du niveau du président de la République. Dans cinq, dix ou quinze ans, il y aura une dizaine de métropoles de niveau mondial. Une ou deux en Europe, deux ou trois en Amérique, deux ou trois en Asie. Ces métropoles vont déterminer la puissance de chacun des pays, c’était d’ailleurs la vision de Nicolas Sarkozy et il avait raison. Constituer une vraie métropole de niveau mondial, c’est une question internationale parce que c’est de la puissance de la France dont on parle. François Hollande a fait les choses à moitié comme d’habitude et à contresens. Il a créé deux niveaux d’administration supplémentaires. Il y avait la commune, les syndicats intercommunaux, les départements, et la région. Il y a ajouté les Territoires (EPT) et la Métropole. On est à six niveaux, ce qui est une folie. Il faut que l’on soit à quatre au maximum. Ma vision est de regrouper au sein de la Métropole tout ce qui a fait la métropole avant même la Métropole. Par exemple, tous les grands syndicats (l’électricité, l’eau, le gaz…), les routes départementales et nationales qui font qu’on arrive à se déplacer. A cela s’ajoutent les quatre, cinq ou six projets phares de développement de niveau mondial que l’Etat doit définir et qui doivent être confiés à la Métropole. Ce sont ces projets qui peuvent nous permettre de concurrencer Shanghai, New York, Londres ou Berlin. Ce n’est pas aux élus de la métropole de les définir mais bien à l’Etat. Il s’agit encore une fois du rayonnement de la France dans le monde entier.

Pour le reste, il faut veiller à ne pas déshabiller les communes et faire la même erreur qu’avec l’Europe. On crée des pouvoirs en super structures mais les citoyens n’y ont plus accès. La commune, c’est la seule échelle ou les citoyens peuvent vraiment être pris en considération et interpeller leurs élus. Il faut même rendre aux communes certaines missions que la loi Notre a donné aux territoires et dont la mutualisation n’apporte rien, sinon des problèmes, tel que le ramassage des ordures ménagères par exemple. Les départements des Hauts-de-Seine, de Seine-Saint-Denis, du Val de Marne et de Paris doivent être supprimés et leurs compétences redistribuées aux territoires et à la région. Selon moi, les collèges et l’ensemble de l’aide sociale légale doivent être confiés aux territoires (EPT), qui doivent aussi assurer la politique du logement et dont les élus doivent être choisis par le suffrage universel direct. Les autoroutes urbaines, le périphérique et les voies sur berge doivent être du ressort de la Région pour compléter et rendre cohérente sa compétence transport. Les décisions d’Anne Hidalgo pour les voies sur berge ou le périphérique sont indécentes dans la mesure où elles ne concernent pas uniquement les parisiens (ses électeurs) mais impactent tous les habitants d’Ile de France. La Région doit aussi être seule à s’occuper de l’Emploi, de la formation professionnelle et de l’enseignement supérieur. Il faudrait donc également des transferts de l’Etat vers la Région.

Il faut enfin rétablir une véritable équité financière entre les communes et territoires de la Métropole. Il est scandaleux qu’un propriétaire de La Courneuve paye plus d’impôts locaux que celui qui possède un appartement face à la Tour Eiffel, alors que le premier est plus pauvre et dispose de beaucoup moins de services publics que le second. Mais cette équité ne sera possible qu’à travers les lois de finances, pas à travers la gouvernance car les égoïsmes et situations acquises sont trop forts.

Bref, il faut bouger les lignes sur tout cela mais pour l’instant je suis inquiet. Les rumeurs disent qu’Emmanuel Macron va oublier les territoires et tout concentrer sur la Métropole ce qui serait une faute qui empêcherait de gérer le quotidien et la proximité nécessaires. On ne peut pas avoir d’un côté la commune et de l’autre la métropole, passer d’une ville de 70 000 habitants comme la mienne à une Métropole de 7 millions d’habitants sans qu’il y ait une autorité qui assure la gestion au niveau intermédiaire. Sinon les citoyens seraient oubliés et broyés dans un ensemble technocratisé. Souhaitons que ce ne soit que des rumeurs.


"La recomposition politique nous rend libres !"

INTERVIEW Le président de l’UDI Jean-Christophe Lagarde se donne deux ans pour bâtir une force politique nouvelle, « progressiste ». 

Lire l'interview dans Le JDD

Les sénatoriales ont marqué une victoire des  Républicains et de l’UDI, et un coup d’arrêt pour la République en marche. La recomposition politique est-elle terminée ?

Les sénatoriales ont été un très beau succès pour l’UDI. Nous tournons ainsi la page d’une « annus horribilis », subie parce que nous n’avons pas eu la force collective de présenter un candidat à la présidentielle. Et nous avons été contraints de soutenir un candidat et un programme que nous n’avions pas choisis et qui nous a embarqué dans une affaire qui ne nous concernait en rien. Nous en tirons les leçons. La recomposition politique en cours nous rend désormais libres de toute entrave et de toute alliance. Libres de toutes nos positions, que ce soit vis-à-vis du gouvernement ou de toute formation politique.

L’alliance traditionnelle avec les Républicains est-elle caduque ?

Elle n’est plus une obligation. A partir de l’UDI, je souhaite que nous construisions une force politique nouvelle, rassemblant le centre et la droite progressiste. D’ici aux européennes, nous avons deux ans pour gagner une autonomie complète et rassembler ceux qui ne partagent pas la dérive d’une droite se recroquevillant sur sa fraction la plus nationaliste, conservatrice, et frileuse. Bref, la droite qui a refusé de voter Macron contre Le Pen, n’est pas la nôtre.

Cette grande formation progressiste, beaucoup en parlent, mais on ne voit toujours rien venir…

J’espère que les gens issus des Républicains qui ne partagent pas cette dérive droitière  sauront créer leur force politique. Je suis prêt à la fédérer avec la nôtre. S’ils ne le font pas, il nous reviendra d’incarner ces français du centre et de la droite progressiste. Car dans cet espace politique, l’UDI est la seule force politique organisée, présente au Parlement  et dans chaque territoire. Je crois que les différents courants politiques doivent devenir cohérents. L’UMP, est morte à force de vouloir tout enfermer dans le même parti –de la droite extrême jusqu’à ce qu’ils prétendaient être le centre . En vérité, ils ne sont plus d’accord sur rien. S’ils en ont le courage, je suis prêt à travailler avec des gens comme Valérie Pécresse, Xavier Bertrand, ou Christian Estrosi pour construire une force politique cohérente et constructive. Mais il y a désormais une frontière entre nous et ceux qui ont refusé de voter Macron contre Le Pen !

Que représente M. WAUQUIEZ pour vous ?

La ligne Buisson, celle de tous les excès, de tous les échecs.

Excluez-vous de travailler demain avec Laurent Wauquiez ?

Je vous l’ai dit : nous sommes désormais libres de toute alliance. Ce que je veux construire à partir de l’UDI, c’est une force politique qui ne sera plus jamais supplétive des Républicains. Cette page avec LR est tournée. Mais je refuse tout autant d’être le laudateur zélé du pouvoir !

Emmanuel Macron pourrait avoir besoin de l’UDI pour sa réforme constitutionnelle. Que lui dites-vous ?

Des débuts de Macron, il y a du bon et du moins bon. Je voterai la réforme du travail. Le ministre de l’Education est un homme exceptionnel, dont je soutiens le projet. Je partage quasi à 100% ce que dit M. Macron sur l’Europe. Depuis une génération, c’est le discours le plus volontariste d’un Chef d’Etat français sur la construction européenne. Mais si M. Macron a raison dans ce qu’il dit, il est hélas minoritaire dans notre pays sur l’Europe. Et je dis au Président, vous avez besoin d’alliés pour convaincre les Français. Nous sommes prêts à travailler avec lui sur l’Europe, le droit du travail, l’éducation ou sur les réformes institutionnelles pour moderniser la France. Mais jamais je ne renoncerai à la liberté de dire quand nous ne sommes pas d’accord.

Que pensez-vous des choix budgétaires du gouvernement ?

J’ai des désaccords mais c’est le budget le plus sérieux que j’ai vu depuis 15 ans. Pour autant, je combats la hausse de la CSG qui est aussi injuste socialement qu’économiquement inefficace . De même, j’alerte sur le logement. La baisse des APL avec une baisse forcée des loyers pour les HLM est une erreur grave. Pour économiser 1,3 milliard d’euros, on aboutira à l’arrêt de la construction, de la rénovation urbaine et des programmes d’entretien, comme le changement d’un ascenseur par exemple. Je dis à Edouard Philippe : alerte rouge ! Je lui dis chaque euro de loyer en moins pour le locataire doit être aussi un euro de charge en moins aussi pour son organisme HLM. Enfin, sur l’ISF, si je partage l’idée de favoriser l’investissement dans les entreprises, et donc l’emploi, le fait qu’un appartement soit taxé et pas un lingot d’or me choque. Ce budget a besoin de plus d’équité, nous la proposerons.


"Le début de ce quinquennat interroge. Si je partage la déception des Français, je ne suis pas aujourd'hui dans la condamnation."

INTERVIEW – Le président de l’UDI, député de Seine-Saint-Denis, «partage la déception des Français» vis-à-vis des premiers pas d’Emmanuel Macron. Mais il affirme ne pas être dans «la condamnation».

Lire l'interview sur Le Figaro

LE FIGARO. – Quel bilan tirez-vous des premiers pas de l’exécutif?

Jean-Christophe LAGARDE. – Comme nombre de Français, je suis déçu par les cafouillages au Parlement et des premières décisions que je ne partage pas. Je pense à l’étranglement des collectivités locales en leur supprimant 13 milliards d’euros de dotations, à la réduction du nombre d’élus dans les petites communes alors qu’ils ne coûtent rien. Je pense aussi aux 850 millions d’euros supprimés pour les armées alors que les menaces augmentent. Ou encore au choix de faire des économies sur les aides au logement – en l’absence des réformes structurelles indispensables – qui frappent les Français les moins favorisés.

C’est donc la déception qui domine?

Oui, car l’exécutif doit en finir avec les annonces désordonnées et lancer enfin de vraies réformes pour donner du sens. Il est triste que le Parlement ait été mobilisé tout l’été par cette loi ridicule sur «la confiance en la vie publique». En vérité, les parlementaires sont les élus les plus encadrés bien qu’ils soient les moins susceptibles de malversations. Et cette réforme ne vise qu’eux, en passant sous silence les élus locaux ou la haute fonction publique. Rien n’est fait contre la pratique de représentants de l’administration d’État qui prennent des décisions lourdes au profit d’entreprises avant d’aller y pantoufler pour gagner mieux leur vie. Rien non plus sur le financement des syndicats. Tout cela est absurde.

Quel rôle doivent jouer les Constructifs?

Si je partage la déception des Français, je ne suis pas aujourd’hui dans la condamnation. Le début de ce quinquennat interroge. À nous de faire des propositions pour que l’exécutif retrouve la bonne direction. D’abord en incitant le président à exercer un pouvoir moins personnel. La France ne se réforme pas quand on l’enchaîne, elle se réforme quand on l’entraîne. Il y a des possibilités d’entraîner le pays vers de bonnes réformes quand on explique, qu’on donne du sens. Même sur celle du Code du travail par exemple. Encore faut-il que le gouvernement associe le Parlement à ce travail. Ce n’est le cas pour l’instant qu’a minima.

Chez les Constructifs, Républicains et UDI avancent-ils d’un même pas ?

Nous avons les mêmes interrogations et je ne doute pas que nous en tirions les mêmes conclusions. La sincérité veut que quand on a un doute sur une réforme, on le dit. Nous partageons un même corpus de valeurs, pour une économie libérale, un effort éducatif national, une exigence de justice sociale et un impératif de fédération européenne. Encore faut-il que l’exécutif soit disposé à nous entendre. Pour l’instant, on sent chez Édouard Philippe une vraie volonté de travailler avec nous. Disons les choses honnêtement, ça semble beaucoup moins le cas d’Emmanuel Macron.

Ces valeurs partagées avec les Républicains constructifs vont-elles vous conduire à créer une formation politique commune?

Je le souhaite. Le centre représenté par l’UDI a vocation à s’élargir à des progressistes venus de la droite, mais aussi de l’ex-gauche – je pense aux radicaux de gauche, aux écologistes indépendants – avec qui les différences sont minimes. Il y a aujourd’hui la place pour une famille politique qui réunirait ceux qui se sont libérés de l’emprise du Parti socialiste et ceux qui refusent la ligne nationaliste et ultra-droitière de Laurent Wauquiez. Avec lui, les Républicains n’ont qu’une seule idée en tête: se porter toujours plus à droite. Les électeurs n’ont pas voulu les suivre. À nous de créer une force politique qui réponde à leurs attentes. Nous prendrons des initiatives en ce sens à la rentrée.


"A la politique réflexe, nous préférons la politique réflexion"

Interview de Jean-Christophe Lagarde dans La Provence.

Pourquoi reprochez-vous à Emmanuel Macron de s’exprimer avant son Premier ministre ?

Depuis 6 mois Emmanuel Macron d’abord comme candidat, puis comme président de la République a expliqué sa feuille de route aux Français. Il a été élu et il a la légitimité pour la mettre en œuvre. Je n’imagine pas qu’il vienne maintenant dire des choses différentes. S’il veut mener une opération de communication, il serait plus simple pour lui d’écrire aux parlementaires ou de faire une émission de télévision. De plus, réunir les parlementaires à la veille du discours de politique générale du gouvernement, c’est squeezer le gouvernement et rabaisser le Premier ministre. Alors qu’il a remarquablement réussi son entrée en fonction, en s’exprimant avant son Premier ministre, Emmanuel Macron commet sa première erreur politique.

Ne met-il pas fin à une hypocrisie. De tout temps c’est le Président qui fixe les orientations politiques ?

Evidemment il fixe les orientations politiques puisqu’il nomme le Premier ministre. Mais jamais aucun président de la République n’a réuni le Congrès pour débuter un mandat. Le débat qui a eu lieu pendant la présidentielle lui a permis de faire connaître aux Français son programme, ses orientations. Je ne vois pas l’utilité de mobiliser le parlement qui, sans doute pourrait se mettre au travail et à mieux à faire. Avec le Congrès à Versailles, savez-vous ce qui va se passer ? Emmanuel Macron va parler, puis s’en aller. Ensuite les présidents des groupes politiques vont répondre. Et le lendemain, à l’Assemblée Nationale, le Premier Ministre va prononcer un discours. Je n’imagine pas qu’il dise des choses différentes. Et les présidents des groupes politiques vont, eux aussi, répéter leurs discours de la veille. Tout ça est bien inutile.

Vous criez au piétinement des institutions pourtant Emmanuel Macron ne fait qu’utiliser un droit que lui donne la Constitution depuis 2008.

Je n’ai pas dit qu’il piétine les institutions. Je dis que c’est une erreur que d’affaiblir son gouvernement par ce procédé. J’avais suggéré que, s’il souhaitait faire une réunion du Congrès, il la provoque au lendemain des élections qui vont se dérouler en Allemagne en septembre prochain. A cette occasion, le président de la République aurait pu, à la fois fixer le cap de la reconstruction européenne qu’il souhaite et, expliquer qu’elles allaient être les conséquences pour la France. Ça aurait eu du sens et une utilité.

Votre groupe des « Constructifs » a obtenu un poste à la questure de l’Assemblée Nationale vous ne vous sentez pas respecté par la majorité.

Le principal défi pour d’Emmanuel Macron et sa majorité est de ne pas s’enfermer dans un parti unique qui concentre tous les pouvoirs. Il doit respecter sa parole donnée aux Français le soir de son élection, le 7 mai au Louvre, quand il disait, : « je tiendrai compte des avis de l’opinion de ceux qui ont voté pour moi au second tour, mais qui ne l’avaient pas fait au premier tour ». Nous sommes ceux-là.  Pour ma part, je n’hésiterais jamais à approuver ce avec quoi je suis d’accord.  Mais, il n’y a aucune raison de cacher les désaccords quand il en existe. Je ne créerais pas des désaccords artificiels comme la vie politique française en a montré trop souvent.

Vous voulez dire qu’Emmanuel Macron se comporte en hyper président, omnipotent ?

Je considère surtout qu’il fragilise le gouvernement dans le dispositif institutionnel. Le président de la République fixe un cap sur le temps long, il travaille à l’international. Il n’arbitre pas les affaires secondaires ou moins importantes de la République. En mobilisant l’ensemble des parlementaires au Congrès, avec l’argent que coûte la disponibilité du château de Versailles en pleine période touristique, ça me paraît exagéré.

Quel commentaire vous inspire la photo de Macron ?

Je trouve qu’elle est assez réussie, beaucoup plus que celle de François Hollande. On y voit à la fois le Président de la république, le drapeau de la République française, le drapeau européen, c’est à dire à la fois, l’identité nationale qui ne doit pas disparaître, mais notre perspective européenne qui est une façon de nous protéger contre, à la fois les dangers du monde, mais aussi les intérêts des grandes puissances économiques. Et puis cette fenêtre ouverte sur le parc, c’est une sorte de direction vers l’avenir.

Emmanuel Macron fait souvent référence au Général de Gaulle ça vous dérange ?

Non. Le Général de Gaulle a été la plus grande figure politique française du XXème siècle auquel notre pays doit beaucoup. Qu’un président de la République souhaite rappeler cette référence, ça me paraît plutôt de bon aloi.

La Cour des comptes dénonce les dérives budgétaires du gouvernement Hollande, Emmanuel Macron en était membre, a-t-il une part de responsabilité ?

Non. Emmanuel Macron a quitté le gouvernement au cours de l’été 2016. C’est seulement plus tard, à l’automne, que François Hollande a commencé à distribuer des cadeaux électoraux alors qu’il pensait encore être candidat. La facture s’élève à environ 9 milliards d’euros pour cette année, et à 18 milliards l’an prochain. Emmanuel Macron qui n’y est pour rien doit maintenant gérer ce déficit.

Le gouvernement veut faire des économies. Le climat social lui permettra-t-il de couper dans les prestations sociales ?

Il n’a pas le choix. Il doit respecter les engagements pris avec l’Union Européenne. Faute de quoi l’autorité de la France serait affaiblie. Pour construire un projet européen qui nous protège réellement, à la fois des dangers du monde mais aussi des intérêts économiques des grandes puissances, nous avons besoin d’une France forte. C’est une question de souveraineté. Les décisions que le gouvernement va être forcément amené à prendre seront difficiles, mais indispensables. Si nous ne voulons pas que demain, comme la Grèce, nous soyons soumis aux décisions d’un consortium bancaire ou du Fonds monétaire international.

Allez-vous voter la confiance au gouvernement ?

Je vais écouter le discours du Premier Ministre et ensuite je déciderai. Nous avons bâti le groupe les “Constructifs“ parce que nous partageons tous la même volonté d’en finir avec la politique réflexe. A la politique réflexe nous préférons la politique réflexion. Nous prenons notre décision en fonction de la proposition qui est faite et non pas en fonction de l’identité de celui qui la formule.