Olivier Gacquerre - La Voix du Nord

Olivier Gacquerre dans La Voix du Nord

Le maire de Béthune et sa famille politique centriste, l’UDI, viennent de prendre position dans le cadre de la primaire de la droite et du centre. Le soutien à Alain Juppé est franc et massif. Le rejet de Nicolas Sarkozy l’est autant. Ce qui n’est pas sans générer des incertitudes quant aux élections législatives.

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En officialisant leur soutien à Alain Juppé, l’UDI et son président, Jean-Christophe Lagarde, poussent leurs têtes de pont à sortir du bois. Dont Olivier Gacquerre, le maire de Béthune, qui « valide » son soutien à l’ancien Premier ministre.

Il y a cinq ans, il aurait soutenu Strauss-Kahn. Son idéal, aujourd’hui, aurait été de suivre Borloo. Mais en l’état actuel des choses, c’est Juppé qui tient la corde. Olivier Gacquerre est d’accord avec sa vision de l’Europe et la mutation sociétale nécessaire. «  On doit défendre la concorde, la transition d’un système économique et social. C’est déjà en mutation. L’économie sociale et solidaire pousse. On a encore une opportunité de ne pas se fermer. Face à cela, on ne met pas la question de l’identité nationale en point numéro un.  »

L’attaque vise clairement et précisément Nicolas Sarkozy. «  Je ne dis pas qu’il ne faut pas aborder la question. Il ne faut pas accélérer la fracture dans ce pays.  » Olivier Gacquerre se dit même «  antisarkozyste  » sur de nombreux points : «  Il cultive le repli, l’agacement, il pointe du doigt des gens.  » Rejetée aussi la stratégie qui viserait à draguer ceux tombés dans les bras de l’extrême droite.

Pourquoi Juppé et pas les autres ? «  Il est le plus compatible avec le centrisme. Je ne dis pas que je partage tout. On peut alimenter, compléter son programme. Le personnage est ce qu’il est. Il peut être un homme de synthèse et dans la proximité, il a réussi comme maire de Bordeaux. Juppé mettra en débat bon nombre de questions sociétales qui sont pragmatiques.  »

«  Localement, on ne parle pas de la primaire. On ne laissera pas l’extérieur perturber la bonne entente dans mon équipe  »

La prise de position est assumée, ferme et définitive. Mais Olivier Gacquerre ne veut pas en faire un fait politique de nature à déstabiliser le tandem qu’il forme dans les affaires municipales depuis 2014 avec son premier adjoint, Pierre-Emmanuel Gibson, sarkozyste actuellement discret – il est chargé d’organiser la primaire de la droite et du centre dans le Pas-de-Calais –, mais assumé, et depuis un bon moment.

«  Localement, on ne parle pas de la primaire. On ne laissera pas l’extérieur perturber la bonne entente dans mon équipe  », assure le maire, qui se dit «  vacciné  » après l’échec de son ancienne alliance avec Stéphane Saint-André.

Sauf que le soutien mutuel entre Olivier Gacquerre et Pierre-Emmanuel Gibson, condition de leur alliance en 2014, peut être vrillé par des visions opposées sur la politique nationale, dans la perspective des élections législatives.

Le soutien d’Olivier Gacquerre à Pierre-Emmanuel Gibson, préinvesti par Les Républicains dans la 9e  circonscription, n’est à ce jour pas une évidence. Les résultats de la primaire puis de la présidentielle ensuite, guideront la réflexion du maire de Béthune.

Aux élections législatives, Olivier Gacquerre ne ferme pas la porte à sa propre candidature ou à celle d’un autre UDI. Mais il y a ce fameux accord politique avec Pierre-Emmanuel Gibson (Les Républicains), qui a permis au tandem de gagner la mairie de Béthune en 2014 et qu’Olivier Gacquerre replace au niveau communal.

Accord que chacune des parties va aborder avec beaucoup de prudence : «  Celui qui sort de l’accord est mort. Et on serait morts tous les deux  », commente le maire. Alors comment gérer ce fameux lien politique, apparemment loin d’être inconditionnel ? «  On est unis pour le territoire. À Béthune, on ne colorise pas l’action. Ici, on parle de projets. Et quand on n’est pas d’accord, on se réunit et la majorité l’emporte  », soutient Olivier Gacquerre.

Sur le plan national, la vision politique reprend le dessus, les convictions aussi… «  Pierre-Emmanuel Gibson ne peut pas m’engager dans une vision que je ne partage pas. On ne fait pas de stratégie.  » Comment expliquer à une population que deux hommes unis en apparence pour conduire les projets béthunois ne le seraient pas pour briguer un mandat d’une autre strate ? La personnalité de Nicolas Sarkozy, jugée clivante par Olivier Gacquerre, rebattrait les cartes selon lui. «  Si Nicolas Sarkozy gagne la primaire, je ne suis pas sûr que tout le monde le suivra », estime l’élu.

Il y a quelques jours, interrogé dans nos colonnes, André Flajolet, maire LR de Saint-Venant, était allé plus loin, espérant que les préinvestitures enregistrées dans son parti devraient être revues si un autre que Nicolas Sarkozy gagnait la primaire.


Gilles

Gilles Artigues dans Le Progrès

Gilles Artigues, Président de l’UDI de la Loire et 1er Maire-adjoint de Saint-Etienne, co-signe la tribune en soutien à Alain Juppé.

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Gilles Artigues - Le Progrès

Laurent Hénart

Laurent Hénart dans Le JDD

INTERVIEW – Avec Jean-Christophe Lagarde et 600 autres élus centristes de l’UDI, Laurent Hénart, le président du Parti radical, a annoncé mercredi son ralliement à Alain Juppé. Il s’explique auprès du JDD.

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Vous avez toujours critiqué le principe des primaires. Vous prenez pourtant position aujourd’hui dans le débat public…
J’assume ma position : le système de la Ve République permet une élection présidentielle directe et les primaires sont un écran, une présélection qui contredit cet esprit de la Constitution. Cela dit, le mécanisme est là, il existe. Et l’ambiance du pays s’est dégradée sur les plans social et moral. Le débat politique s’électrise, il devient plus violent et contradictoire. Il est donc de mon devoir, en tant qu’élu, de prendre position et d’appeler les Français à faire le bon choix dès la primaire.

Vous avez annoncé vouloir soutenir Alain Juppé. Avez-vous posé des conditions à ce ralliement?
Nous ne sommes pas dans une négociation de marchands de tapis. Tous les radicaux, comme l’ensemble des Français à en croire les sondages, veulent tourner la page François Hollande. Il y a besoin d’une alternance tout en évitant le risque frontiste. Et le meilleur candidat pour cela, c’est Alain Juppé. La façon qu’il a de combattre l’extrême droite – il refuse de chasser sur les terres du FN – convient aux radicaux.

Alain Juppé n’est pas un candidat centriste. Vous pourriez critiquer certaines de ses propositions, notamment sur les prestations sociales…
Nous avons comparé nos propositions à celles des candidats à la primaire et c’est avec lui que nous avons le plus de convergences. Il a même repris des idées que nous défendons depuis longtemps. Entre autres exemples, il défend la mise en place d’un code de laïcité dès le début du quinquennat ou encore l’instauration d’une TVA sociale qui permettrait de financer notre système de protection sociale. Deux propositions que nous faisons depuis déjà dix ans.

L’UDI ne présentera donc aucun candidat à la présidentielle. A moins que François Bayrou ne se présente en cas de défaite d’Alain Juppé, les centristes seront donc absents de ce scrutin. L’UDI risque-t-elle de devenir inaudible?
Nous serons audibles sur le fond, par nos propositions. Après, il y a l’enjeu majeur des législatives. Dans cette optique, la recomposition politique sera incontournable et s’amorcera dès la présidentielle. La raison est simple : il risque d’y avoir des triangulaires (gauche/droite/FN) au second tour dans deux circonscriptions sur trois. Le scrutin de juin est donc à haut risque car il peut aboutir à une majorité parlementaire introuvable. Il va donc falloir réunir des gens qui s’opposent selon les clivages politiques mais qui sont d’accord sur l’essentiel. C’est le rôle des radicaux, et de tous les centristes, de faire le lien entre une partie de la gauche et une partie de la droite. C’est le seul moyen de prévenir une crise institutionnelle majeure.