"La primaire engage les candidats, pas les électeurs." - Le Figaro

INTERVIEW – Le président de l’UDI veut «une véritable alliance» avec Juppé. S’il n’est pas élu, les centristes choisiront librement leur prétendant.

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LE FIGARO.- Les sarkozystes vous reprochent de ne pas respecter la logique de la primaire. Que leur répondez-vous?

Jean-Christophe LAGARDE.- C’est une tartufferie visant à faire fuir les électeurs centristes et de droite modérée. Si l’UDI n’a pas présenté de candidat à la primaire, c’est parce que nous ne voulions pas être ligotés derrière un programme dont nous ne partagerions pas les valeurs, ni les priorités. La primaire engage les candidats à soutenir le vainqueur. Elle n’engage pas les électeurs. On leur demande de signer pour dire qu’ils «partagent les valeurs de la droite et du centre», pas pour donner une procuration à Nicolas Sarkozy pour la présidentielle. Celui-ci ne peut pas inventer une règle nouvelle au prétexte qu’il se sent en difficulté et voudrait maintenant choisir les électeurs. La bonne réponse pour les Français de droite et du centre, c’est d’aller voter massivement Juppé à la primaire.

En clair, vous ne soutiendrez qu’Alain Juppé?

Nous soutiendrons évidemment Alain Juppé. Dans un autre cas de figure, il y aurait un congrès de l’UDI pour choisir librement notre candidat.

Les centristes veulent-ils faire «leur marché» entre les candidats?

À l’UDI, nous avons choisi Juppé parce qu’il est le plus proche de nos priorités

François Baroin se trompe. Il feint de craindre qu’avec un député et trois sénateurs, François Bayrou puisse reconstituer l’UDF derrière lui. Qu’il se rassure: je ne connais pas un seul des 65 parlementaires UDI qui veuille retourner sous la coupe du président du MoDem! Naturellement, tous les électeurs vont faire leur choix entre les candidats. Nous aussi! Mais Alain Juppé n’a conclu de marché avec personne, ni avec François Bayrou, ni avec nous. À l’UDI, nous avons choisi Juppé parce qu’il est le plus proche de nos priorités (éducation, emploi, dette, relance de l’Europe, autorité de l’État, écologie) et qu’il veut une véritable alliance, un rassemblement volontaire, pas une prise d’otages.

Que pensez-vous de l’appel des sarkozystes contre «une alternance molle»?

Je me méfie de ceux qui parlent fort avant les élections et agissent faible après. Cet appel est hypocrite. Nicolas Sarkozy et les Républicains ont fait alliance partout avec François Bayrou aux élections départementales et régionales. Avant les régionales, Laurent Wauquiez et Christian Estrosi courraient derrière les 3 % du MoDem. Aujourd’hui, ils ne veulent plus d’eux dans des majorités qu’ils n’auraient pas eues sans l’UDI et sans le MoDem! Les sarkozystes tentent de se servir de Bayrou comme d’un épouvantail. C’est se moquer du monde. Voter Juppé, ce n’est pas voter Bayrou, mais pour un rassemblement de la droite, du centre et des déçus du socialisme.

La renégociation des investitures législatives est une pomme de discorde entre Nicolas Sarkozy et Alain Juppé. Qu’en pensez-vous?

Les choses sont simples. Les députés UDI seront soutenus par LR et nous ferons de même pour leurs sortants

Renégocier quoi? Rien n’a été négocié. Les Républicains ont investi leurs candidats. Ils n’étaient pas d’accord entre eux. Juppé, Fillon, Le Maire ont toujours dit qu’ils reconsidéreraient les investitures décidées par Sarkozy. Les choses sont simples. Les députés UDI seront soutenus par LR et nous ferons de même pour leurs sortants. Il reste 340 circonscriptions de gauche et d’extrême droite que nous souhaitons conquérir. Ils ont investi leurs candidats et nous aussi. Il n’y a pas eu de discussion sur les investitures avec Juppé, seulement sur son projet et la plateforme législative que nous devons construire ensemble. Je sais que la négociation sur les candidatures ne sera pas facile car Juppé appartient à la droite bonapartiste. Il ne va pas faire de place aux centristes par bonté d’âme. Mais, en bon héritier de Jacques Chirac, il sait qu’il faut un rassemblement entre droite et centre ; une addition d’idées, plutôt qu’une division. Pour conduire l’alternance franche et déterminée que nous voulons, il aura besoin d’avoir une majorité au Parlement mais aussi dans le pays.

Comment sont vos rapports personnels avec François Bayrou?

Je considère qu’il s’est trompé en 2012 en appelant à voter Hollande. Mais pour constituer une nouvelle majorité, il faut que les citoyens qui n’ont pas voté comme nous hier puissent nous faire confiance et nous aider à redresser la France. François Bayrou n’est que le symbole de ces Français qui se sont trompés sur François Hollande. Il est bon qu’ils puissent venir participer à une nouvelle majorité. À l’UDI, nous voulons penser plus à l’avenir de la France qu’aux erreurs du passé.


Olivier Gacquerre - La Voix du Nord

Olivier Gacquerre dans La Voix du Nord

Le maire de Béthune et sa famille politique centriste, l’UDI, viennent de prendre position dans le cadre de la primaire de la droite et du centre. Le soutien à Alain Juppé est franc et massif. Le rejet de Nicolas Sarkozy l’est autant. Ce qui n’est pas sans générer des incertitudes quant aux élections législatives.

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En officialisant leur soutien à Alain Juppé, l’UDI et son président, Jean-Christophe Lagarde, poussent leurs têtes de pont à sortir du bois. Dont Olivier Gacquerre, le maire de Béthune, qui « valide » son soutien à l’ancien Premier ministre.

Il y a cinq ans, il aurait soutenu Strauss-Kahn. Son idéal, aujourd’hui, aurait été de suivre Borloo. Mais en l’état actuel des choses, c’est Juppé qui tient la corde. Olivier Gacquerre est d’accord avec sa vision de l’Europe et la mutation sociétale nécessaire. «  On doit défendre la concorde, la transition d’un système économique et social. C’est déjà en mutation. L’économie sociale et solidaire pousse. On a encore une opportunité de ne pas se fermer. Face à cela, on ne met pas la question de l’identité nationale en point numéro un.  »

L’attaque vise clairement et précisément Nicolas Sarkozy. «  Je ne dis pas qu’il ne faut pas aborder la question. Il ne faut pas accélérer la fracture dans ce pays.  » Olivier Gacquerre se dit même «  antisarkozyste  » sur de nombreux points : «  Il cultive le repli, l’agacement, il pointe du doigt des gens.  » Rejetée aussi la stratégie qui viserait à draguer ceux tombés dans les bras de l’extrême droite.

Pourquoi Juppé et pas les autres ? «  Il est le plus compatible avec le centrisme. Je ne dis pas que je partage tout. On peut alimenter, compléter son programme. Le personnage est ce qu’il est. Il peut être un homme de synthèse et dans la proximité, il a réussi comme maire de Bordeaux. Juppé mettra en débat bon nombre de questions sociétales qui sont pragmatiques.  »

«  Localement, on ne parle pas de la primaire. On ne laissera pas l’extérieur perturber la bonne entente dans mon équipe  »

La prise de position est assumée, ferme et définitive. Mais Olivier Gacquerre ne veut pas en faire un fait politique de nature à déstabiliser le tandem qu’il forme dans les affaires municipales depuis 2014 avec son premier adjoint, Pierre-Emmanuel Gibson, sarkozyste actuellement discret – il est chargé d’organiser la primaire de la droite et du centre dans le Pas-de-Calais –, mais assumé, et depuis un bon moment.

«  Localement, on ne parle pas de la primaire. On ne laissera pas l’extérieur perturber la bonne entente dans mon équipe  », assure le maire, qui se dit «  vacciné  » après l’échec de son ancienne alliance avec Stéphane Saint-André.

Sauf que le soutien mutuel entre Olivier Gacquerre et Pierre-Emmanuel Gibson, condition de leur alliance en 2014, peut être vrillé par des visions opposées sur la politique nationale, dans la perspective des élections législatives.

Le soutien d’Olivier Gacquerre à Pierre-Emmanuel Gibson, préinvesti par Les Républicains dans la 9e  circonscription, n’est à ce jour pas une évidence. Les résultats de la primaire puis de la présidentielle ensuite, guideront la réflexion du maire de Béthune.

Aux élections législatives, Olivier Gacquerre ne ferme pas la porte à sa propre candidature ou à celle d’un autre UDI. Mais il y a ce fameux accord politique avec Pierre-Emmanuel Gibson (Les Républicains), qui a permis au tandem de gagner la mairie de Béthune en 2014 et qu’Olivier Gacquerre replace au niveau communal.

Accord que chacune des parties va aborder avec beaucoup de prudence : «  Celui qui sort de l’accord est mort. Et on serait morts tous les deux  », commente le maire. Alors comment gérer ce fameux lien politique, apparemment loin d’être inconditionnel ? «  On est unis pour le territoire. À Béthune, on ne colorise pas l’action. Ici, on parle de projets. Et quand on n’est pas d’accord, on se réunit et la majorité l’emporte  », soutient Olivier Gacquerre.

Sur le plan national, la vision politique reprend le dessus, les convictions aussi… «  Pierre-Emmanuel Gibson ne peut pas m’engager dans une vision que je ne partage pas. On ne fait pas de stratégie.  » Comment expliquer à une population que deux hommes unis en apparence pour conduire les projets béthunois ne le seraient pas pour briguer un mandat d’une autre strate ? La personnalité de Nicolas Sarkozy, jugée clivante par Olivier Gacquerre, rebattrait les cartes selon lui. «  Si Nicolas Sarkozy gagne la primaire, je ne suis pas sûr que tout le monde le suivra », estime l’élu.

Il y a quelques jours, interrogé dans nos colonnes, André Flajolet, maire LR de Saint-Venant, était allé plus loin, espérant que les préinvestitures enregistrées dans son parti devraient être revues si un autre que Nicolas Sarkozy gagnait la primaire.