Discours de Jean-Christophe Lagarde • 29 janvier 2017

Seul le prononcé fait foi

Chers Amis, Cher François,

Merci d’avoir été si nombreux à vous mobiliser pour ce beau rassemblement. Cette grande mobilisation fait déjà de cette journée un véritable succès pour cette campagne présidentielle. Et merci à toi François de nous y avoir invités, en signe de ta volonté de rassemblement. Les principaux dirigeants de l’UDI qui m’accompagnent aujourd’hui y sont sensibles au moment même où nous discutons encore pour la construction d’une plateforme législative commune.

François, tu as gagné la primaire de l’opposition républicaine, ce qui fait de toi le candidat légitime pour mettre fin à ces cinq années de socialisme qui ont coûté si cher à notre pays et à nos concitoyens. C’est parce que nous partageons cette même volonté d’alternance et de redressement national que la direction de l’UDI a décidé de chercher à construire une alliance programmatique et politique avec nos partenaires traditionnels que sont Les Républicains.

Vous le savez et nous en avons l’habitude, nous avons nos différences, ce qui explique l’existence de nos deux formations politiques. Mais vous le savez, et nous en avons aussi l’habitude, nous parvenons le plus souvent à additionner ces différences en construisant des projets politiques communs, localement ou nationalement, afin que les français ne soient pas condamnés à choisir entre une gauche qui a tellement échoué et une extrême droite avec laquelle nous n’avons aucune valeur en commun.

Cette construction d’une alliance équilibrée, respectueuse de chacun, porteuse de nos idées communes tout en étant capable de s’enrichir de nos différences, nous sommes encore en train de la construire ensemble.

Ce n’est jamais chose facile, mais cette alliance nous a le plus souvent conduit à des victoires lorsque nous avons su la réussir. Pour réussir, chacun doit rester lui-même et en même temps capables d’être à l’écoute de son partenaire.

Nous ne vous demandons pas de devenir centristes, pas plus que nous ne sommes fillonnistes, juppéistes ou hier sarkozystes. C’est l’addition de ce que nous sommes qui peut permettre de rassembler une majorité de Français.

Pour réussir, cette alliance a besoin de ta volonté cher François, et, à travers nos échanges, je veux témoigner ici que tu ne manques pas de cette volonté de rassemblement, et de dépassement des intérêts partisans. Ce sont deux qualités indispensables pour un candidat qui souhaite devenir Président de la République, dont la vocation est d’incarner l’ensemble de notre pays.

Tu possèdes ces qualités et je veux dire que nos discussions ont considérablement progressé ces dernières semaines, grâce à ton implication personnelle, au point de nous permettre de penser pouvoir conclure un accord dans un délai rapide désormais.

Et c’est le bon moment, me semble-t-il. Au moment où tu es attaqué comme jamais, je veux te dire que nous avons confiance en ton intégrité et en ton honnêteté. Et je souhaite que les français ne laisse pas leur regard se détourner des grands enjeux auxquels notre pays doit faire face et dont l’élection présidentielle est justement le moment de débattre et de trancher.

Et c’est  vers ces enjeux là que nous, à l’UDI, nous voulons tourner le regard des français. Car ce sont ces enjeux là que nos concitoyens devront trancher par leur vote, pas les péripéties d’un moment.

Mes chers amis, notre pays et notre continent se trouvent à une période charnière de notre histoire. La route que nous prendrons peut nous conduire vers un redressement collectif ou une effondrement définitif.

M. TRUMP vient d’entrer en fonction et déjà ses dérives inquiètent le monde à juste titre. Aujourd’hui même, sa décision de bannissement du territoire américain de milliers de personnes au seul motif de leur nationalité, y compris quand ils sont mariés à des américains, constituent la première tâche de honte sur la bannière étoilée qui a si souvent symboliser la liberté. Mais dans ces dérives, certaines nous menacent directement.

A l’heure où le président américain rêve ouvertement que l’Europe explose pour rester seul maitre du jeu et nous imposer ses intérêts, nous devons rendre l’Europe plus modeste sur tout ce qui est accessoire et réellement efficace sur l’essentiel: la défense et la gouvernance de l’Euro, la protection de nos frontières communes, la construction d’une défense européenne qui nous rende moins dépendants des Etats-Unis, le co-développement de l’Afrique dont nous sommes les seuls voisins, une espace judiciaire et policier capable de lutter efficacement contre le terrorisme et les grands trafics, enfin une stratégie industrielle commune pour ne pas dépendre des autres grands ensembles mondiaux. Oui, François, par delà nos différences, nous partageons la volonté de transformer l’Europe afin qu’elle redevienne le moyen principal de reconquête de souverainetés qui soient réelles et pas seulement d’apparence.

Sur le plan intérieur, les 35 dernières années ont mis notre pays devant un grand péril sous le poids du chômage, de la dette, et du carcan fiscal et réglementaire que nous avons démultiplié. Le risque est désormais que notre pays connaisse à la fois un effondrement budgétaire, économique, social mais aussi politique.

Face à cette situation, tu présentes François un projet qui a été trop peu lu mais invraisemblablement caricaturé. Ce projet est ambitieux c’est vrai, il comporte des efforts c’est exact, il demande des changements profonds ne le nions pas. Mais il n’est pas comme on l’a dit du sang, de la sueur et des larmes. Le sang, nous le versons depuis 1981 et c’est celui de nos entreprises qui disparaissent les unes après les autres. La sueur, c’est celle que les salariés français dépensent pour tenter de s’en sortir malgré tous les handicaps fiscaux et réglementaires que nous leur infligeons chaque jour. Les larmes, ce sont celles des millions de chômeurs et d’exclus dans notre pays quand inexorablement depuis 35 ans ils apprennent qu’ils perdent leur emploi.

Et tout ça au prix d’une dette irresponsable que nous faisons peser sur les générations suivantes, simplement parce que nous n’avons eu ni le courage de changer vraiment pour nous adapter à un monde nouveau, ni la responsabilité de faire des efforts maintenant afin de garantir un avenir meilleur à nos enfants.

Nous ne devons pas nous laisser impressionner par ceux qui racontent aux français qu’avec un tel bilan il ne faudrait rien changer. Cher François, à l’UDI, le projet que nous souhaitons construire et porter ensemble, doit être celui de l’espoir et du devoir.

Projet de l’espoir pour qu’à travers des efforts ambitieux et équitablement répartis, nous soyons capables de libérer le génie français, de reconquérir nos emplois, d’alléger notre dette, de renforcer notre défense, de restaurer l’autorité de l’Etat, de recréer un sentiment national fait de fierté, de fraternité, de solidarité et d’esprit conquérant, pas de honte, de peur du monde et de repli sur soi.

Oui la France a de formidables atouts qui pourrait lui permettre de réussir dans ce monde nouveau, qui de toute façon s’impose à nous, à condition d’accepter de remettre en cause les mauvaises habitudes qui nous enferment dans l’échec depuis si longtemps.

Projet du devoir, car notre génération doit désormais renoncer à cette lâcheté collective qui consiste à dépenser toujours plus que les richesses que nous produisons et à refiler la facture à nos enfants. Notre ambition est qu’à compter de 2017, les français d’aujourd’hui se donnent les moyens d’offrir à leurs enfants une France meilleure, plus facile et plus forte que celle que nous avons trouvée, avec le même sens du devoir que cette génération qui a reconstruit notre pays après 1945.

Chers amis, nous avons devant nous d’immenses défis à relever pour notre pays, les périls sont si grands qu’ils me font penser à ce poème d’Aragon, qu’il écrivait dans la nuit noire de l’occupation en voulant mettre tout son talent au service du rassemblement national :

Quand les blés sont sous la grêle

Fou qui fait le délicat

Fou qui songe à ses querelles

Au cœur du commun combat

Ce combat commun c’est d’ouvrir une nouvelle page d’espoir et de devoir dans l’histoire de notre pays. Chers Amis, je souhaite de toute mes forces que cet esprit sache nous rassembler dans les mois et les années qui viennent afin d’offrir à la France un véritable nouveau départ.

• Seul le prononcé fait foi •