Jean-Christophe Lagarde, président de l’Union des démocrates et indépendants (UDI), appelle à participer au grand débat national. Mais ne masque pas ses réserves sur la capacité d’écoute du Président de la République. Il sera à Rennes, vendredi 18 janvier, pour participer à Vivre ensemble, les Assises nationales de la citoyenneté.

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Jean-Christophe Lagarde, président de l’Union des démocrates et indépendants (UDI) et député de la 5e circonscription de la Seine-Saint-Denis, est un des invités de Vivre ensemble, les Assises nationales de la citoyenneté, les vendredi 18 et samedi 19 janvier 2019, au Couvent des Jacobins, le centre de congrès de Rennes. Il intervient le vendredi, à 11 h 45, dans un débat intitulé « Comment réduire les fractures territoriales ? ».

Pour lui, le grand débat national voulu par le Président de la République peut permettre de poser les bases d’un renouveau démocratique. Tout dépend, selon Jean-Christophe Lagarde, de la capacité d’Emmanuel Macron « à entendre ce qui se dit et à le traduire en acte ». Il se livre dans un entretien accordé à Ouest-France.

Selon vous, « si on supprime toutes les institutions, on économise 1,60 € par mois et par français : ça leur paie un café, mais on n’a plus de démocratie ». Vous mettez en garde contre la tentation de la table rase pour le renouveau démocratique ?

Nous vivons une crise grave qui nécessite la redéfinition d’un pacte républicain. Mais il ne faut pas partir sur de fausses solutions. Si la France a 70 milliards de déficit, ce n’est pas parce qu’il y a un budget de la Présidence de la République, de l’Assemblée, du Sénat et du Conseil constitutionnel. On peut toujours moins payer ministres et parlementaires. Mais si on a créé une indemnité pour eux, c’était pour éviter que seuls les privilégiés puissent devenir députés. Avant, seuls les riches en avaient les moyens. Le sujet du renouveau démocratique n’est pas là. Il faut que le Président de la République se rende compte que ce qu’on appelle les corps intermédiaires, élus locaux, associations, syndicats, ça sert à quelque chose. Ils ne représentent pas tout le monde, mais déjà plus de monde qu’une personne seule sur un rond-point.

Il faut en finir avec un chef de l’État jupitérien ?

On a besoin de rééquilibrer les institutions. On a le chef de l’État qui concentre le plus de pouvoirs du monde occidental et qui a en face de lui le moins de contre-pouvoirs. Résultat, on s’est moins réformé que tous les autres pays ces quarante dernières années. Parce qu’on crée du blocage. Tous les Présidents un an et demi après leur élection se retrouvent paralysés par une contestation.

Comment redonner du pouvoir au peuple ?

La démocratie représentative est indispensable. On ne peut pas fonctionner en démocratie directe à 40 millions d’électeurs. À Athènes avec 10 000 citoyens, ça ne marchait déjà pas très bien. Mais on ne peut pas non plus se contenter seulement de la démocratie représentative. Le référendum d’initiative citoyenne est évidemment une évolution nécessaire. Mais la vraie question, c’est comment on donne la possibilité au citoyen, à l’heure des réseaux sociaux et chaînes d’information permanente, d’intervenir dans le débat public entre deux élections. On ne peut plus dire « venez voter et revenez dans cinq ans », avec, entre les deux, pas d’autres moyens d’expression que la rue et la violence.

Inventer de nouvelles formes de participation… C’est le discours qu’a tenu Emmanuel Macron aux maires, mardi.

Il est temps qu’il s’en rende compte. Les parlementaires de La République en marche ont cru qu’ils étaient les porte-parole du Président, plutôt que de leurs concitoyens. Ils auraient dû entendre les Français… mais ils essayaient seulement de leur expliquer. Le rôle de l’assemblée nationale c’est de faire remonter ce que les citoyens pensent. Et quand on parle de réduire le nombre de députés, c’est aussi stupide que le non-cumul des mandats entre maires et parlementaires. Il n’y a plus de maires à l’Assemblée et il n’a fallu qu’un an pour que les gens disent « vous êtes déconnectés ».

Ces dernières décennies, les parlementaires étaient autorisés à cumuler et ils n’ont pas vraiment donné la preuve qu’ils étaient connectés.

Mais on n’a jamais eu une situation telle que celle qu’on connaît. Pour avoir connu la période où il y avait des maires dans l’hémicycle, je peux vous dire que les débats étaient un peu moins abscons, théoriques, idéologiques, avec des gens qui assènent des vérités qui ne sont pas vérifiées sur le terrain. Moins vous aurez de parlementaires, moins vous aurez de moyens de rencontrer les Français et d’interpeller le pouvoir.

Après les passions, reviendra-t-on à la raison ? Pourra-t-on recoudre du vivre ensemble ?

En France, on voue un culte à la raison, mais on vit nos débats politiques uniquement sur le mode passion. Mais à un moment, il faut revoir comment on vit ensemble. D’abord il faut un pacte économique et social, qui n’est plus respecté aujourd’hui et qui a créé cette révolte. Quand on travaille, on doit pouvoir s’en sortir. Quand vous avez les trois quarts de la population qui voit son niveau de vie baisser et le dernier quart qui s’en sort mieux, il faut rééquilibrer. À cela s’ajoute un décrochage territorial où les grandes métropoles concentrent les gens qui ont les moyens d’y habiter et donc les plus riches avec à leur disposition tous les services publics possibles… Tandis que ceux qui  n’ont pas suffisamment d’argent se retrouvent en banlieue ou en zone rurale. On a oublié l’aménagement du territoire. Les métropoles doivent contribuer beaucoup plus à permettre aux autres personnes de vivre. Enfin, il faut aussi retrouver un pacte européen, et que l’Europe cesse de s’occuper de tout un tas de choses pour lesquelles on n’a pas besoin d’elle.

Est-ce que le grand débat national va aider à refonder ce pacte républicain ?

Il faut y participer. On ne peut pas avoir un Président qui a refusé d’écouter les Français pendant 18 mois et au moment où il dit « faut qu’on parle » lui tourner le dos. La seule question, c’est l’issue du débat : quelle est la capacité d’Emmanuel Macron à entendre ce qui se dit et à le traduire en acte. Je ne fais pas a priori confiance à Emmanuel Macron, car il a démontré qu’il n’avait pas une grande capacité d’écouter. Mais si on rejette cette solution, que fait-on pendant les trois prochaines années ?

Vendredi 18 et samedi 19 janvier, Vivre ensemble, les Assises nationales de la citoyenneté, les vendredi 18 et samedi 19 janvier 2019, au Couvent des Jacobins, le centre de congrès de Rennes. Participation gratuite mais sur inscription sur le site de Vivre ensemble.