Françaises, Français, Chers compatriotes,

L’année 2019 se termine et elle a été éprouvante. Éprouvante à bien des égards et particulièrement par la fin d’année et le conflit social que nous avons vécus. Cette année a été éprouvante aussi parce que des événements politiques sont venus percuter nos activités, je pense en particulier à ce qui vient de se passer sur la fin de la COP 25 c’est à dire de cet accord qui n’a pas été trouvé, auquel on a renoncé pour mieux protéger notre environnement, protéger la planète, sauver l’avenir de notre planète et de nos enfants.

Je pense évidemment aux élections au Royaume-Uni, qui ont confirmé le Brexit et qui va conduire à la fois l’Union européenne dans une situation difficile et le Royaume-Uni lui-même, sans doute devant des difficultés qu’il ne mesure pas. Et puis en France des difficultés sociales avec une grande incompréhension sur la réforme des retraites, comme on l’a subie ces dernières semaines. À ce sujet de ce régime de retraite par points, nous avons des acquis qui sont formidables et qui peuvent être augmentés avec une meilleure pension pour les Français les plus modestes, une meilleure prise en compte de la pénibilité, des droits nouveaux acquis pour les femmes ou pour les agriculteurs et leurs conjoints.

Voilà des avancées significatives et je ne comprends pas que le Gouvernement s’accroche à l’âge pivot de départ à la retraite qui n’est pas un bon système et qui est un autre sujet. Nous devons conserver la retraite par points. L’âge pivot, l’équilibre des régimes de retraite est un autre sujet dont nous devons débattre dans un second temps.

Alors que c’est le début de l’année 2020 aussi, je souhaite en réalité que nous puissions avoir de l’espoir, avoir de l’espoir pour mieux défendre l’environnement. Si la COP 25 a été un échec, la prise de conscience par les citoyens à travers le monde entier de la difficulté à laquelle nous devons faire face tous ensemble, des modifications des modes de vie, des modes de production, des modes d’habitation, qui sont nécessaires dans chacun de nos pays bien sûr en France, en Europe, mais aussi dans les autres pays du monde peut progresser.

C’est cette nouvelle génération, c’est cette prise de conscience qui doit nous permettre de prendre les décisions les plus importantes, mais surtout les plus visionnaires, celles qui doivent jouer sur le temps long, sur le long terme. On a des modifications dans nos modes de vie, dans nos modes de production, dans nos modes de transport, à faire dès maintenant mais qui n’auront des effets que sur le long terme. Il faut retrouver cette capacité à la prospective c’est à dire à regarder ce qui va se passer demain et après-demain, plutôt que d’essayer de tout sacrifier au plaisir de l’instant.

Sur l’Europe, je souhaite aussi une Europe plus stratège et moins naïve. Je suis au regret de voir l’Union européenne incapable de définir des politiques industrielles communes, qui nous permettent de ne pas dépendre demain des Etats-Unis, de la Chine de l’Inde et d’autres puissances. Je suis consterné de voir que l’accord qui a été conclu sur le Brexit entre les pays européens et le Royaume-Uni fait de nous, une fois de plus, les grands naïfs avec une frontière qui risque d’être poreuse et l’Irlande du Nord qui risque en réalité d’être un porte-avions américain et chinois pour faire entrer sur le territoire européen en fraude qui ne sera pas contrôlée des produits dont nous ne voulons pas ou des produits qui feront du dumping social, de la concurrence déloyale.

L’Europe doit se ressaisir et j’espère que le Parlement européen saura dire non à un accord qui est un mauvais accord. Elle doit aussi devenir plus stratège c’est-à-dire faire en sorte qu’elle affirme nos souverainetés, notre puissance. Nous avons une vraie puissance dont nous ne nous servons pas. Par exemple, pour avoir une monnaie qui soit une monnaie d’échange internationale et ne plus dépendre du dollar et des décisions de M. Trump ou de tout président des Etats-Unis qui se présentera.  Par exemple en étant capable de construire une meilleure défense européenne, parce que les menaces sont nombreuses; elles le sont à l’Est avec une Russie de plus en plus agressive mais elles le sont aussi au sud, avec le terrorisme qui se développe et qui ne vise en réalité qu’à attaquer notre continent.

Nous devons avoir une vision plus stratège quand on voit le retard pris par l’Union européenne en matière d’intelligence artificielle, de collecte des données, qui sont le nouveau pétrole, la nouvelle source de richesse des années à venir, et que malheureusement nous ne nous sommes pas mis en situation de développer et d’exploiter. Résultat nous sommes d’ores et déjà décrochés par la Chine, par les Etats-Unis et c’est eux qui vont nous imposer la façon dont nos données seront traitées, la façon dont ils feront de l’argent avec, ce qui pourtant nous appartient, et là encore on est face à un renoncement. J’espère que l’année 2020 sera une année où les dirigeants européens ou le Parlement européen se ressaisiront.

Et en France, en France où  malheureusement bien souvent nous nous écharpons, où nous nous étripons sur des sujets d’actualité immédiate, on doit aussi savoir retrouver la vision stratégique du temps long. C’est le rôle du président de la République que de regarder loin et de montrer à l’ensemble des Français où nous allons. C’est malheureusement ce qui se fait le moins, depuis maintenant une quinzaine d’années.

Et nous avons de nombreux défis auxquels nous devons faire face. Par exemple, une révolution dans l’éducation, qui doit tenir compte d’un monde où l’économie va fonctionner à partir de la numérisation, de la robotisation et où malheureusement on apprend encore d’anciennes professions dont beaucoup vont disparaître. On a besoin de remettre à plat notre façon d’enseigner et les objectifs d’enseignement pour adapter nos enfants, adapter nos jeunes, au monde dans lequel ils seront demain et non pas à celui dans lequel ont vécu leurs parents. On a besoin de progresser dans le domaine de l’environnement de façon beaucoup plus volontariste qu’on ne le fait aujourd’hui, pour réduire nos déchets, pour réduire nos consommations de chauffage, pour améliorer des modes de déplacements qui soient plus doux, pour faire en sorte que l’on ait par exemple une grande filière de production d’hydrogène, qui permette que les voitures roulent sans polluer et en plus sans dépendre des pays producteurs de pétrole, c’est-à-dire en garantissant pour nous un meilleur pouvoir d’achat, un meilleur environnement et une meilleure indépendance.

Nous avons devant nous des défis sociaux très importants à prendre en compte. Voilà quinze ans qu’on parle de la situation des personnes qui finissent leur vie en situation de dépendance, dont on sait qu’elle est mal prise en charge et que les plus pauvres finissent leur vie dans de très mauvaises conditions. Quinze ans, quinze ans pendant lesquels on a parlé sans rien faire. Eh bien la vision du temps long c’est de se dire : prenons en charge ce problème de la dépendance, mettons en place cette couverture sociale pour les Français dès maintenant et ceux qui en profiteront dans les années à venir sauront qu’ils ont été dirigés par des gens qui ne regardaient pas que ce qui se passe aujourd’hui mais qui sont capables d’envisager, de déterminer, de définir ce qui doit se passer demain et après demain.

De la même façon, la France reconnaît de plus en plus cette diversité, la diversité de ses territoires : ceux qui vivent dans les grandes métropoles et ceux qui vivent dans les petits villages, ou les villes intermédiaires. Et on doit pouvoir avoir un grand acte de décentralisation – j’espère qu’il viendra en 2020 –  pour permettre justement aux élus locaux, ceux que vous allez choisir à l’occasion des élections municipales, de s’adapter et d’adapter les modes de fonctionnement à leurs territoires. On doit leur confier la possibilité d’arranger les normes, d’arranger un certain nombre de règles, y compris parfois de lois, d’avoir des choix qui permettent d’être adaptés selon qu’on est frontalier ou qu’on vit en plein centre de la France, selon qu’on est dans une grande zone urbaine ou qu’on est dans un petit village. Bref, avoir une loi qui soit moins uniforme et pour laquelle les élus locaux aient le pouvoir d’adapter la loi à leur situation réelle. C’est en réalité permettent de coller au plus près de ce que vous vivez, chacun et chacune d’entre vous, dans vos territoires.

Bref, si l’année 2019 a été difficile il ne tient qu’à nous de faire, à travers les élections municipales, à travers les débats que nous devons avoir, de l’année 2020 une année porteuse d’espoir, prometteuse. Là où on est capable ensemble, nous le pays de Descartes, de retrouver la raison et de regarder ce qui va se passer dans le temps long. Quels sont les défis auxquels nous devons faire face pour protéger l’environnement, pour mieux sauvegarder notre indépendance face aux grandes puissances mondiales ou aux grandes puissances économiques, pour faire en sorte que les problèmes économiques et sociaux que nous avons soient mieux abordés et anticiper dans notre pays, pour ne pas toujours réagir au pied du mur.

Nous en sommes capables contrairement à ce que parfois nous pensons tous ensemble.

Et c’est le vœu, ce sont les vœux que je formule pour cette année 2020.

Soyons capables de redevenir français, c’est-à-dire lucides, intelligents; compréhensifs entre nous et capables de regarder comment nous voulons construire le monde de demain et d’après demain.