TRIBUNE DE JEAN-CHRISTOPHE LAGARDE – Nous poursuivrons le dialogue avec tous ceux qui partagent notre diagnostic et nos ambitions.

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Après l’effondrement du Mur de Berlin et de l’ensemble du bloc soviétique, l’Europe a raté la chance historique qui était la sienne de donner un nouvel élan à la construction européenne. L’Europe qui s’est relevée des guerres et de la barbarie de la première moitié du XXe siècle en inventant un modèle unique de coopération entre nations, nous apporté paix et croissance. Mais elle n’a pas su retrouver le même souffle et saisir l’occasion de devenir la puissance qu’elle devrait être. Elle s’est rabougrie dans une vision administrative et pusillanime de ses missions.

Par manque de vision, elle accompagne et subit, aujourd’hui, une mondialisation qui nous impose des intérêts et des modèles économiques et sociaux aux antipodes de ceux que l’humanisme européen a fait émerger au cours des siècles.

Tandis que les populistes de tous bords trouvent de plus en plus d’écho auprès de nos concitoyens déboussolés, la responsabilité des gouvernements nationaux, au cours des dernières décennies, est immense. Car plus les voix des europhobes portent haut, moins les dirigeants nationaux défendent l’étendard européen. Chaque fois qu’une mesure impopulaire est prise, ils brandissent l’Europe comme bouc-émissaire, pour s’exonérer de leurs propres responsabilités. Aucun d’entre eux n’a été capable de fixer des perspectives fédératrices.

De petites lâchetés en grands renoncements, le plus beau projet politique porté sur notre continent se détisse sous nos yeux.

Nos concitoyens ont fini par croire que nos échecs collectifs étaient imputables à « trop d’Europe » alors même que c’est parce qu’il n’y avait « pas assez d’Europe » que nous avons échoué.

Dans un monde où l’Union européenne représente moins d’un quart de l’économie mondiale et où la France elle-même ne pèse plus que 3%, dans un monde de plus en plus incertain où les alliances se font et se défont à une vitesse inédite, dans un monde où les alliés d’hier deviennent plus incertains d’aujourd’hui, comment notre pays pourrait peser seul dans les échanges mondiaux, résister aux diktats économiques des nouvelles puissances, assurer son indépendance énergétique, lutter contre les menaces qui pèse sur nous?

La question qui nous est posée aujourd’hui n’est pas de savoir si nous risquons de perdre notre souveraineté nationale en mutualisant à l’échelle de l’Union européenne les compétences que nous ne savons plus exercer efficacement seuls. La question est de prendre conscience que nous avons déjà perdu beaucoup de nos souverainetés vis-à-vis des autres grandes puissances mondiales en n’acceptant pas de nous fédérer.

La première mission de l’Europe, aujourd’hui, doit être de préserver nos souverainetés encore existantes et de reconstruire celles que nous avons perdues dans le but de défendre nos modes de vie.

Dans un monde qui ne fait plus cas des valeurs humanistes et universalistes que la civilisation européenne a façonnées, il en va de la survie de nos modèles de société.

Dans la droite ligne du chemin tracé par Valéry Giscard d’Estaing, nous devons créer deux cercles bien distincts: « une Europe Puissance » fédérée par un socle de valeurs communes et par des partages de souveraineté et une « Europe géographique », un espace de libre-échange que nous connaissons mais qui devra harmoniser ses règles de concurrence interne afin d’en garantir la loyauté.

Cette « Europe Puissance » que nous voulons bâtir devra s’organiser autour de quelques missions stratégiques:

Un Ministère Economique Fédéral (MEF)

Ce ministère planifiera dans la zone euro des stratégies industrielles, commerciales, de recherche, d’innovation et énergétiques communes parce qu’il n’y a qu’en étant à l’avant-garde que l’Europe pourra retrouver son rang et préservera sa souveraineté face aux grandes puissances.

Un véritable Parquet Européen (PE) et une Police Fédérale Européenne (PFE)

Ils seront habilités à lutter contre le terrorisme et contre les grands réseaux criminels qui profitent des frontières pour prospérer.

Un Ministère Européen des Migrations (MEM)

Doté d’une administration fédérale de garde-côtes et de garde-frontières ayant des moyens renforcés, ce ministère harmonisera le droit d’asile à l’échelle européenne avec des critères d’accueil cohérents et précis. Chaque pays fixera tous les ans le nombre et la typologie des étrangers qu’il souhaite recevoir. Le MEM sera chargé de faire respecter ces règles et d’instruire les demandes dans les pays de départs à partir de centres d’accueil situés hors de l’Union ;

La construction d’une défense européenne commune

Elle doit être bâtie sur une autonomie stratégique, technologique, industrielle et une coopération opérationnelle au sein de l’OTAN, car les évolutions du monde démontrent, mois après mois, que l’Europe ne doit plus dépendre à ce point des Etats-Unis qui sont devenus très imprévisibles ;

Une Europe plus verte

Il s’agit de faire de la politique énergétique commune un nouveau pilier pour garantir notre souveraineté énergétique, tout en assurant la solidarité entre Etats européens et en faisant de la transition énergétique un relais de croissance et un facteur d’indépendance ;

La relance d’une nouvelle PAC

Afin que la PAC réponde à des objectifs fondamentaux : assurer la souveraineté alimentaire en étant capable de nourrir le continent et d’exporter ses productions par une industrie agroalimentaire durable et performante tout en garantissant la sécurité et la qualité alimentaires. Parce que les agriculteurs assument ces missions vitales, un revenu doit leur être garanti.

Un corridor fiscal

Sur le modèle du serpent monétaire européen, créer un corridor fiscal fixant des minima et des maxima que les taux d’imposition nationaux des entreprises devront respecter, avec l’objectif de les rapprocher suffisamment en dix ans. Sur le même modèle, nous voulons un corridor social pour rapprocher les droits sociaux afin d’éviter le dumping entre Etats européens. Le dumping social et fiscal que nous constatons aujourd’hui est une violation flagrante de l’esprit même de solidarité sur lequel l’Union s’est construite ;

Le transfert de 2 points de TVA vers l’Europe

Compensé par la baisse des contributions des États (donc neutre pour le contribuable et les États), afin que l’Union européenne ait des ressources propres leur permettant de sortir des logiques égoïstes des Etats membres. La mise en place d’une Taxe sur les mouvements financiers et sur les GAFAS pour financer notamment les investissements structurants, le droit à Erasmus pour tous les jeunes et la nouvelle PAC;

Bâtir une co-croissance entre l’Europe et l’Afrique

Parce que nous sommes les seuls voisins de ce continent qui représente autant une formidable chance économique de développement commun pour l’Europe qu’un risque majeur si nous n’accompagnons les mutations de l’Afrique parallèlement à son explosion démographique.

L’UDI est la seule famille politique française à porter avec constance et sans ambiguïté le projet fédéraliste européen.

Lorsque les autres formations politiques majeures baissent pavillon, face aux doutes de nos concitoyens, c’est à chaque fois notre famille qui relève l’étendard européen et porte ce message pour lui redonner du souffle. C’est encore ce que nous ferons en 2019.

C’est l’une de nos plus impérieuses missions. Il est de notre responsabilité de porter haut ce message d’une Europe Fédérée qui est notre dernier rempart pour protéger nos souverainetés et nos modes de vie face au reste du monde.

Nous le ferons, tout au long des douze prochains mois. Nous poursuivrons le dialogue avec tous ceux qui partagent notre diagnostic et nos ambitions. Parce qu’ils sont singuliers, ces valeurs et ce projet devront être portés par nos candidats lors des élections européennes à venir et nous avons la volonté de rassembler autour de cette vision ambitieuse de l’Europe.