Tribune
Paris, le 08 mars 2019

 

 Jean-Christophe Lagarde, président de l’UDI, député de la Seine-Saint-Denis, alerte sur les difficultés rencontrées par les mères célibataires et appelle à en faire une grande cause européenne.

Aujourd’hui, c’est la journée internationale des droits des femmes. Nous nous accorderons tous à dire qu’il y a encore de nombreux combats à mener pour les droits des femmes dans le monde, en Europe, mais aussi chez nous. L’actualité démontre malheureusement que ce combat ne sera jamais définitivement gagné sans vigilance permanente. La hausse aussi spectaculaire que scandaleuse des violences faites aux femmes dans notre propre pays en 2018 en est un triste avertissement.

Mais, en ce 8 mars, parmi ces combats, il y a une cause qui me tient particulièrement à cœur : celui des mères célibataires parce qu’elles sont le plus souvent livrées à elles-mêmes.

Élu local à leur contact, je suis touché par leur courage. Je les ai croisées sur le chemin de leur travail, courant récupérer leurs enfants, parfois en détresse dans les locaux associatifs ou, face à face, dans les cas plus difficiles, en mairie ou dans ma propre permanence parlementaire.

Nous ne mesurons pas assez l’importance de ces mères-courage. Elles sont parfois l’ultime lien entre leurs enfants et la société. Lorsqu’elles faiblissent, ces enfants sont alors livrés à eux-mêmes, sans autorité parentale, sans filet de sécurité, et courent le risque d’être entraînés dans une spirale d’échec scolaire et de désocialisation.

C’est pour cela que le combat quotidien de ces mères célibataires est celui de toute notre société. C’est la mission de la République de ne pas laisser ces enfants dériver. Et donc, c’est le rôle de la République de ne pas laisser ces femmes livrer ce combat seul.

Ce n’est pas un problème propre à la France. C’est une situation que rencontrent toutes les sociétés occidentales, tous les pays européens. Selon l’INSEE et Eurostat, depuis les années 1970, tous les Etats européens ont vu le nombre de familles monoparentales multiplié par plus de deux. Derrière ces statistiques, il y a des réalités encore plus complexes. Pour une famille composée d’un seul adulte qui vit sans conjoint avec, un ou plusieurs enfants, de moins de 25 ans, il y a, dans la plupart des cas, des femmes, isolées. En France, une famille sur cinq est monoparentale et dans plus de huit cas sur dix, ce sont bien les mères de famille qui sont en charge de leurs enfants. Chez nos voisins européens, le constat est le même :

  • En 2017, sept fois plus de femmes que d’hommes vivaient seules avec un ou plusieurs enfants ;
  • En 2017, 7,6 % des femmes de 25 à 49 ans vivaient seules avec des enfants, contre 1,1 % d’hommes du même âge.

En France, une famille sur cinq est monoparentale et dans plus de huit cas sur dix, ce sont bien les mères de famille qui sont en charge de leurs enfants.

Notre réponse sera plus forte si elle est européenne. L’Europe doit aider les Etats à faire face. Pour ce faire, nous devons en faire une « grande cause européenne », à l’image des grandes causes nationales qui permettent, chaque année, en France, d’identifier et d’accompagner des associations à but non lucratif dans leurs missions (garde, soutien scolaire, information, conseil juridique etc.). S’appuyant sur le même schéma, un tel label à l’échelle européenne permettrait de multiplier les actions de ces associations.

Par ailleurs, une partie des fonds européens dédiés à l’éducation et à l’enseignement supérieur devrait également être affectée au soutien prioritaire de ces familles pour développer des systèmes de garde et d’études parce que c’est le seul moyen de concilier réussite professionnelle des mères et scolaire de leurs enfants.

L’Europe ne peut pas être qu’un grand marché. Pour que les Européens renouent avec le sentiment d’appartenance, l’Europe doit aussi épouser les grandes causes de notre temps.