TRIBUNE – Yves Jégo, Vice-président de l’Assemblée nationale, revient sur la possibilité de créer un service national universel et livre ses propositions.

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Emmanuel Macron avait promis pendant la campagne présidentielle d’instaurer un service national universel. Le 28 avril, le JDD révélait que le groupe de travail chargé du sujet par le Président privilégiait une durée d’un mois obligatoire. La période sera consacrée à des activités sportives, à l’enseignement des gestes de premiers secours et l’acquisition de réflexes en cas de situation de crise, ainsi qu’à la transmission des valeurs civiques et républicaines. Dans une tribune, Yves Jégo député UDI de Seine-et-Marne et vice-président de l’Assemblée nationale, revient sur cette mesure et fait une contre-proposition.

« Le débat annonçant le retour d’une forme de service national est un signe encourageant pour tous ceux qui militent afin de redonner à notre pays le sens du devoir et le goût de l’engagement collectif, dans un monde où l’égoïsme individuel semble triompher. Il n’est pas choquant, dans un pays où l’éducation est gratuite, que la nation attende en retour de chaque jeune citoyen un engagement significatif au service de l’intérêt collectif. Un tel dispositif citoyen est utile à notre cohésion en participant au brassage social, préambule d’un meilleur vivre-ensemble.

Six mois modulables et fractionnables

Pendant longtemps, la conscription militaire a joué ce rôle de creuset de la nation. Depuis l’élection présidentielle, un débat s’est ouvert et semble malheureusement virer au méli-mélo au regard des diverses instances qui s’expriment tour à tour avec chacune des conclusions divergentes. Après avoir évoqué le retour d’un service d’un mois pendant sa campagne électorale, le chef de l’État s’est prononcé le 13 février pour ‘un service national universel’ avec ‘une partie obligatoire de trois à six mois’. Cette mesure aurait un coût annuel oscillant entre 3 et 6 milliards d’euros en fonction des options retenues. Elle paraît, dans tous les cas de figure, hors de portée financière et particulièrement compliquée à organiser.

Conscient des réalités économiques et soucieux d’éviter les systèmes complexes dont notre pays raffole, je suis partisan, depuis longtemps, de l’instauration d’un service national de six mois pour chaque jeune Français. Ce service obligatoire serait modulable et fractionnable, au besoin, entre son 16e et son 30e anniversaire.

L’engagement serait donc possible en une seule fois ou réparti en multiples périodes étalées sur quatorze ans selon les souhaits et les possibilités de l’intéressé afin de prendre au mieux en considération son rythme professionnel, personnel et estudiantin.

Ce service national obligatoire se réaliserait auprès de nombreux organismes agréés par l’État et aptes à accueillir le jeune. On peut ainsi imaginer de multiples formes d’engagement dans les associations, les ONG, les établissements publics, les grandes entreprises pour des missions d’intérêt général, les institutions culturelles, sportives ou éducatives, la police, les pompiers, les services aux personnes âgées ou handicapées, et bien sûr… les forces armées.

Un carnet individuel de service national – au besoin électronique – serait rempli au fur et à mesure afin de comptabiliser le temps passé. L’accomplissement total des six mois permettrait à chaque jeune de bénéficier d’un semestre supplémentaire pour accéder à sa retraite et pourrait ouvrir d’autres droits ou avantages.

Ce service fractionnable pourrait aussi, dans mon esprit, être défrayé selon les modalités et possibilités de chaque structure de support. De ce fait, ce dispositif, concernant environ 800.000 jeunes garçons et filles par an, coûterait dix fois moins que tous les dispositifs actuellement envisagés et pèserait infiniment moins sur les finances publiques que toute résurgence – même d’un mois – de l’antique service national en caserne!

‘Sers ton pays!’ serait le message clé porté par cette mesure adaptée au désir d’engagement de chaque jeune et répondant ainsi aux besoins de multiples organisations œuvrant pour l’intérêt général. Voilà un concept simple et pragmatique qui redonne du sens à la citoyenneté sans pour autant être un carcan pour notre jeunesse ni peser lourdement sur les contribuables ou sur les déficits publics. »