Motion adoptée par le Conseil national de l’UDI

ASSEZ DE MENSONGES ! Depuis cinq ans, l’Europe est accusée, chaque jour, d’être incapable de gérer les crises migratoires. Les populistes de tous pays réclament le retour au pouvoir national pour gérer les migrants. La plupart des médias reprennent cette ânerie à travers toute l’Europe. Des Gouvernements tombent ou vacillent sous ces coups de boutoir démagogiques et l’Europe menace de sombrer sous ces accusations.

Le plus invraisemblable de cette situation, c’est que bien qu’accusée de tous les maux, l’Europe n’a aucune compétence en matière migratoire car les Etats n’ont jamais voulu les lui confier ! Ce sont les Etats et leurs égoïsmes qui ont failli dans la crise des migrants ; pas l’Europe qui n’a aucun pouvoir en la matière !

Paralysés par leurs égoïsmes nationaux et incapables de coordonner leurs politiques migratoires et leurs administrations, les Etats membres s’empressent de rejeter la « faute sur Bruxelles », cherchant à faire oublier à leurs concitoyens leur incapacité à mettre en œuvre une politique commune courageuse et ambitieuse aux frontières de l’Europe.

Pas un responsable, pas un média ne rappelle que cela fait seulement 18 mois que FRONTEX a été concédée à l’Europe, par des Etats sans volonté et débordés par la crise, avec des pouvoirs, des missions et des moyens ridicules face à l’enjeu migratoire. Et, encore, cela n’a été le cas que parce que les pays du sud de l’Europe n’avaient pas les moyens militaires et policiers de garder seuls leurs frontières…

Comme le fut en son temps « Maastricht », « Schengen » est agité comme un totem par les « eurodestructeurs » pour accuser l’Europe de tous les maux et de toutes les faiblesses. Mais ce sont les mêmes forbans qui refusent qu’elle s’en occupe !

En la matière, l’Europe n’est pas coupable. Car elle n’a jamais eu la mission, ni le pouvoir de gérer cet enjeu majeur. C’est l’absence d’Europe qui rend les migrations ingérables ! Les Etats membres échoueront tant qu’ils ne mutualiseront pas leurs compétences dans une politique commune pour créer une véritable administration fédérale capable de protéger les frontières de l’Europe et de gérer les migrations au service de nos Etats.

« Pour s’organiser et ne plus subir, la gestion des flux migratoires et du droit d’asile doit être assurée au niveau européen »

Depuis trente ans, notre famille, celle des centristes, des humanistes et fédéralistes européens milite pour une politique migratoire commune de l’Union Européenne :

en 1989, derrière Simone Veil nous proposions déjà la création d’un corps de garde-côtes européens ;

• depuis quinze ans, nous défendons sans relâche la création d’un Ministère Européen des Migrations (MEM), pour que les Etats aujourd’hui démunis face aux pressions migratoires qui pèsent à leurs frontières fassent front ensemble afin de ne pas avoir de trous dans la raquette ;

• depuis quinze ans, nous militons pour que l’Europe s’inspire du modèle fédéral canadien où chaque Etat décide du nombre de personnes qu’il peut et veut accueillir et où le niveau fédéral gère l’ensemble des flux, pour garantir le respect du choix de chaque Etat ;

• depuis dix ans, nous demandons une définition commune du droit d’asile, car un étranger en danger dans son pays d’origine l’est tout autant selon qu’il demande protection au Danemark ou au Portugal.

Les 28 et 29 juin prochains, les chefs d’Etat européens se réuniront à Bruxelles avec l’ambition affichée de relancer la construction européenne. Ce Conseil européen doit permettre, enfin, de quitter le milieu du gué pour définir les règles d’un transfert à l’échelon européen des compétences nationales en matière d’immigration et de droit d’asile.

L’UDI demande donc solennellement aux chefs d’Etat européens d’engager le processus de création d’un Ministère Européen des Migrations et du Droit d’Asile pour gérer les questions d’immigration de chaque pays fédéré, doté des moyens d’assumer les missions suivantes :

• la protection des frontières de l’Europe par la création d’un corps de garde- côtes et de garde-frontières européen dotés de moyens humains renforcés ;

• la création de centres d’accueil et d’examen des demandes d’asile, communément appelés « hot spots », dans des pays sûrs situés sur le continent d’origine des demandeurs pour éviter de les laisser prendre le danger inconsidéré de traverser la Méditerranée dans des conditions inhumaines. Une fois créés, ces mêmes centres auront également vocation à accueillir les personnes interceptées en Méditerranée ou en Europe jusqu’à l’examen de leur demande ;

• la mise en oeuvre de la règle selon laquelle la régularisation des immigrants illégaux ne sera pas possible en dehors du passage par ces centres et le conditionnement des aides européennes au développement à la coopération des pays bénéficiaires au contrôle des migrations ;

• la centralisation des politiques migratoires en conservant pour chaque Etat le soin de fixer le nombre d’étrangers qu’il veut accueillir et les critères de visa ;

• la gestion de l’ensemble des demandes de visas et l’unification d’un droit d’asile européen pour ne pas laisser les demandeurs utiliser les failles des administrations nationales ;

• la suppression de la liberté d’installation pour les étrangers non communautaires ; un visa étant nécessaire pour changer de pays afin de garantir que chaque nation conserve la faculté d’accueillir les personnes qu’il souhaite en fonction de ses capacités (un titre obtenu dans un pays ne pouvant pas donner le droit de s’installer dans tous les autres) ;

• la simplification des clauses de sauvegarde pour mieux faire face à une menace terroriste appelée à durer.

Aucune politique de gestion des flux migratoires ne pourra réussir si, parallèlement, l’Europe ne s’engage pas dans un puissant effort de co- développement avec l’Afrique. Par sa démographie, le continent africain est une bombe à retardement si nous n’accompagnons pas sa transition économique. Mais, seule voisine de ce continent, l’Europe doit aussi comprendre que l’Afrique est également une extraordinaire opportunité de co- croissance avec les perspectives qu’offre l’émergence un continent de 1,2 milliard d’habitants, qui doubleront d’ici 2050.

L’UDI mandate son Président, Jean- Christophe LAGARDE, pour défendre cette vision de notre avenir européen lors du sommet des chefs de partis et chefs de Gouvernements européens membres de l’ALDE (Alliance des Libéraux et Démocrates Européens) qui aura lieu à Bruxelles le 28 Juin prochain, en présence de nos 7 chefs de Gouvernement.