Le 4 novembre, l’heure sera venue d’assumer pour la première fois, dans un scrutin démocratique partagé, cette divergence politique majeure. Le résultat ne fait pas de doute : une large majorité des Calédoniens votera contre l’indépendance. En votant « non » à l’indépendance, ils refonderont ainsi la légitimité du lien de souveraineté qui les unit à la France : ce lien, imposé par l’acte de prise de possession le 24 septembre 1853, aura été démocratiquement choisi le 4 novembre 2018.
Les Calédoniens marqueront aussi leur attachement à cette France qui relie toutes les communautés entre elles par sa langue, ses valeurs, et une histoire commune, et qui les protège, en assurant la sécurité du pays, à l’intérieur comme à l’extérieur de ses frontières.
Ils affirmeront par ce vote leur volonté que la Nouvelle-Calédonie continue à s’épanouir dans ce vaste espace de liberté que lui offre la République.
Abandonner le « grand rêve d’un pays pleinement souverain »
Pour autant, si l’arithmétique électorale est un fait politique, elle ne peut, dans notre pays, constituer, à elle seule, une solution politique. Parce que la grande majorité des indépendantistes sont des Calédoniens d’origine kanak et l’immense majorité des non-indépendantistes des Calédoniens d’origine non-kanak, il nous faudra, au lendemain du référendum, continuer à tresser la natte du vivre-ensemble dans la paix, que nous avons commencée il y a trente ans.
Nous devrons d’abord, par la voix du dialogue, dégager un premier consensus pour éviter l’organisation, comme le prévoit l’accord de Nouméa, d’un deuxième et d’un troisième référendum en 2020 et 2022, qui seraient immanquablement générateurs de tensions politiques et de graves difficultés économiques et sociales.
Nous devrons aussi, sur ces nouvelles fondations issues du suffrage universel, et parce que l’accord de Nouméa est transitoire, définir une nouvelle organisation politique – non limitée dans le temps – pour poursuivre notre émancipation au sein de la République, dans le respect des convictions de chacun. Il nous faudra continuer à apprendre à conjuguer « souveraineté » et « République », car c’est la République qui nous donne les moyens de notre souveraineté en son sein.
Enfin, à plus long terme, probablement à l’échelle d’une génération, de la même manière que les indépendantistes ont su abandonner le « grand rêve d’un pays à tout seuls » en acceptant un partage de souveraineté sur le destin du pays avec tous ses citoyens, ils devront abandonner le « grand rêve d’un pays pleinement souverain » en acceptant un partage de souveraineté définitif avec la France. Abandonner ce rêve, ce n’est ni se renier ni renoncer, car la revendication aura permis la naissance d’un pays nouveau. Abandonner ce rêve, c’est accepter les mutations de la société kanak qui, son identité restituée, aura su trouver ses équilibres avec les autres composantes du peuple calédonien, dans un archipel libre de se gouverner tout en restant protégé par le grand récif de la République.