Le 10 octobre, la présidence irlandaise du Conseil a présenté un compromis ramenant le cadre financier pluriannuel 2028-2034 à environ 1 825 milliards d’euros en prix courants, soit 8% de moins que la proposition de la Commission.
Discuté lors du Conseil européen des 15 et 16 octobre, ce compromis n’a toutefois pas convaincu. Un accord politique d’ici fin 2026 permettrait l’adoption des textes en 2027 et garantirait la continuité des financements dès janvier 2028.
Derrière ces chiffres se joue un choix politique majeur. La Commission propose 1,26% du RNB de l’Union, autour de trois piliers : 865 milliards pour les plans de partenariat nationaux et régionaux (agriculture et cohésion), 409 milliards pour la compétitivité, la recherche et l’innovation, 200 milliards pour l’action extérieure. Le compromis irlandais limite la réduction de l’agriculture et de la cohésion à environ 3%, mais ampute de 13% l’enveloppe consacrée à la compétitivité, à la recherche et à la défense. C’est précisément là que se joue notre avenir.
Trop souvent, le débat est ramené à une question comptable : combien chaque État verse, combien il récupère. Le budget européen n’est pas un tableau Excel entre capitales. C’est un instrument de souveraineté pour investir là où l’action nationale ne suffit plus : défense, énergie, technologies critiques, puissance industrielle.
C’est particulièrement vrai pour la recherche. Faire reculer le cancer, développer les technologies décarbonées ou sécuriser nos approvisionnements énergétiques exige des investissements massifs et une action à l’échelle du continent. L’Europe doit transformer son excellence scientifique en innovations, en emplois et en capacités industrielles. Encore faut-il lui en donner les moyens.
Pour la France, l’enjeu est concret : près de 65 milliards d’euros de PAC et environ 18 milliards de fonds de cohésion sur 2021-2027. S’y ajoutent un marché unique de 450 millions de consommateurs, des coopérations scientifiques et une capacité collective à peser dans le monde.
Défendre un budget ambitieux, ce n’est pas réclamer un chèque en blanc : c’est hiérarchiser les priorités et financer là où l’Europe crée le plus de valeur.
Si nous voulons une France puissante, nous avons besoin d’une Europe qui investit, innove et protège. Le vrai coût serait de renoncer à notre puissance collective.