On a longtemps reproché aux jeunes de se taire. Ils parlent désormais. Ils disent l'angoisse, l'épuisement, la solitude, parfois les idées noires. Et que leur répond-on ? Qu'il faudra patienter des mois pour un premier rendez-vous !
Notre génération a fait sa part du chemin. Elle a brisé un tabou que ses aînés avaient soigneusement entretenu. C'est maintenant au pays de faire la sienne.
Car la réalité est brutale. La pédopsychiatrie française est à bout de souffle. Dans bien des départements, un adolescent en détresse attend des mois avant d'être reçu. Au collège comme au lycée, un seul psychologue scolaire suit plus d'un millier d'élèves. En zone rurale, le premier professionnel disponible est souvent à une heure de route. Selon son adresse et les revenus de ses parents, un jeune sera soigné ou ne le sera pas.
Et puis, il y a le harcèlement scolaire, cette violence quotidienne que l'on a trop longtemps prise pour des chamailleries. Elle ne s'arrête plus à la grille de l'école : elle suit l'élève jusque dans sa chambre, sur son téléphone. C'est un délit depuis 2022. Trop d'enfants attendent pourtant encore qu'un adulte les croie et agisse. Aucune politique de santé mentale ne tiendra si l'école reste, pour certains, le lieu où l'on souffre.
Nous demandons des actes. Un professionnel de santé mentale présent chaque semaine dans chaque collège et chaque lycée. Un premier rendez-vous garanti en moins de quinze jours pour tout jeune en souffrance, partout sur le territoire. Une réponse immédiate à chaque signalement de harcèlement, avec des adultes formés à repérer et à agir. Des moyens durables pour la pédopsychiatrie, plutôt que des plans annoncés puis oubliés.
Cela coûtera de l'argent. Moins que les décrochages, les hospitalisations et les vies abîmées que nous payons déjà.
Ces Semaines d'Information sur la Santé Mentale (SISM) sont utiles. Mais nous n'avons plus besoin qu'on nous informe que la jeunesse va mal. Nous avons besoin qu'on la soigne.
Une génération qui ose dire qu'elle va mal mérite mieux qu'une liste d'attente.